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Revival Rock

When passion rules the game. I ain´t got no control, when my heart´s in flames.

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XIII. Chapitre 12

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Crédits: Sab
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MessageSujet: XIII. Chapitre 12 Jeu 1 Déc 2011 - 17:13






CHAPITRE 12
Chacun ses choix





    Owen – A croire que même la musique semble avoir un goût amer en ce moment.
    Parker – Ce n’est pas à toi que j’apprendrai que même la plus belle des mélodies en live peut connaître certaines fausses notes !
    Owen – Dans ce cas, autant dire que les dernières sont pour le moins magistrales.
    Parker – Vu sous cet angle, ton observation a le mérite d’être optimiste.

C’est sous un fin sourire un peu déçu et toutefois complice que les deux amis se croisent du regard alors que l’un continue de tirer sur sa cigarette pendant que l’autre laisse sa tasse de café se poser sur le bord de ses lèvres. Pour une fois, la conversation n’avait pas eu la nécessité de s’entamer sur le traditionnel ‘comment vas-tu ?’ de part et d’autre de la table. Il n’avait suffi que d’une simple corrélation entre les relations interpersonnelles et l’observation de l’évolution de ces derniers jours se lisant à travers leur regard respectif pour comprendre qu’un ‘ça va’ n’aurait pas été de circonstance, qu’il aurait même pu se teindre d’un aspect pour le moins déplacer. Qui plus est, où se trouvait l’utilité de se perdre dans des banalités de comptoir et ennuyeuse après tant d’années en compagnie de l’autre ?
Campbell détourna son regard afin d’observer la vie des gens s’affairer à toute allure sur les trottoirs de la capitale, chacun courant contre le temps, courant contre lui-même en ne cessant d’alimenter cette éternelle question on ne peut plus répétitive dans l’esprit de l’Artiste. Pourquoi ? Pourquoi perdre autant de temps à courir vers l’introuvable ? Pourquoi gâcher les précieux instants que nous livre une vie sous forme d’un cadeau surmonté d’un gros nœud rouge en se laissant entraîner dans l’inertie d’une existence qui nous échappe ?
Un pourquoi nullement partagé par son vis-à-vis qui se contenta simplement de reposer sa tasse et de venir chercher une cigarette à son tour à l’intérieur de sa veste. A défaut d’un pourquoi, Parker cherchait à ne plus penser, à ne plus réfléchir et à ne pas se rappeler. Faire le tri dans sa tête pour que certains faits ne le hantent plus et refouler d’autres comme s’ils n’avaient jamais du exister. Si cela ne fait pas disparaître la douleur, d’après certains cela permet de l’atténuer. Il s’y essayait donc de manière appliquée sans être certain du résultat qu’il pourrait alors en obtenir. Toutefois, ne dit-on pas qui ne tente rien, n’a rien ? Ironie du sort, le batteur ambitionnait d’arriver à ce rien dans son esprit.

    Owen – Leslie est venue s’installer chez moi, quelques jours…

Reportant son attention sur son ami, le guitariste y guettait une quelconque réaction. La seule qu’il obtint ? Ce geste traditionnel de Parker sortant son briquet métallique crachant une flamme venant allumer son bâton de nicotine dans un mélange d’absence et de désintérêt. L’illusion y était parfaite d’ailleurs… Même si elle s’avérait inutile face à l’ancien membre des Black Stones, distinguant parfaitement la signification que pouvait indiquer cette gestuelle précise dans une telle configuration.

    Parker – Finalement, on a décidé de frapper un grand coup avec le groupe pour lancer notre carrière. J’espère que tu seras au rendez-vous ?
    Owen – Depuis quand tu éludes mes paroles par de nouvelles questions ?
    Parker - Nous n’avons pas encore de date précise et déterminée mais je te tiens au courant des qu’on sera fixé. De toute façon, je pense que Brandon s’empressera de…
    Owen – Parker !!

Sous l’injonction de son frère de cœur, le batteur se tut immédiatement. Il avait compris le message, il avait compris l’appel, au même titre qu’il se faisait un point d’honneur à démontrer qu’il ne désirait pas en être le receveur dans l’immédiat.

