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Revival Rock

When passion rules the game. I ain´t got no control, when my heart´s in flames.

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Never opened myself this way [Adriel]

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MessageSujet: Never opened myself this way [Adriel] Ven 18 Nov - 0:42


City of London Cemetery, East London


    Cela faisait des jours, des semaines même qu’il n’avait plus eu la moindre nouvelle sur Adriel. Emeric a tenté de l’appeler, il a espéré le voir dans les endroits qu’ils avaient l’habitude de fréquenter tous les deux. Il a attendu sa venue à la boutique. Il a voulu plus que tout un signe, une réponse, mais il n’avait rien eu. Et la vérité, c’est qu’Adriel lui a terriblement manqué. Et la vérité aussi, c’est qu’il a compris qu’il ne pouvait lui en vouloir, qu’il avait un grand rôle à jouer dans tout ce qui s’était passé ce soir là. Et puis, il ne sert à rien de se mentir, il y repense à ces mots qui étaient sortis de la bouche de son meilleur ami. A cette confidence, à ce besoin d’exclusivité qu’il le lui fit comprendre explicitement cette fois-là. Si en apparence, ils avaient tout des deux amis qui ne se prenaient jamais la tête, il est clair aujourd’hui que ça commence à être le contraire de cette impression. Mais ce n’est pas à cela que pense Emeric, il pense plutôt au fait de savoir comment il allait, qu’est-ce qu’il faisait, est-ce qu’il a réussi à dénicher de bonnes trouvailles en matière de photos, est-ce qu’il lui a pardonné ? Au fond, est-ce qu’il y avait vraiment quelque chose à pardonner ?

    Il y a des histoires d'amitié qui ressemblent aux histoires d'amour, quand tout bascule c'est irréparable. Pourtant, Emeric a le sentiment que rien n’est perdu, qu’il doit faire lui-même l’effort de chercher encore à contacter Adriel, à le voir, à lui parler. Il sait qu’une fois devant lui, Salem comme il le surnommait parfois, il sait qu’il ne le repoussera pas. Du moins, c’est ce qu’il espérait. Un manque se fait ressentir. Un manque qui va s’accentuer jour après jour. Jusqu’à devenir une obsession : il faut qu’il le retrouve…Absolument ! L’un des endroits fétiche d’Adriel et qui se trouve ne pas être celui d’Emeric est le cimetière. Particulièrement le cimetière à East London. Cela faisait partie des choses qui rendaient Adriel si différent des autres. Ce penchant pour le glauque, le sombre, les morts, et tout ce qui se trouve funèbre en fin de comptes. Une passion qu’Emeric n’a jamais partagée avec lui, pourtant, il n’a encore jamais trouvé cela gênant. Le jeune homme marchait lentement le long de l’étroit chemin mouillé et presque glissant par les goutes de pluie. Ses mains étaient profondément enfoncées dans les poches de son manteau. Les épaules haussées, il cachait sa tête dans son écharpe à la recherche d’un peu de chaleur. La température aux alentours descendait à chaque pas, c’était une fausse impression bien entendu. C’est là ou il va, c’est cette peur de le rencontrer à nouveau qui lui faisait ressentir cela. Son souffle s’évaporait instantanément en un mince nuage blanc. Il marchait vite alors qu’il commençait à ne plus sentir ses pieds. La température baissait à mesure qu’il poursuivait sa route vers le cimetière.

    La pluie se faisait de plus en plus abondante. Il croisa bientôt une personne assise sur un banc. Il leva machinalement la tête vers la silhouette emmitouflée. Il eut juste le temps de discerner un visage humide. Baigné de larmes. À peine avait-il saisi l’instant qu’il s’était déjà envolé. Il continua sa route sans même s’en rendre compte. Il cligna des yeux. Le visage de la jeune femme flottait toujours devant lui. Il resta indécis un instant. Il trembla de tout son corps puis s’arrêta hors de sa vue. Il resta inerte encore quelques secondes puis se retourna et rebroussa chemin. Elle était assise sur le banc, au bord du chemin. Emeric s’approcha lentement d’elle, le regard pointé vers le sol. Il vit d’abord ses bottes marron puis son jean glissé à l’intérieur. Son manteau couleur auburn descendait sur ses cuisses. Elle avait les mains plongées dans les poches, tout comme lui. Il releva doucement la tête. Elle avait le regard vide perdu droit devant elle. Des larmes coulaient de ses yeux et se perdaient dans son écharpe blanche. Des cheveux châtains ébouriffés encadraient son visage fin. Un gros bonnet blanc recouvrait sa tête et laissait échapper une mèche rebelle. Elle tremblait légèrement alors que les larmes coulaient encore. Soudainement, Emeric se figeant, puis recula d’un pas. Réalisant à cet instant précis qu’il venait de perdre l’essentiel de sa sortie du jour. Il vient alors de ressentir à nouveau ce profond sentiment de culpabilité. Celui d’avoir oublié Adriel. Ce sentiment qui le frappe encore une fois et lui dit qu’il n’est pas à la hauteur de ce qu’il attendait de lui. Que même si cette fille avait tout l’air d’avoir besoin de quelqu’un, d’aide…Emeric ne pouvait pas se permettre d’oublier sa motivation première, ni les promesses qu’il avait pu faire. Alors, ne laissant le temps à cette jeune femme de relever son visage, il l’a quitta déjà, baissant la tête et engageant le pas plus rapidement…Plus vite il arrive au cimetière, mieux ce sera. Ses jambes savaient ou le mener, il y avait des tonnes de tombes qu’appréciait Adriel. Mais une arrivait toujours à se distinguer des autres, celle de la Lady au piano…Son instinct lui murmurait qu’il était là, et son instinct ne s’y était pas trompé. La pluie s’était arrêté au moment même ou il entra au cimetière…Il eut cette stupide impression que c’était Adriel qui la contrôlait durant tout son trajet…Debout, son ami donnait le dos. Emeric déclara sa présence sur cette phrase sur ton presque essoufflé. « Je savais que tu serais là… »


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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Dim 20 Nov - 17:28


    Le cimetière est un endroit qui dégage quelque chose de mystérieux. Les arbres tout autant. Les cimetières représentent souvent: le Calme, le Repos, la Sérénité; l’arbre représente la VIE, le Calme et la Sérénité également; l’Arbre pousse à travers le Temps comme le Repos éternel que l’on a dans un cimetière… Le temps est idéal, maussade à souhait. Il pluviote, le ciel est uniformément gris-blanc, les arbres sans feuilles semblent sortis de la forêt de Blanche-Neige. L’ambiance est parfaite. Parfaite pour un Adriel en quête de paix. Il aimait passer du temps ici, observer les tombes dont certaines s’approchaient plus de monument et de véritables œuvres d’Art tant les sculptures se voulaient impressionnantes. Je dirais même qu’Adriel aurait aimé vivre dans un cimetière. Idée morbide sans doute mais c’est la sienne. Son penchant pour la mort n’est pas une chose dont il a honte. Il n’en parle pas non plus sur tous les toits, mais toute personne l’ayant connu de prés connait ce penchant qu’il avait pour les cimetières et la mort de façon générale. Cela n’avait-il pas une part de courage ? La mort est la peur la plus extrême pour l’homme, ce qui pourtant ne le dispense de la penser. Pour Adriel, elle n’a jamais été une peur, mais presque une passion. Chose qui peut sans douter expliquer son amour pour l’occulte.