    Parker – J’avais entendu la première fois…

Ce fut à son tour de détourner le regard pour fuir celui de son vis-à-vis cette fois-ci. Il recracha sa fumée sous l’impulsion d’un profond soupir aux teintes diverses, variées et paradoxalement toutes reliées à une seule et unique symbolique. Dur que devoir être face à l’échec d’une puissance que l’on pensait inébranlable et que nous n’imaginions jamais être trahis. Contrairement à ce qui avait été évoqué auparavant, il n’était pas question d’un goût amer, mais bien d’une saveur acidulée vous brûlant gorge et boyaux en saccageant tout sur son passage.

    Owen – Il faut qu’on en parle, tu le sais aussi bien que moi. Repousser l’inévitable ne sert à rien, si ce n’est à te torturer d’avantage.
    Parker – Il me semblait que tu te chargeais de la musique et moi des plaidoiries, non ?
    Owen – Faisons exception pour aujourd’hui…

Un petit rictus ne put s’empêcher d’être exprimé sur les lèvres des deux musiciens. Un sourire de plus dans un cadre à la fois tendu, difficile, douloureux et nerveux. L’expression involontaire et inconsciente de nos corps cherchant à se réconforter ou à se rassurer sous une impulsion qui ne se voulait aucunement propice au moment vécu. Comme si cela aidait à faire passer la pilule, pensez-vous…

    Parker – Comment va-t-elle ?
    Owen – A ton avis ?
    Parker – Au moins nous sommes deux…
    Owen – C’est la solution que tu as choisi pour te consoler ?
    Parker – Pourquoi ? Tu en vois d’autres ?

Tu sais, ce qui m’a le plus marqué quand je suis arrivé devant l’hôpital, c’est l’absence totale de sourire et d’espoir émanant d’elle. Il faut avouer que ce n’est guère étonnant vu ce que nous traversons tous au final. Pourtant, tu connais Leslie, tu la connais suffisamment pour savoir que malgré les douleurs et tout ce à quoi elle a pu être confrontée, elle a toujours eu cette parcelle de lumière. Cette espèce de sourire, même si ce n’était qu’un leurre, qui demeurait planté dans son visage afin de ne pas être en position de faiblesse et de détresse totale. Mais, hier matin, cette étincelle avait totalement disparue. Pour la première fois, je ne voyais pas Leslie devant moi, mais plutôt une Leslie totalement éteinte, sans vie, sans but, sans envie la dominant. Or, n’est-ce pas l’envie et les buts qui nous dominent, qui définissent réellement ce que nous sommes et, de par ce fait, la ou les raisons pour lesquelles nous vivons et continuons donc d’avancer ? Sans cela, nous ne sommes que des corps bruts dénués de sens et d’intérêts et, même si je suis parfaitement d’accord avec toi pour admettre qu’elle n’a pas eu le bon rôle dans cette histoire, tu ne peux imaginer le choc que cela m’a fait ressentir de la voir d’une telle façon.
Je n’en n’eus le cœur que plus serré lorsque je suis arrivé devant elle, écrasant ma cigarette au sol et la retrouvant au creux de mes bras. Elle ne m’avait rien dit, j’avais à peine croisé son regard qu’elle se réfugia dans cette étreinte comme si elle me donnait d’elle-même la lourde responsabilité de la réveiller, de la redresser et de la conduire sur une pente ascendante et non plus infernale. En cet instant, ma première pensée fut à ton égard Parker. Elle fut à ton égard comme si cette tâche ne m’était pas dévolue mais se voulait belle et bien tienne. Cela dit, ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit non plus. Tu sais que je suis très attaché à elle et que son bien être m’est aussi précieux que son amitié. Pourtant, à la sentir comme ça contre moi, même en comprenant ce qui l’animait, j’avais le sentiment d’être désoeuvré car la place que je tenais n’était pas la mienne en ce jour et en ce lieu.

    Leslie – Merci d’être venu… Même si je ne pensais pas que tu serais là.
    Owen – Ce n’est pas parce que l’on n’arrive pas à cautionner quelque chose qu’on ne peut pas le pardonner pour autant.
    Leslie – Je sais, je…

A ce moment-là, elle eut le courage de relever son regard vers le mien. Il y demeurait quelque chose de pétillant mais aucunement pour la beauté ou la légèreté d’une âme souriante ou en paix, bien loin de là. La naissance de ses larmes berçait ses paupières avec l’irrépressible envie de s’y écouler inlassablement.