    Il progressait sur le chemin principal, sachant précisément ou il désirait se rendre, là, au coté de la tombe de la Lady au piano, celle-ci même prés de laquelle ils e plaisait à réfléchir. Seul, Adriel s’est enfermé dans une solitude depuis ce soir là, ou Emeric était venu le chercher et où il comprit que ce dernier n’avait pas la même conception de l’amitié que lui. Déçu, il préféra couper tout contact avec le jeune homme, ignorant ses appels, et évitant du mieux qu’il pouvait de fréquenter les endroits qu’ils avaient en commun. La solitude n’est pas l’isolement, ni l’inverse d’ailleurs. Ils sont cependant le fruit d’une même source : la conscience que peut avoir le sujet de lui-même et de sa place dans le monde. L’isolement est un fait, un constat physique. Isolé, il se démarque des autres, d’un groupe, d’une communauté. Il est seul physiquement et pour dépasser cet état, il lui est possible de rejoindre les autres. Leur présence, sans parole, peut lui suffire. Roquentin, le héros de Sartre dans La Nausée, dont l’existence se confond avec l’isolement, passe tout de même une majeure partie de son temps au café. Le chagrin, la souffrance, la passion, sont aussi des facteurs isolant. Il se sépare des autres pour cacher ses larmes. Il se passionne pour une chose jusqu’à se couper du monde si celui-ci n’adhère pas à sa passion…L’isolement peut être passager ou durable, volontaire ou involontaire, douloureux ou vivifiant. Il s’apprécie en définitive vis-à-vis d’autrui. Il est isolé parce qu’il n’est avec personne, ce qui permet également de révéler l’importance d’autrui qu’il ne soupçonnait pas lorsque celui-ci était à ses côtés, comme Robinson sur sa plage déserte : « Je sais maintenant que chaque homme porte en lui et comme au-dessus de lui un fragile et complexe échafaudage d’habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s’est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s’étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers… ».

    Autrui pour Adriel ne se représentait pas un groupe de personnes. Ni une personne dont il est amoureux. Autrui, pour lui, se résumait à Emeric. Cela a toujours été ainsi pour lui. Il n’a jamais eu besoin de personne d’autres tant qu’Emeric se tenait à ses cotés, ou qu’il savait qu’il serait là dés qu’il en avait besoin. Ce besoin de prendre des distances, il le voulait afin de comprendre jusqu’au ou il pouvait supporter cette rupture. Car il est vrai, il y a des histoires d’amitiés qui ressemblent à des histoires d’amour, certaines sont même plus fortes qu’un amour fou. Il est nécessaire parfois d’être seul pour réfléchir, prendre du recul, se trouver et non se retrouver car l’on est jamais le même pour toujours, pour mieux échanger ensuite avec d’autres et ainsi s’échapper partiellement. Maîtrisé, l’isolement raréfie l’impression d’être seul. Surtout dans un endroit pareil, aussi peuplé d’âme toutes aussi nobles que torturés, pures que damnés. Il se sentait à sa place…Et allez savoir pourquoi exactement, il sentait qu’il ne sera plus aussi seul physiquement dans quelques secondes. Des secondes qu’il s’était même mi à compter en fermant les yeux. La pluie tombant sur lui, le froid lui glaçant les joues…Et puis, plus de pluie, seul le froid et une voix reconnaissable parmi un million d’autre venait lui rouvrir les yeux. Il savait qu’il serait là, vraiment ? Cela laissa Adriel affichait un mince sourire au coin des lèvres qu’Emeric ne pouvait voir de là ou il était. Il se disait qu’il le connaissait encore un minimum pour se rappeler à quel point il aimait cet endroit, et cette tombe plus précisément. Il se tourna vers lui, et sur un ton calme et une expression impassible, il prit la parole à son tour…

    « Je savais que tu viendrais…. »

    Il l’observe quelques secondes en silence, histoire de réaliser parfaitement sa présence. Egalement, voulant tester Emeric, et voir si les moments de silence sans paroles ou seuls les yeux parlent étaient toujours présentes pour eux…

    « Une chance que la pluie se soit arrêtée, tu ressembles déjà franchement à rien… » Un sourire vint se placer sur ses derniers mots.

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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Mar 22 Nov - 15:52

    Comment l’un pouvait savoir qu’il trouverait l’autre ici. Et l’autre savoir tout autant que l’un viendrait ici ? Ça fait partie de ces choses qu’on ne peut pas réellement expliquer. Ou alors, on pourrait appeler cela l’instinct. Un instinct parsemé de peur pour Emeric. Il avait peur de cette rencontre, de ces « retrouvailles ». Adriel lui a bien fait comprendre durant des jours et des semaines qu’il ne voulait pas le voir, pas plus qu’il ne voulait l’entendre. Pourtant, il ne ressent pas de la froideur à présent qu’il se trouve en face de lui. C’est comme s’il n y avait jamais eu de pause, ni de conflits. C’est peut-être juste les apparences du moment qui jouait en sa faveur, il ne pouvait pas deviner ce que cachait vraiment le regard d’Adriel ou son sourire énigmatique. Qui sait même ? Les mots qu’ils prononcent voulaient dire toute autre chose peut-être. Pourtant Emeric n’est pas du tout le mec à se poser trente six milles questions. Souvent, il est celui à ne s’en poser aucune. Mais la donne à changer apparemment. C’est du moins ce qu’il réalisait à présent en le revoyant en chair et en os. « I Care About You », c’est ce qu’il aimerait tant lui dire, lui exprimer, lui montrer de diverses façons. Et ce n’est pas juste pour se racheter qu’il voudrait le faire, mais bien parce que c’est une vérité, une réalité…Qu’il a pourtant totalement trompé.