    Owen – Non, tu n’as pas à me présenter d’excuses, pas à moi. Il est normal de trébucher et de s’en vouloir mais je ne peux que t’aider à te relever, rien de plus, tu le sais très bien…

Tu sais, mon ton n’était même pas condescendant. Il existe sans nul doute des paroles bien plus joyeuses et réconfortantes mais la vérité est qu’elle avait besoin d’entendre ces mots pour le moins précis. L’apitoyer ne l’aurait pas aidé et je trouve cela moi-même inutile. Mon seul souhait était de ne pas trop la brusquer, sans doute que le pari se voulait gagnant puisqu’au final, elle m’octroya un hochement de tête avant que nous prenions le chemin de la maison.
Ce n’est pas à toi que je dois préciser que nos longues sorties ont toujours eu un point commun : Leslie avait toujours quelque chose à nous raconter, quelque chose à nous faire partager, pour le meilleur et pour le rire généralement. Là, durant tout notre chemin, l’ambiance était on ne peut plus lourde. Aucun son ne s’échappa de ses lèvres, aucune parole ne se manifesta et je n’avais pas cœur à parler non plus. Certes, je la pris sous mon bras durant une bonne partie de notre itinéraire mais ce fut la seule chose qui se produisit concrètement. Rien de plus triste qu’est la vision d’un esprit fautif qui sent que se racheter s’avère tout bonnement impossible et qu’une simple action inconsidérée puisse avoir autant de conséquences. Je ne l’informais pas de l’état dans lequel le groupe se trouvait mais inutile de te dire que cette ‘nouvelle’ a pas mal ravagé l’entente entre nous tous, et particulièrement entre elle et Kyle et Matthew. Je n’ai aucune idée de la manière dont j’arriverai à traiter ce problème par ailleurs et, ce, même si tu arrives à me convaincre que cela n’est pas réellement de mon ressort.
Lorsque nous arrivâmes chez moi, elle s’assit sur le canapé, sans rien ajouter une fois de plus. Il fallait que je capte son attention, d’une manière ou d’une autre. Une âme en balance ne doit jamais rester silencieuse, sans quoi le pire peut arriver et, même au fond de toi, je sais que tel que moi, tu ne voudrais pas qu’un malheur plus désastreux que ce qu’elle a vécu ne lui arrive, je me trompe ?

    Owen – Je peux t’offrir quelque chose ? A boire, à manger, une douche… ?
    Leslie – Un verre d’eau, ce sera très bien.

Elle se risqua à un fin sourire dénué de toute conviction sous la compagnie d’un hochement de tête qui ne me convainquit pas plus que cela également. Je me suis exécuté aussitôt avant de prendre place à ses côtés.

    Leslie – Merci… me dit-elle en prenant une longue et silencieuse gorgée d’eau. Je ne te dérangerai pas longtemps tu sais, c’est juste le temps de deux trois jours…
    Owen – Arrête, tu ne me déranges pas, répliquais-je en venant poser ma main sur sa nuque de manière bienveillante. Et puis, je préfère te savoir ici pour le moment. Il est important que tu comprennes que tu n’es pas toute seule !
    Leslie – Au contraire…
    Owen – Je sais… Mais laisse-lui un peu de temps.
    Leslie – Et comment ?

Je retirai alors ma main pour venir chercher une cigarette que j’allumai machinalement avant que je ne tourne ma tête vers elle. Il y avait une pointe de colère et de rancœur qui s’était finement échappée de sa réaction, je désirai donc la laisser s’exprimer d’elle-même au lieu de venir lui tirer toute vérité prête à sortir.

    Leslie – Comment veux-tu que je lui laisse un peu de temps alors que je comprends totalement sa réaction ?

Mon regard se baissa rapidement, à la fois en accord avec elle et désolé de cette seule constatation possible. Le plus malheureux est qu’elle a parfaitement conscience de ses actes tu sais ? On peut s’amuser à la critiquer sur le fait qu’elle se veut insouciante ou irresponsable mais, sur ce canapé, elle était plus mure et réaliste qu’elle ne l’avait jamais été jusqu’ici.

    Leslie – Il a mis toute sa confiance en moi, tous ses espoirs et tout son amour… Et pour deux verres de trop, j’ai tout envoyé à la merde sans prendre la peine de réfléchir ou de penser à lui une seule seconde durant cet acte. J’ai été monstrueuse ! Monstrueuse d’être aussi faible et d’exprimer un amour aussi fort à son égard alors que j’ai dérapé aussi facilement… C’est tout bonnement inhumain Owen !!!