    Il a eu pour réflexe de baisser son regard sur lui-même, confirmant qu’il ne devait pas ressembler à grand-chose. Il sourit amusé, et répond même « A un moment, j’ai cru que c’était toi qui l’avait arrêté… » Stupide et totalement impossible. Mais c’est qu’Adriel, avait ce quelque chose de si dérangeant, qu’il poussait parfois à s’imaginer qu’il était capable de faire la pluie et le beau temps, surtout lorsqu’on avait connaissance pour ses penchants qui veulent contrôler certaines choses avec des méthodes des plus étranges. Dans ce décors, Emeric avait pourtant peur, et ce n’est pas à cause de l’endroit, mais c’est comme si un élément lui échappait, et que le départ de cette conversation est beaucoup trop complice pour qu’il puisse perdurer. Il tremblait, et il ne savait pas par quoi enchainer. Dire que les discussions entre eux n’ont jamais de répit la majorité du temps, même lorsque le silence se place, les yeux ont l’habitude parler pour les mots…Mais là, il y avait comme un blocage. C’est l’ampleur parfois extrême que prennent nos émotions qui nous rend incapable de prendre une décision éclairée et plus rationnelle. On comprend mieux pourquoi, face à la peur, nous nous sentons incapable d’aller de l’avant et nous avons une difficulté souvent importante à reprendre le plein pouvoir sur nos pensées. Si la peur bloque l’accès à notre potentiel de rationalité, notre monde émotif et intuitif se retrouve également isolé. Éloigner de ces deux cadrans, nous activons alors nos mécanismes de défense. La peur bloque l’accès à l’ensemble de nos capacités. Les dépasser devient une étape primordiale pour notre cheminement. S’il n’est pas possible de dépasser l’ensemble de nos peurs, nous pouvons néanmoins réaliser celles qui font un obstacle réel à notre bien-être.

    Il lui faut réaliser que la peur est le fondement de son inaction actuelle. Qu’elles l’empêchent de s’engager dans une suite, cette émotion bloque avant tout le potentiel d’amour et de bonne volonté qu’il porte en lui. Face la peur, il n y a pas que lui qui se créer des mécanismes de défense qui au lieu de nous donner une réelle protection, nous éloignent de la possibilité de répondre efficacement à nos besoins. De cette façon, nous nous confinons dans cette incapacité à vivre un état d’esprit positif où les évènements qui nous arrivent sont de réelles chances de grandir. Cet état d’esprit (gérer par notre cerveau émotionnel) engendre beaucoup d’instabilité et il devient parfois très difficile de répondre efficacement à nos besoins. Beaucoup d’entre nous se sentiront dépassés. Nous aurons alors tendance à perpétuer le mécanisme de défense en croyant fermement qu’en lui résident notre « guérison » et qu’il s’agit de la seule réponse valable. À travers des événements plus difficiles, nous apprendrons à se refermer (pour nous protéger) sur nous même. Cette fermeture est avant tout un blocage de nos côtés intuitif et rationnels. Précisément ce qui se déroule pour Emeric en cet instant même. Les regards ne conversent plus, il le détourne d’ailleurs de celui d’Adriel. Il y avait une chose qui au-delà de sa peur, le déstabilisait au plus haut point. C’est peut-être l’inconnu qui lui faisait sentir cela, car il ne s’était encore jamais retrouvé dans une pareille situation auprès d’Adriel, qui en ce moment, ne l’aidait pas en l’imitant dans ce silence et continuant à le regarder.

    « Je n’ai pas fait ce que j’aurais dû… »
    Réussit-il à prononcer enfin, tête baissée, mains tremblantes dans ses poches, quelle sensation détestable. « Depuis ce que tu m’as dit l’autre jour, j’ai le sentiment de nager au cœur d’un océan de manquements… » Avoua t-il en remontant doucement la tête et posant son regard sur celui d’Adriel. « Je ne sais pas si je suis à la hauteur de ce que tu attends de moi, Adriel… »


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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Dim 27 Nov - 0:07

    « Qui te dit que ce n’est pas le cas ? »

    Répliqua t-il au sujet de la pluie. Adriel a-t-il ce don de pouvoir l’arrêter quand il le souhaite ? Bien sur que non. Mais il s’y plait à le croire parfois. Même si cette phrase d’Emeric était dite sur un ton si léger. Pour une personne comme Adriel qui a des croyances qui passent par « tirées par les cheveux » pour une grande majorité de personnes…Faire cesser la pluie n’est pas chose impossible. Tout est possible, car c’est sa magie noire qui l’entraine dans un monde merveilleux ou tout est absolument possible. Pour lui,il n'existe aucune vérité objective en dehors de nos perceptions; par conséquent toutes choses sont vraies et possibles…Mais ce n’est pas le sujet du jour, aucune utilité à s’y attarder tout de suite.

    Emeric connait-il si peu Adriel au bout du compte ? Ne devrait-il pas plutôt se méfier de ce soudain calme ? De ces sourires énigmatiques ? Du lieu dans lequel Adriel se sent si à l’aise contrairement à lui ? A-t-il donc oublié que les apparences ne sont jamais une réalité lorsqu’il s’agit d’Adriel ? A-t-il donc réellement mis de coté leur amitié ? Même si ce fut pour un court moment, ce moment ne lui a-t-il pas effacé une partie de ses connaissances ? Que les choses soient claires, Adriel est bien heureux de le voir, satisfait de savoir qu’Emeric n’a pas perdu de vue cet endroit, cette tombe, l’importance qu’elle avait pour son ami. Mais qu’il ne s’y trompe pas, ce qui motive le plus en cet instant est la pitié…Oui, la pitié. La pitié est comme un faux accord, une musique qui ne dit pas son genre mais dont la mélodie est lancinante semblable à une plainte sans fin. Ou alors elle est assourdissante, celui qui la ressent ne sachant pas en jouer silencieusement. Peut-on d’ailleurs en jouer ? On ne dispose pas de la pitié comme d’un instrument de musique. Elle est une passion qui assaille le cœur, et l’esprit s’en trouve d’autant plus préoccupé qu’elle est d’une intensité forte, comme il en va d’autres passions. La pitié est cependant singulière parce qu’elle est un sentiment immédiat dont l’écho est reportable dans le temps. En effet, elle peut être le déclencheur d’un contact qui se transforme en une relation, laquelle ensuite devient amicale, en apparence tout du moins, parce que le rapport humain dans ce cas est soutenu par la peine de l’un vis à vis de l’autre. Il y a comme une inégalité avec la pitié, même n’en est-il pas également de même à propos de l’amitié ?

    Toujours est-il que la pitié trompe son monde ; elle est un moteur à la mécanique très bien huilée mais dont le bruit résonne faussement. Il est alors des situations où la pitié jamais ne s’arrête en chemin, voire prend de la vitesse entraînée qu’elle est par certaines circonstances, précipitant les protagonistes dans un tourbillon où la maîtrise de soi est balayée. La volonté se disperse au fur et à mesure que la pitié s’élance de plus en plus vite pour être de plus en plus impérieuse. Les actes dès lors ne sont plus des décisions qui se réalisent mais le résultat d’un enchaînement passionnel. La machine est devenue infernale…N’importe qui pourrait se retrouver pris dans cet enfer. Une pitié qui est devenue dangereuse depuis le jour où il s’est accommodé d’une répulsion pour fonder une fréquentation. Dès lors, le piège s’est refermé sur lui, l’étau se resserrant inexorablement sur sa personne. Par sa seule pitié, il s’est emprisonné, mais il n’est pas seul. Il emporte tout son monde avec lui dans son cachot. C’est exactement ça, et son monde se résumerait à la personne qui se tenait debout en face de lui. Il serait prêt à tout pour l’emporter avec lui qu’importe la destination. C’est ça Adriel, c’est tout dans un excès parfois difficile à comprendre. Il est des idées, des principes, des choses qui ne s’accommodent à aucune autre mode de vie que le sien. Son monde doit A et jamais B. Emeric doit faire partie intégrante de ce monde…Et ce qu’il venait de lui dire ici, à cette seconde enfonce un peu plus le poignard qu’il a déjà su lui fourré dans le dos ! Un océan de manquements ? Si peu, avait envie de répliquer Adriel. Lui qui fronçait à présent les sourcils et se mettait à marcher, à s’approcher d’Emeric qui avait l’air chancelant quelque peu. Ce qu’il lui disait ne lui plaisait pas, ça ne lui plaisait pas du tout…Il se met en face de lui, à quelques centimètres à peine…Cherchant à avoir son regard, car sans ça, il n’aurait jamais pris la parole pour demander…

    « Et qu’est ce que tu penses que j’attends exactement de toi, Emeric ? »

    Il n’est pas de trop que de déclarer à l’instant qu’Adriel prenait une posture et une voix inquiétantes. On aurait dit qu’il sortait tout droit de l’un de ces thrillers dans lequel on retrouve un mec bizarre au regard intense qui fait flipper n’importe qui…Mais, Emeric avait l’habitude, non ? A moins que dans ses manquements, il a oublié cet aspect de son meilleur ami…

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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Dim 27 Nov - 16:22

    Emeric a peur, et l’attitude d’Adriel était bien loin de jouer le rôle de calmant, que du contraire même, elle intensifiait sa peur. Dans le cœur de chacun se cachent de nombreuses craintes, et angoisse : peur de perdre ce que nous avons, peur de ne pas réussir, peur de ne pas être aimé, peur de la peur, peur d’aimer, peur de la souffrance, peur de ne pas être respecté, peur de mourir, peur de l’engagement, peur de mourir, peur de parler en public, peur des entrevues, peur de tomber malade. Pour libérer notre âme de ces craintes et afin de vivre une liberté intérieure réelle, nous devons affronter la possibilité éventuelle les circonstances extérieures ne se déroulent pas toujours comme nous le souhaitons. En acceptant le caractère imprévisible de l’existence, nous nous décidons d’aller de l’avant et de dépasser les obstacles que nous avons érigés au fond de nous. Ces derniers nous empêchent bien souvent d’avoir accès à notre plein potentiel et de s’accaparer cette vie dont nous rêvons. Mais de quel rêve il s’agit là ? Il semble à Emeric qu’il y a longtemps que son amitié avec Adriel n’est plus synonyme de rêve. Comment cette rencontre faite alors qu’ils n’étaient pas plus hauts que trois pommes a pu les amener à se regarder de cette façon aujourd’hui et de créer comme un conflit.

    Flashback
    Du sable qui coule entre mes doigts, des cris, des allées poussiéreuses, des balançoires et puis nous deux, Adriel et moi, qui nous regardons pour la première fois. Lui, farouche, à l’écart, serrant une boîte de métal contre sa poitrine et moi, terrorisé par les cris et l’agitation des autres. Un parc, des promeneurs, des poussettes et des mamans qui s’appellent entre elles par le prénom de leur enfant. La mienne se trouvait non loin à lire le journal derrière son tailleur strict et ses lunettes fumées. Lui, Adriel, tu me disais que ta mère te laissait là et ne venait te chercher que plus tard. La boîte de métal que tu tenais de si près quand je suis venu m’asseoir à côté de toi, sans doute a-t-elle contenu des granulés ou une préparation à bouillie avant de servir de moule à pâtés de sable. Nos regards se sont croisés et tu me l’as tendue. Je ne l’ai pas oubliée, c’est peut-être même le premier objet dont je me souvienne, ce cadeau que tu m’as fait. Si l’on me demande quel est mon premier souvenir, le plus ancien, je réponds que c’est cette boîte de métal, je dois avoir cinq ans, six tout au plus. Image restée intacte, comme une de ces photos en noir et blanc, aux bords crénelés, rangées dans un carton à chaussures : on nous y voit, Adriel et moi, assis sur le tas de sable, ma mère à proximité, la tienne absente. Adriel et moi, qui n’allons plus nous quitter. Chaque semaine, durant des années, ma mère m’a emmené à ce parc où j’avais rendez-vous avec Adriel. Adriel et moi nous précipitions l’un vers l’autre, le coeur battant. Très vite nous avions su que nous allions devenir inséparables, mais, au contraire des filles, les petits garçons ne se disent jamais qu’ils s’aiment : ils se donnent des tapes dans le dos, se poursuivent, se bagarrent. C’est ce que nous faisions…
    Fin flashback

    C’est ce qu’ils ne font désormais plus lui semblait-il. Cela le déchire, et cela lui fait encore plus peur. Comment cette innocent du passé ou tout était si simple avait-il pu laisser place entre cet étrange sentiment d’avoir manqué plus d’un acte. Emeric ne s’est jamais senti aussi coupable. Il ne s’est d’ailleurs jamais autant pris la tête qu’en ce moment. Il aimait Adriel, mais peut-être pas autant qu’Adriel l’aimait. Ou ce n’était pas d’une même façon. Et voilà qu’il s’en rend compte aujourd’hui, Emeric ne sait plus du tout comment rattraper le coup. Il a encore peur de répondre à la question que venait de lui poser Salem. Ouais, Salem et Stone, c’était leurs surnoms, celui-là que chacun avait donné à l’autre une fois l’adolescence arrivait. Il payera chère pour remonter le temps, pour savoir à quel moment Adriel s’était mis dans la tête cette envie, ce besoin de possessivité, d’exclusivité.