Sa voix s’était éteinte dans un profond sanglot peiné et douloureux. Elle avait quitté sa place pour se réfugier auprès d’une des fenêtres, restant dans les comportements inconsciemment hollywoodiens qu’elle peut avoir, tu la connais encore mieux que moi à ce niveau-là après tout ? Je t’avoue que je suis resté plusieurs secondes assis sur ce fauteuil en me demandant ce qu’il était bon de faire. Et c’est à cet instant que tu remarques que, malgré le cauchemar de votre situation aujourd’hui, il n’y avait rien d’inhumain, que du contraire…

    Owen – Tu n’es pas monstrueuse ou inhumaine… En réalité, tu es un être humain parmi tant d’autres avec ses forces et ses faiblesses. Le problème qui se pose est qu’une faiblesse peut être surmontée à condition qu’elle ne brise pas la confiance, inutile que je te mente là-dessus.

Rien qu’à en reparler, peut-être m’arrive-t-il d’être un peu trop pragmatique par moment, comme tu as cette fâcheuse tendance à me le faire souvent remarqué. D’ailleurs, cette fois-ci, je me permettrai de te voler la réplique pour te dire que cela doit faire partie de mon charme…
Cela la réconforterait-elle de sentir mes bras autour de ses épaules ? Je ne pouvais en être certain mais je m’y suis toutefois risqué, provoquant un volte-face par lequel elle se réfugia une nouvelle fois contre moi. Franchement Parker, tu n’as pas idée à quel point je sentais que je ne devais pas occuper ta place durant cet échange ! Ses larmes avaient besoin de s’exprimer, de s’échapper, et je les laissais faire durant de longs instants avant de venir chercher son visage au creux de mes mains.

    Owen – Son pardon ne se veut pas impossible pour autant. Tu sais qu’il t’écoutera… Mais uniquement lorsqu’il sera prêt. Ce n’est pas simple, pour toi comme pour lui. Vous avez tous deux besoin de temps et, en attendant l’instant qui sera choisi, tu dois accepter et te relever pour continuer à te battre.
    Leslie – Se battre n’est pas insensé lorsque nous avons encore une raison de le faire…
    Owen – Je ne tiens pas à te donner de faux espoirs, mais si tu baisses d’ores et déjà les bras, tu prouveras alors que cette erreur a anéanti votre couple depuis qu’elle s’est réalisée, même à tes yeux.

Autant dire que cela a eu l’effet d’une claque en plein visage pour elle. Son regard s’est écarquillé, bloqué et choqué en même temps, comme si je lui annonçais la pire des monstruosités. En même temps, je pense que je n’avais pas d’autres choix pour la secouer un minimum. Cependant, elle resta là, sans bouger, totalement inanimée pendant plusieurs minutes avant de se détourner de moi. J’ai déjà remarqué que tu n’hésitais pas à prendre le mauvais rôle pour aider une personne à réagir suffisamment et, ce, uniquement pour son bien. Mais je t’avoue que je me demande aussi comment tu peux arriver à continuer sur cette voie sans jamais ciller ou même baisser les bras dans cette entreprise…

    Leslie – Je vais aller prendre une douche ! Annonça-t-elle subitement et pour le moins sèchement.
    Owen – Leslie… ?
    Leslie – Non, je sais que tu as raison… Et je ne t’en veux pas, rassure toi… C’est juste que…
    Owen – Oui, je sais.

Nous nous regardâmes plusieurs secondes avant qu’un sourire un peu plus léger et réel ne vienne s’installer sur nos visages à tous les deux. Je ne dirais pas qu’elle avait retrouvé la lumière qu’elle a toujours eu en sa possession mais, aussi naïf que cela puisse être de ma part, j’avais envie d’espérer que cela était alors possible.

    Leslie – Tu sais, reprit-elle en se retournant en direction de la salle de bain, il n’y a que toi qu’il est capable de réellement écouter. Ca a toujours été comme ça et ça le restera indéfiniment…
    Owen – Ce n’est pas à moi de lui en parler, tu le sais très bien.
    Leslie – Bon, eh bien, au moins j’aurai essayé !

C’est dans un silence religieux que Parker écouta avec attention le récit d’Owen concernant ses ‘retrouvailles’ avec la chanteuse dorée des Morten Bluz. Dire que cela ne le touchait pas intérieurement serait mentir. Cette pique douloureuse caractéristique qui s’abat sur votre cœur s’enfonçait un peu plus au fur et à mesure des explications de son ‘frère’. Pour la peine, il se contredisait intérieurement en ne prenant la chose que sous une forme parfaitement rationnelle, éloigné émotionnellement de la situation et acceptant le pardon comme un geste compréhensif et naturellement magnifique pour cette occasion. En cela, il y avait l’opposition de l’aspect affectif, de l’amoureux qui saignait et qui pleurait ces énormes mensonges cumulés depuis autant de mois, comme si une vérité instantanée aurait été plus facile a accepté alors que rien n’en n’était moins sûr pour autant.

    Owen – Je ne devrais même pas t’expliquer tout cela en fait. Mais si c’est le seul moyen de faire entrer dans ta caboche que vous devez au moins vous revoir…
    Parker – Je n’ai pas changé de numéro et je suis toujours dans l’annuaire si elle a besoin, répondit-il un peu sèchement en venant nerveusement vider sa tasse de café.
    Owen – L’image de l’insensible désabusé ne te va absolument pas au teint tu sais ?
    Parker – Dixit celui qui n’a pas arrêté de s’enfermer dans une passion allant de haut en bas à la finalité purement destructrice.

Ses mots allèrent plus vite que sa pensée en réalité et ce n’était pas ce que voulait réellement dire le batteur. Sa réaction fut tel un réflexe, celui de l’animal blessé qui mord au lieu d’accepter cette main venant le libérer. Il est tellement plus facile de montrer les crocs que de laisser tomber sa fierté primaire et naturelle en avouant avoir besoin de cette même aide.
La réaction de Campbell ne se fit pas attendre. Tout d’abord surpris par la méchanceté de cette réplique, il écrasa sans attendre sa cigarette et se releva, prêt à quitter la table. Rien ne le forçait à rendre service à son ami, et encore moins de recevoir une attaque aussi basse et aussi vicieuse de celui qu’il voyait comme une moitié inéluctable de son existence.

    Parker – Non, attends !... Ce n’est pas ce que je voulais dire Wen, je te demande pardon…

Le guitariste n’eut le temps que de faire un pas avant de s’immobiliser. Sans réellement le regarder, il pivota son visage légèrement en coin, sans rien ajouter, attendant peut-être un petit plus qui ne tarda pas à venir.

    Parker – Je n’ai pas à juger ta relation avec Faith et, je sais que tu essaies de m’aider mais… C’est juste que, je ne sais pas comment gérer cette situation, plus après cette nuit.

Un soupir quitta les lèvres de l’Artiste qui tourna les talons pour regagner sa place originelle. Il sortit une nouvelle cigarette pour remplacer celle que sa réaction soudaine avait presque entièrement gâchée, gardant toutefois son regard perplexe sur le faciès du batteur.

    Parker – Ne me regarde pas comme ça. Ce n’est pas à toi que je dois dire qu’il peut arriver qu’on ‘s’égare’ après une rupture douloureuse je pense ?
    Owen – Il n’y a jamais d’égarement quand on le désire consciemment.
    Parker – Justement, je ne sais pas si c’est que je voulais réellement, je n’en sais rien… Mais, malgré ce que Leslie a fait, comment veux-tu que j’aille lui accorder un pardon qu’elle désire plus que tout en voulant oublier mon chagrin dans les bras d’une autre ?
    Owen – Je n’ai pas à te critiquer là-dessus mais, accepte-le si tu veux toi-même aller de l’avant.
    Parker – Laisse-moi deviner, j’ai cette solution ou bien taire ce qu’il s’est passé cette nuit-ci et ne plus réussir à me regarder dans une glace ?
    Owen – En quelque sorte… Il s’interrompit le temps de quelques instants, recommandant deux tasses de café en cette occasion. Mais n’essaie pas de te ‘victimiser’ plus que de raisons car, sans vouloir te vexer, tu n’es pas le grand perdant de cette histoire au final…
    Parker – Je sais.

Cette simple réplique amena une forme de silence presque déstabilisant et désagréable entre les deux hommes. L’un gardait son regard plongé dans sa tasse de café alors que l’autre se perdait sur l’étude de l’observation de toutes les personnes assises dans ce bar. Inutile de préciser que l’ambiance était au rendez-vous, dans le sens le plus ironique du terme, bien évidemment ! La seule lueur d’espoir et d’animation ? Le son du portable de Campbell qui résonna brusquement, les sortant tous deux de leur léthargie.