    « Ne prend pas cet air avec moi… » Lâcha Emeric tant bien que mal en posant son regard vert dans les yeux bleu d’Adriel. Il avait un regard tellement profond qu’il s’en trouvait déstabilisant. Cette proximité le mettait étonnement mal à l’aise. Il contourne Adriel, le dépasse de quelques pas se trouvant maintenant dos à lui. Son regard se perd sur le sol mouillé de ce cimetière…Il était temps pour lui de trouver les bons mots, de s’exprimer sans peur… « Tu sais très bien de quoi je parle… Je comprends que tu puisses être en colère, je comprends que je t’ai déçu. Mais tu dois aussi comprendre à ton tour que je ne peux pas…Que je ne peux pas être là à chaque heure, à chaque minute, à chaque seconde…Etre là uniquement et exclusivement pour toi…. » Il serra ses poings dans sa poche, ses mains continuant à trembler. «C’est carrément impossible … » Ajouta t-il sur un souffle, la fumée sortant de sa bouche sur le coup du froid. Le regard d’Emeric remontait, il sentait en fait que celui d’Adriel lui visait le dos, il sentait qu’ils allaient tous les deux devoir faire face pour la première fois, à une discussion des plus houleuses.

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Dernière édition par Emeric Sherwan le Ven 2 Déc - 18:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Jeu 1 Déc - 23:43

    Personne ne lui a appris les limites. Personne ne l’a éduqué. Seul, il l’a été toute sa vie. Uniquement les moments qu’il partageait avec Emeric réussirent à le sortir de sa propre démence. Adriel n’est pas comme tout le monde et ne vous attendez jamais à ce qu’il le soit un jour. La peur, il ne faut croire qu’Emeric est le seul à la vivre, à la ressentir. Adriel aussi avait peur, une autre forme de crainte l’envahissait, celle de perdre la seule personne qui a été réellement présente dans sa vie, la seule personne qui compte. C’était peut-être un secret, un terrible secret qu’il n’a jamais eu besoin de confier à Emeric car pensant que c’était réciproque. Ne pensez surtout pas qu’Adriel est amoureux d’Emeric. En fait, il l’est, pas de la même façon qu’on tombe amoureux, c’est quelque chose d’autre. Quelque chose qui a toujours était là en lui, ce besoin de l’avoir, il lui suffit, alors pourquoi n’est-ce pas réciproque ? La chose restant cachée, la tension demeure. Tout l’être, le corps et l’esprit donc, se trouve lier par une attention qu’exige le secret pour perdurer. Que l’édifice, sans qu’il y ait besoin d’aller jusqu’au morcellement, soit à peine effleuré, et alors la peur s’invite dans cette passion secrète. La raison s’efface peu à peu ; tout bientôt n’est plus que déformé. Le plus insignifiant des gestes ou le moindre pas est interprété avec la peur, sans sérénité. Ce qui avant le secret n’avait pas d’importance le devient, important, parce que menaçant. Pour qui ? Pour quoi ? Adriel serait tenté de dire qu’il n’est menaçant que pou lui, car la perte d’Emeric dans sa vie serait le synonyme d’un anéantissement total. Alors que pour Emeric, ce ne serait sans doute qu’un acte manqué, un manquement avait-il dit pour reprendre ses propres propos. Et si Salem se trompait d’interprétation, alors Stone n’avait qu’à le contredire. Quant au pour quoi, il vise évidemment cette amitié qui aurait vécu des années et des années pour se retrouver face au mur aujourd’hui…

    Le secret ferme une porte et la peur emprisonne. C’est cette dernière qui donne force au cachot, en condamnant toute sortie. Il existe cependant une clef dit-on, celle de la révélation. Pour s’évader, il faut avouer. Sinon, c’est se fracasser l’existence sur cette porte condamnée. L’aveu ou le crâne brisé. Adriel a eu à la fois le crane brisé, puis l’aveu. Et sur les deux, le résultat a été le même : la déception. La réponse d’Emeric ? Il s’y attendait à ce qu’elle ressemble à cela, à ces mots. Il faisait usage de deux choses qui coupaient tout espoir. Il parlait d’impossibilité. Il parlait de totale impossibilité ! Il parlait en réalité de fin. Comment voudriez-vous que le regard d’Adriel ne vise pas son dos jusqu’à le transpercer tel un laser. Pour dire, il avait l »’envie de fuir, de quitter cet endroit, de partir tel un voleur et de conclure sur les mots d’Emeric. Toutefois, il avait le sang chaud, il avait le sang qui bouillonnait à l’intérieur de lui. Il aurait pu le tuer même, le tuer tant il lui faisait mal. Si son ami est encore capable de se souvenir du bon vieux temps, Adriel ne garde plus que le mal de ces derniers jours en lui.

    « T’as même pas le foutu cran de me dire ces choses en face ! »

    Ceux sont des choses qui doivent se dire en face. C’est un adieu pour Adriel. Du moins, les paroles d’Emeric sonnent ainsi pour lui. Alors si c’est un dernier échange qui se déroulé là, autant qu’il se fasse dans les règles ! Gueuler, il en avait une féroce envie de le faire. Lui serre ce coup cachait par cette écharpe qu’il portait, et lui demander de répéter en le regardant droit dans les yeux. Tout est une question de violence pour Adriel. Ça doit faire mal, le plus mal possible. Que cela soit en bien, ou en mal. Car le mal peut faire du bien, mais Emeric ne faisait que le mal pour le mal. L’homme fait le mal, non parce qu’il le veut, mais parce qu’il y a en lui une force qui s’oppose à son vouloir, un vouloir autre ou un vouloir contraire qui le détourne de la volonté du bien et dont il n’est pas le maître absolu. Si le Diable a disparu et que le mal, non seulement est resté, mais tend à se commettre sur une échelle de plus en plus vaste, alors l’homme est en puissance de tous les crimes possibles, c’est-à-dire imaginables et inimaginables. C’est poussé pour beaucoup de tenir ce que vient de dire Emeric à coté de cette définition du mal…Et pourtant, c’est ainsi que le prenait Adriel.