    Owen – Oui ?... Ca va, je suis avec Parker. Et toi ?

Observant son ami, le membre des Black Stones eut l’envie d’opter rapidement pour Leslie comme correspondante de cet appel. Cette idée ne demeura fugace que quelques instants avant que certaines expressions et quelques sourires particuliers ne viennent trahir le genre d’appelant avec lequel notre guitariste pouvait discuter. Oui, ce même sourire, il ne l’avait vu que dans des circonstances bien précises et uniques : lorsque Owen était encore avec Faith. A ceci près que quelque chose semblait plus léger, plus insouciant et plus épanouissant dans chacune desdites expressions de ce jour-même.
La conversation s’éternisant quelque peu, notre ami pianota nerveusement sur sa jambe avant de sortir également son portable. Il fouilla le répertoire de ce dernier avec une certaine hésitation, tentant de juger de ce qu’il était bon de faire ou non. Certains choix sont loin d’être évidents, ils ont pour sadisme de faire appel à notre objectivité la plus profonde sous l’influence résonnante de nos états d’âmes qui ont la faculté de tout faire basculer d’un claquement de doigts. Était-ce bon, était-ce raisonnable de prendre une telle décision aujourd’hui, aussi tôt ?

Texto de Parker a écrit:
Salut.
Je sais ce qui a été dit mais, on peut se voir ce soir ?

Il rangea son portable avant qu’Owen ne l’imite dans ce même geste, sourire aux lèvres qu’il tenta difficilement d’atténuer comme si de rien n’était. Le problème du bonheur ? C’est qu’une fois qu’il est présent, il se veut on ne peut plus difficile à passer inaperçu. Votre visage vous trahit et particulièrement le pétillement particulier de votre regard devenant tout simplement rêveur et pour ainsi dire attendri. Ce qui ne manqua pas d’amuser doucement notre batteur qui prenait plaisir à remarquer que certaines choses pouvaient au moins se dérouler sous de beaux auspices pour son frère de cœur.

    Parker – Qui est l’heureuse élue ?
    Owen – L’élue ? Euh…
    Parker – Ne me dis pas que tu as replongé avec Verena ? le taquina-t-il en reprenant une nouvelle gorgée.
    Owen – Non… Non, ce n’est pas elle. D’ailleurs, comment va-t-elle ?
    Parker – Très bien mais, qui essaie de détourner la conversation désormais ?

Pour la peine, Owen ne put s’empêcher de grimacer maladroitement avant de se mettre à rire de manière communicative ou, pour le moins, suffisamment communicative pour que son vis-à-vis partage ce même rire. A la différence près que ledit rire de Parker n’était aucunement alimenté par une trace quelconque d’hésitation et de nervosité vraisemblablement.

    Parker – Plus sérieusement, ne me force pas énumérer la liste de toutes les filles que l’on connait.
    Owen – Je trouverais cela assez amusant au contraire, d’autant plus que ce n’est pas pour ça que tu trouverais la bonne réponse !
    Parker – Pourquoi, ce n’est pas une fille ? Sourit-il alors que son ami devint soudainement livide.
    Owen – Hum…

Le sourcil qui se retrouva alors subitement haussé sur le visage de Parker ne symbolisait aucunement une trace de dégoût face à cette éventualité. Disons surtout que cela le surprenait d’apprendre, par le simple changement de comportement d’Owen, qu’il était bel et bien probable que la réponse se cachant derrière le mystère se voulait dénuée de courbes généreuses et d’une longue chevelure bouclée ou non, mais plutôt sous un physique athlétique, suffisamment musclé éventuellement mais avant toute chose pleinement viril. Une nouvelle étonnante qu’on ne peut s’empêcher de ne pas voir venir, même lorsque l’on connait remarquablement bien une personne. Pourquoi ? Simplement par le fait qu’une part de mystère demeure toujours au plus profond de nous et, plus particulièrement, car le domaine sentimental n’obéit à aucune logique et que cette histoire que pouvait un jour espérer Campbell, que cette personne qu’il recherchait par-dessus tout dans ce monde ne serait peut-être pas l’image d’une femme que tout le monde se plaisait à imaginer.

    Parker – Très bien. Dans ce cas, commençons une autre énumération, reprit-il simplement après quelques secondes de silence et de réflexion. Brandon ? Duncan ?
    Owen – Hum, je pense que si cela devait être Brandon, tu aurais déjà été mis au courant, ou tu l’aurais perçu plus tôt. Quant à Duncan… Tu l’as à peine rencontré, donc cette piste n’est que le fruit d’un hasard que tu espères généreux pour l’occasion.
    Parker – Je ne l’espère pas et, ce, pour deux raisons ! Tout d’abord, tu ne le déments pas… Et, par la suite, vous deviez avoir une raison plus que solide, importante et suffisante pour que vous en veniez à vous expliquer dans les coulisses de notre dernière scène sans que nous vous revoyions de la soirée.

Owen se contenta d’afficher un sourire toujours aussi gêné mais à la fois amusé par le raisonnement on ne peut plus logique de Parker. A croire que rien n’échappait à son attention finalement ou, en tout cas, que cette observation pertinente et chronique n’était aucunement un mythe. Terminant sa tasse de café tout en jetant un coup d’œil par la fenêtre, il finit par remettre sa veste et se redresser, prêt à prendre le départ.

    Owen – Il faut que je te laisse. Mais, rends-toi service et va voir Leslie, d’accord ?
    Parker – Je ferai ce que je dois faire.
    Owen – J’en jugerai dans les jours à venir dans ce cas…
    Parker – Allez, file ! Et ne fait pas trop de folies de ton corps pour une fois.
    Owen – Au contraire ! Il parait que c’est très bon pour limiter les risques de la prostate.
    Parker – Dans ce cas, nous sommes déjà immunisés depuis longtemps !

Un rire, une accolade, les deux amis se sourient et laissent l’ambiance lourde de ces retrouvailles s’oublier sous cette belle image d’insouciance tonitruante. Le guitariste prend sa route alors que le batteur regagne sa place. La puissance de sa curiosité, toujours intacte, ne peut se retenir de s’exprimer sous ce regard traversant la vitre le séparant de l’ambiance des rues londoniennes. Il y constate avec amusement et contentement le sourire d’Owen se confronter à celui de Duncan. Ils ont l’air simples, discrets, ne se perdent dans aucune expansion quelconque. Sans que cela ne le trouble ou ne le perturbe, il trouve la vision de ces deux hommes ensemble tout simplement belle. Belle car elle offre la parfaite image d’un couple naissant et vibrant d’un bonheur qu’ils partagent encore dans une puissance telle… Tout comme lui et Leslie à une époque.
Son café se termine, la réponse qu’il attendait se manifeste sous la vibration de son portable. Il regarde cette dernière, n’émet aucune réaction et se contente simplement de régler les consommations avant de quitter ce lieu.

Elle se morfond. Leslie reste assise sur le bord de ce lit tout en fredonnant quelques paroles de l’une ou l’autre des chansons du groupe. Sans même s’en rendre compte, elle se surprend à inventer de propres mélodies sous le joug de certaines paroles trahissant son état d’esprit. Notre état du moment, telle est l’inspiration la plus profonde que pourrait à jamais ressentir et partager un artiste, tant se veut-il chanteur ou simple musicien. Chaque émotion, chaque rancœur, chaque chagrin, chaque bonheur amène la naissance d’un son, d’un mot, d’une mélodie qui pose un son sur ledit état d’esprit. Ce même état d’esprit qui se retranscrit alors sous la forme de ce partage unique et particulier que l’on entreprend avec son public une fois sur scène.
Mais chanter, chanter l’épuise au même titre qu’elle ne lui fait que ressentir d’avantage de souffrance que de soulagement. Les larmes ont cessé de couler, incapables de pouvoir encore s’exprimer pour aujourd’hui. La fatigue l’envahit et, d’elle-même, elle la recherche et la désire. Dormir permet de ne pas être conscient, dormir permet de rêver, certes. Mais, avant toute chose, rêver nous éloigne de la réalité et de l’ignoble prix qu’elle nous fait continuellement payer. Oui, mis à part Owen, seul le sommeil semble son seul et véritable allié en ces périodes de doutes, de troubles et d’obscurités.
Comment, pourquoi ? Elle l’ignore mais les bras de Parker l’enlacent lorsque ses yeux s’entrouvrent, exprimant tant le soulagement que l’étonnement de le voir sur ce lit, à ses côtés.