    « Tu vois, moi j’aurais dit que c’est totalement possible. Je le fais depuis des années…Mais il y a déjà un moment que j’ai compris que ce n’était plus le cas pour toi. Tu as déjà sacrifié notre amitié pour des conneries à deux balles plusieurs fois…T’as d’ailleurs de la chance que tu sois toujours debout là devant moi. »

    Qu’il tourne, qu’il le regarde droit dans les yeux. Qu’ils en finissent avec toute cette histoire, avec toute leur histoire…

    « J‘ai jamais dit que je te comparais à une poupée qui soit à ma disposition à chaque heure. J’ai juste voulu retrouver l’ami que j’ai eu pendant des années. Mais tu sais quoi ? Va te faire foutre quelque part hors de ma vue ! »

    Et cette fois, c’est Adriel qui se tourne.

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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Sam 3 Déc - 14:07

    Parler de cran, c’est comme parler de courage. Et lorsqu’on a peur, on manque souvent de courage. C’est un peu le cas d’Emeric en ce moment. Du coup, c’est Adriel qui avait entièrement raison sur ce point. Que sait-il du courage après tout ? Emeric n’a jamais été le mec à faire preuve de courage. Il a longtemps été qu’un m’enfoutiste, appréciant semer un brin d‘anarchie là ou il passe. Ou peut-être bien qu’on peut considérer son comportement tout comme sa différence comme une forme de courage ? En tout cas, il est de notoriété publique que le courage est un levier puissant contre la peur. Le courage est une sorte de levier permettant d’échapper à l’air vicié de la routine pour goûter à l’air pur qui règne au delà. On obtient ainsi une vie plus dynamique et des relations plus riches grâce au dépassement de soi. Est-ce que cela veut dire que les gens qui manquent de courage font ce qui est injuste? A vrai dire, ils ne feront pas forcément du mal à la société en restant dans leur ennuyeux cocon. Mais c’est à eux-mêmes qu’ils en feront! Ils savent pertinemment que ce qu’ils font ne leur ressemble pas. Il y a toujours cette petite voix qui leur répète, par exemple : Qu’est-ce que je fais dans ce métier? Qu’est-ce que je fais avec lui/elle? Qu’est-ce que je fais dans ce bled? Qu’est-ce que je fais dans cette communauté? Qu’est-ce que j’attends pour lui parler? Au fond on n’est pas à notre place, mais on essaie de se persuader du contraire en se trouvant tout un tas d’excuses et d’occupations consolantes : les sorties sans but, les heures supp, la télévision, … Mais la voix ne s’éteint pas, c’est un malaise qu’on ressent constamment d’une manière diffuse, presque inconsciente. Plus tard elle laissera la place aux regrets, et même à l’amertume : “Mais qu’ai-je fait de ma vie ? Si j’avais su…”.

    Il est vrai que la haie à franchir peut sembler très haute. On a tellement été conditionné pour penser qu’elle est infranchissable. D’ailleurs personne ne nous prend au sérieux quand on déclare fièrement vouloir la défier. C’est une vraie culture du manque de moyens concrets, qui contamine d’autant mieux qu’elle est partagée par le plus grand nombre. La peur est implacable : on a peur d’être humilié, d’être rejeté, de manquer d’argent, de souffrir… Pourtant, cette barrière n’est pas si redoutable, (enfin c’est plus facile à écrire et le dire que d’y arriver…) quand on se donne la peine de lui faire face. Il arrive même qu’elle soit imaginaire, et qu’on la traverse sans résistance telle une ombre. Au fond, le plus dur dans ces cas là est de se décider à agir malgré la peur. Et le courage viendra alors après la peur ! Emeric n’avait pas d’autres choix au point ou il en est. Ou plutôt, au point ou ils en sont lui et Adriel. Les mots de ce dernier sont tranchants, ils sont directs et sans détours. Celui qui parle le mieux entre eux deux est surement Adriel, parce qu’il sait ce qu’il veut et il n’a pas peur de le dire. Le plus courageux de ce fait n’est autre qu’Adriel. Emeric se rend de plus en plus compte que c’est l’autre qui a toujours su porter cette amitié sur ses épaules. Adriel a tant fait, et il n’a pas le voir au bon moment. Il ne l’a su et il ne l’a vu qu’au trop tard. Enfin, trop tard ? Est-ce vraiment le cas ? N’y-a-t-il donc plus aucune issue ? C’est la fin ? Non mais et puis quoi encore ? Ça ne pouvait pas être la fin ! Et bien qu’il prend tout ce que dit Adrioel en ce moment bien au sérieux, et il le sait capable de bien des choses…Emeric veut avoir du cran, il veut être courage. Il désire plus que tout garder Adriel lui aussi, c’est ça la vérité !

    Lorsqu’il se tourne avec un air interloqué, Adriel lui donnait déjà le dos. Ce n’était pas à lui de prendre la décision, Emeric avait son mot à dire. Et il ne cherchait pas à lui dire qu’il ne voulait plus de lui, seulement qu’il ne savait plus comment s’y prendre correctement dans toute cette histoire. C’est pour ça qu’il parlait d’un océan de manquements, il a perdu le fil, mais il souhaite le retrouver ! « Arrête, je n’ai pas fini ! » Il ne comptait pas aller se faire foutre ailleurs. Ses traits perdus et apeurés sont à présent déterminés. Il veut à nouveau que leurs regards s’accrochent pour ne plus se lâcher. « Je sais que j’ai joué au con, c’est pas la peine de remuer le couteau dans la plaie et me rappeler que c’est à cause de moi qu’on en est là aujourd’hui… » Ses poings se serrent, ils ne tremblent plus mais se compriment. « Tu crois que j’en ai rien à branler mais c’est faux ! Il ne se passe pas une journée sans que je n’aie une pensée pour toi, sans que je ne pense à toi ! Mais me couper du monde et faire tout ce que tu souhaites que je fasse…Tu ne crois pas que c’est toi qui en demande trop sur ce coup ? Tu ne penses pas que …C’est plus l’amitié qu’on avait eu qui se manifeste à ce moment ? » Que voulait-il dire ? Tout est encore si flou et mal rangé dans sa tête que ces paroles pouvaient bien être maladroites. Mais son regard ne bougeait plus, encire totalement dans celui d’Adriel, il avait besoin de tenir. « Adriel, c’est pas t’effacer de ma vie dont j’ai besoin. J’ai besoin de te comprendre, j’ai besoin de savoir ce qui se passe vraiment dans ta tête, j’ai besoin de rejouer un rôle, un vrai rôle pour toi…Mais pas aussi intensément que tu le désires, parce que je te le dis cash ! Je ne m’en sentirais pas tout le temps capable. »