    Leslie – Parker ?
    Parker – Désolé, je ne voulais pas te réveiller…

Elle passa le revers de sa main sur ses yeux qu’elle cligna fortement. Elle alla même jusqu’à se mordiller le dos de sa main pour s’assurer qu’elle n’était pas en train de rêver, s’empressant de venir tâter le torse du batteur avec une satisfaction qui ne cessait de grandir. Toutefois, sans se vouloir particulièrement rabat-joie, Parker semble plus réserver, ne partage pas cette même fougue.

    Leslie – Non, ne t’excuses pas… C’est moi, je…
    Parker – Tu ?
    Leslie – Eh bien… Je suis contente que tu sois ici… Au même titre que je m’en veux terriblement depuis ce soir-là, tu ne peux pas imaginer à quel point…
    Parker – La force d’un couple passe par sa capacité à pardonner les faiblesses de l’autre, malgré les blessures que cela inflige.
    Leslie – A t’entendre, c’est qu’Owen t’as parlé finalement… ?
    Parker – Effectivement. En tout cas, suffisamment pour que je réfléchisse à tout ceci et, particulièrement, à nous…

Elle quitta ses bras pour se redresser et s’asseoir à califourchon sur lui, un sourire rayonnant aux lèvres, la lumière de son être retrouvant partiellement de sa splendeur et de sa superbe. Sans se retenir, elle noua ses bras autour de sa nuque et avança son visage pour venir presser tendrement ses lèvres contre les siennes.

    Leslie – Je veux qu’on se batte toi et moi, je crois en nous, quoiqu’il arrive !

Parker resta silencieux, le sourire de sa petite amie demeurait présent même en cette absence de réaction. Le musicien avait besoin d’une réponse qu’il tenta de trouver finalement dans les prunelles de sa moitié. Ce n’est qu’une fois cette même réponse obtenue qu’il se risque à un léger sourire s’accompagnant d’un petit hochement de tête.

    Parker – Je suis d’accord… On peut réussir toi et moi…

Ils s’enlacent délicatement, leurs corps se resserrent, l’harmonie revient peu à peu. Il y a une sensation de chaleur, une sorte de nuage qui supporte et élève Leslie sans attendre. Elle ne demande rien de plus que cette seconde chance accordée pour être heureuse et retrouver un tant soit peu d’optimisme en son être et en son avenir.
Lentement, les yeux se ferment et se rouvrent. La couche est désespérément vide. Son corps se redresse, elle recherche tout indice pouvant indiquer la présence du batteur. Un pantalon, une chemise, une ceinture ou même une montre oubliée dans l’empressement sur la table de nuit. Il est presque jour et Parker est un oiseau du matin. Sans doute a-t-il dû partir sans la réveiller, comme il a toujours eu l’habitude le faire. Qu’importe que son corps ne soit là ou pas, le pardon est apporté, elle retrouve une raison de vivre et de se battre.

    Ursula – Je pensais que tu considérais cela comme une simple nuit sans plus la première fois ?

L’héritière observait Parker se réveiller tout en venant pianoter de ses doigts sur le torse dénudé du jeune homme qui ne put s’empêcher de lui sourire en apposant ses mains sur la chute de reins de sa partenaire.

    Parker – Je n’ai pas parlé de contrat de mariage pour une nuit de plus je te ferai remarquer…
    Ursula – Non mais, attention ! A partir de la quatrième nuit, cela veut dire que les choses deviennent sérieuses !
    Parker – Dans ce cas, il m’en reste encore une de disponible avant que nous attaquions les choses plus concrètement il me semble ?
    Ursula – Excellent calcul monsieur Johnson !

Leurs lèvres se cherchent, se frôlent et se trouvent. Loin de la couche de Leslie, loin du domicile de Campbell, Parker avait fait son choix. Il n’était pas prêt de pardonner, ni même d’écouter et, ce, malgré toute la meilleure volonté du monde. Tout ce qu’il désirait, c’était pouvoir oublier cette douleur brulante et handicapante qui le rongeait depuis ces dernières semaines et, pour l’heure, seule la délicieuse Fanning pouvait répondre à ce besoin d’oubli et de bien-être. L’une rêve, l’autre part…



- A suivre -


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XIII. Chapitre 12

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