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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Lun 5 Déc - 1:38

    S’il en demander trop ? Vous savez, lorsqu’on est de nature égoïste, il ne semble jamais que le « trop » existe, il y a juste le « pas assez » qui reste présent. Qu’est-ce que l’égoïsme ? Certainement pas une fatalité. Adriel n’est pas égoïste par pur plaisir ou vanité, l’erreur est de croire que l’action court au plaisir. C’est cette même erreur qui fait de l’homme un égoïste, c’est-à-dire quelqu’un qui n’agira qu’en fonction du plaisir escompté. Sauf qu’à considérer uniquement ce qui est possible pour agir conduit bien plus à la crainte qu’à l’espérance, car « la crainte est toujours plus forte que l’espérance ». L’égoïste dès lors est envahi par le désespoir alors que c’est la quête du bien-être qui l’anime. Voilà un effet en contradiction avec l’esprit qui fait dire que l’égoïste est avant tout celui qui « s’est mal compris lui-même ». Et celui à balmer dans tout ceci n’est sans doute pas Adriel, mais sa mère qui n’a pas su lui donner un petit gramme d’enseignement ou d’éducation aussi futile soit-elle. Il n’a rien dans sa vie, et depuis son tout jeune âge, depuis le jour ou son regard de petit garçon avait croisé celui d’un autre petit garçon du nom d’Emeric. Depuis ce jour, Adriel n’avait plus que lui. Comment ne pas être égoïste alors lorsque la seule personne qui compte ne tient pas parole ou nous trahit ? Comment ne pas avoir cette crainte de perdre cette personne ? Ou encore se dire qu’on commence déjà à la perdre…

    Dans les faits, Adriel est dépendant d’Emeric, alors que ce dernier semble savoir ou se trouve la limite, le point ou il fallait s’arrêter. Emeric contrairement à Adriel n’a pas de mal à aller vers les autres, à se faire des relations plus facilement même s’il n’est qu’un emmerdeur pour beaucoup. Et il n’a pas basé son affectivité sur une seule et unique personne. Adriel, lui, l’a fait. Ce qu’il ressent pour lui pourrait se tenir dans l’expression « Aimer son prochain comme soi-même » et ce prochain se réduit au nombre d’une seule personne. Cette expression, paradoxalement, a pour adversaire l’égoïsme. Si nous aimions les autres de la même façon que nous nous aimons nous-mêmes, l'amour-propre disparaîtrait au profit d'un sentiment universel et non électif ; car on ne choisit pas son prochain, mais c'est lui qui à l'improviste vient à notre rencontre. L'exigence ici, c'est la réciprocité. Ce que je désire pour moi, il faut le désirer pour autrui ; tout le bien, toute la considération que je me souhaite, il faut les souhaiter pour mon prochain. Mais en retour le bien que je lui veux, je dois le vouloir pour moi aussi. Plutôt qu'un sacrifice, on aperçoit une égalité idéale et une équivalence parfaite des devoirs envers les autres et des devoirs envers soi. Mais le paradoxe est d'ériger un amour en devoir. Chacun sait qu'on ne commande pas aux cœurs. Si un commandement est nécessaire c'est que le sentiment manque. Aimer par devoir c'est comme aimer à contre-cœur. S'agirait-il alors d'une règle absurde ? Un devoir, c'est ce que nous reconnaissons comme bon, sans avoir toujours la volonté de l'accomplir, parce que nos intérêts s'y opposent. Et la vertu est cette force qui surmonte de tels obstacles. Mais si la volonté se portait d'elle-même au bien, celui-ci n'apparaîtrait pas comme un devoir, car rien n'y ferait obstacle. N'est-ce pas précisément ce que vise la règle d'or ? Celle-ci excède en ce sens toute morale et tend à la sainteté : elle intime d'accomplir spontanément ce que la vertu ne sait faire qu'en s'obligeant.

    Aime ton prochain comme toi-même, une règle d’or lorsqu’elle émane d’un être parfait s’adressant à d’autres êtres cherchant à le devenir, mais on rencontre de tout sur terre et il n’est pas certain que la manière dont on s’aime doive se généraliser à ceux qui nous entoure. Adriel avait sa propre façon d’aimer Emeric. Et l’exclusivité se place car il n’a personne d’autre à aimer…Et lorsqu’il avait pu aimer une autre personne, il décida de la quitter car elle n’acceptait pas Emeric dans sa vie. Alors ce qu’il se demande depuis tout ce temps c’est : aurait-il fait de même pour moi ? Si les rôles avaient été inversés, Emeric aurait-il quitté la femme de sa vie pour sauvegarder son amitié avec Adriel ? Parce que la réciprocité doit être entièrement présente pour qu’une expression ave tant de bonne volonté telle que « Aime ton prochain comme toi-même » peut réellement se tenir. Pour qu’elle se tienne des deux cotés et non d’un seul. Cette discussion aurait pu ne jamais avoir lieu, ce conflit, cette prise de tête, ces mots dit et ces non-dits, tout ceci aurait pu ne jamais avoir lieu…En tout cas, pas avant quelques années, si ce n’est ces photos, cette image, cette promesse rompue…Ils seraient à cette heure en train de bavarder de tout et de rien dans l’appartement froid d’Adriel ou la boutique d’Emeric. Mais els choses en sont là aujourd’hui, et elles ont bien une raison de se présenter à eux sous une note aussi…dramatique ! Pour deux garçons qui ne parlent pas ouvertement de sentiments, chacun d’eux venait de briser une certaine nature en ce jour glacial, dans cet endroit aphasique…S’étant retourné, et le visage moins nerveux, Adriel se rapprocha d’Emeric, plantant ses yeux dans les siens et les soutenant pour une bonne dizaine de secondes ou absolument rien ne se passa, rien hormis ses regards qui se parlent, qui se disent des choses, mais les mots demeurent ce qu’il y a de plus efficace !

    « Moi j’ai seulement besoin de toi. Tu me suffis largement, je n’ai besoin de rien ni de personne d’autre. » Avoua t-il, un sourire vient se placer sur le coin de ses lèvres, s’allongeant sur son visage alors qu’il portait ses mains sur le col de la veste d’Emeric, lui arrangeant ce col tout en ajoutant sur un ton toujours sérieux. « Mais moi je ne te suffis pas, c’est ça toute la différence…C’est de le savoir qui me fait mal, parce que je me dis que ce que je serai capable de faire pour toi…Et bien, tu ne le feras jamais pour moi… » Il ne répondait pas exactement aux paroles dites par Emeric, il donnait une réponse générale, vraie, brute, authentique, résumant les choses. « Je ne veux plus que tu viennes me voir ici, je te prie de ne pas saccager par ta présence le seul endroit dans lequel je me sens vraiment à l’aise… » Il finit d’arranger ce col, il laisse ses mains se poser furtivement sur le torse d’Emeric avant de ne remonter son regard sur le sien, adressant un sourire sans volonté, sans sincérité, juste un sourire, un dernier pour la route…

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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Jeu 8 Déc - 11:58

    Suffire à quelqu’un, suffire largement à une personne. Emeric aurait tant voulu pouvoir dire la même chose à Adriel, lui répondre que lui aussi n’avait besoin de rien et de personne d’autres. La différence entre eux c’est qu’Emeric avait eu des parents qui étaient plutôt présents pour lui, et c’est seulement à la mort de son père qu’il avait commencé à mal tourner. Sa mère avait toujours été là, même si elle ne fut pas parfaite, elle était là. Contrairement à Adriel qui n’a jamais eu personne jusqu’à sa rencontre avec Emeric. Ils n’ont pas grandi sur les mêmes notions, et cet écart se dévoile à eux aujourd’hui. Il avait le sentiment d’avoir atteint une ligne auprès d’Adriel, celle qui place un lien qui les unit plus fort que jamais et les sépare en même temps. Le lien qui nous sépare et nous réunit à la fois est représenté par une écharpes relationnelle. L'écharpe ou le foulard sera le symbole du lien par lequel nous sommes reliés. Dans toutes nos relations : amis, parents, frères sœurs, partenaires, collaborateurs... c'est ce qui passe dans ce lien qui détermine la qualité de la relation. L'écharpe permet de définir les caractéristiques de chacune de ces relations. Plus encore : cela permet de distinguer la personne de la relation. Elle révèle que chaque relation se construit par un lien ou passent du bon et du moins bon. Le bon est nourrissant, le moins bon laisse un goût amer. Le bon énergise, le moins bon pollue. Le bon stimule la confiance et le plaisir d'être. L'écharpe rappelle que chacun est responsable de qu'il fait passer dans le lien relationnel : paroles, attitudes, gestes, comportements. Chacun est responsable de son bout de la relation. Comment ça se passe alors à son bout ?

    Une tristesse infinie le prend à l’écoute d’Adriel et à l’observation de ses gestes, la tristesse des promesses non tenues, des sentiments qui se ternissent, des manquements, de la faiblesse et de l'impuissance de l'homme à répondre à une amitié aussi exigeante et indispensable. Pourquoi ne serait-il pas capable d’en faire de même ? Ce n’est pas l’envie ni l’amitié ou l’amour qui lui manquaient. C’était seulement qu’Emeric avait su prendre une certaine indépendance qui l’a laissé ne jamais tout porter sur son amitié avec Adriel. En fait, Emeric ne pouvait pas assumer une telle force, une telle responsabilité ! Il ne pouvait même pas assumer ses conneries ! On peut faire des conneries, on peut accumuler les conneries, "que celui qui n'a jamais fait de connerie me jette la première pierre", comme on dit. On cumule, on accumule, jusqu'à devenir meilleur et faire moins de conneries. Alors la connerie, c'est subjectif, certes, mais il y a des conneries universelles, celles qui relèvent de l'éloignement profond de toute raison humaine. Après, des conneries, on n’est pas toujours obligé de refaire les mêmes sans cesse, les conneries ne sont pas une fatalité. Pourtant il constate que certaines personnes sont en reproduction de conneries identiques. On croit qu'elles ne feront plus telle ou telle connerie et quand on ne s'y attend plus, elles recommencent...Pourquoi ? Et bien c'est simple ... Lorsque l’on n’assume pas ses conneries, qu'on veut vite les oublier, au lieu de tenter d'en solutionner les causes, qui ont amenées aux conséquences se révélant comme les conneries que l'on a faites, on finit toujours par refaire les mêmes, comme si on était programmé pour ça. Alors au bout d'un moment, il faut arrêter de faire l'autruche et assumer ses actes, ses comportements, ses conneries, pour comprendre d’où elles viennent et arrêter de se complaire dedans. Il faut aller de l'avant, progresser, devenir un homme !

    Assumer ses conneries est le premier pas vers la sagesse, si sagesse il doit y avoir un jour. Quand on fait une connerie une fois, ça n'est pas la peine d'en rajouter, la personne à déjà assez honte comme ça. Elle a su tirer les leçons de sa connerie, pour ne pas la reproduire à l'identique, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tard. Du moins, c'est ce que l'on croit, jusqu'à ce que l'on constate que la même connerie se reproduit, parfois au moment ou l'on ne croyait plus à son retour...A ce moment là, selon moi, il convient d'en remettre une couche, parce que visiblement, la première couche n'a pas suffit. C’est exactement ce que venait de faire Adriel en lui demandant de ne plus revenir ici. Cet endroit a toujours été l’endroit « secret ». L’unique endroit qu’Adriel acceptait de partager uniquement avec Emeric…En lui demandant cela, c’est comme s’il venait de rompre cette chose « unique », c’est comme s’il voulait lui faire payer sa connerie de l’excluant de son monde. Emeric en est totalement paralysé, alors que son regard commence à le piquer de ce mal qui le ronge à présent.

    « Pardonne-moi… » Souffla t-il sur une voix à peine audible. Les yeux rivés sur le sol. Les mains qui se mettent à re-trembler. « Je n’ai pas envie de te perdre… » Il manque de courage encore, il manque de cran pour le lui dire en face. Mais c’était dit, cela voulait dire qu’il s’apprête à quitter cet endroit, qu’il ne reviendra pas, mais qu’il refuse de renoncer à leur amitié…Qu’importe le temps que ça prendre, il fera son possible pour se rattraper ! D’une certaine façon, lui non plus ne peut vivre sans lui. En tout cas, pas pour aussi longtemps qu’il le pense. Sur ce, Emeric reprend sa marche, le visage clairement consumé par cette rencontre, c’était pire qu’une rupture amoureuse, c’est une partie de lui qui lui demandait de le laisser tranquille…Pas sur qu’il pourra vraiment avancer sans elle.

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MessageSujet: Re: Never opened myself this way [Adriel] Sam 10 Déc - 18:37

Fin du chapitre second
To be continued...

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