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Revival Rock

When passion rules the game. I ain´t got no control, when my heart´s in flames.

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XII. Chapitre 11

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Crédits: Sab
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MessageSujet: XII. Chapitre 11 Sam 5 Nov - 18:27






CHAPITRE 11
A ma place





    Matthew – Non mais je peux savoir ce qui te prend ?

Demanda le musicien de manière sèche et énervée tout en venant solidement plaqué le dos de Kyle au mur tout en le tenant fermement par le col de sa chemise.

    Matthew – Tu me tournes le dos, tu me balayes d’un revers de la main et, maintenant, tu viens me sortir ta crise comme si de rien n’était ?
    Kyle – Et alors ?

Venant saisir les poignets de son opposant, le batteur se dégagea de l’emprise de son vis-à-vis tout aussi sèchement que ce dernier était venu lui imposer, n’hésitant pas à le repousser quelque peu en arrière par la même occasion.

    Kyle – C’est qui, qui me sort son numéro là ?
    Matthew – N’inverse pas les rôles Mason ! C’est toi qui es en train de t’amuser à me prendre pour un con là ! Et, manque de bol pour toi, c’est une chose que je ne tolère absolument pas !

*
**


    Alis – Nous prendrons deux menus du chef, merci ! Sourit la charmante actrice tout en rendant les deux cartes au serveur chargé de la commande.
    Kyle – Tu as encore décidé de voir les choses en grand ce soir ?
    Alis – Cela fait partie des règles du jeu, ce n’est pas ce que tu m’as dit la dernière fois ?
    Kyle – Un point pour toi, balle au centre !

Echangèrent-ils dans cette complicité aussi simple et légère qu’insouciante sous la houlette de leurs deux verres s’entrechoquant avant que chacun d’entre eux ne viennent trouver refuge dans le gosier de leur propriétaire.

Ladite règle mentionnée par Alis n’était que l’aspect traditionnel, récurrent, de cette configuration à laquelle s’adonnait les deux amis aussi régulièrement que cela leur était possible. Tout cela avait démarré d’un tout petit rien, d’un simple concours de circonstances ou le batteur proposa à son actrice d’établir une sorte de rituel constant entre eux afin de s’assurer de ne jamais se perdre de vue, ou de ne jamais laisser une quelconque distance s’installer entre eux. Et, d’une certaine façon, on peut dire que le pari avait été remporté ! Voilà presque une année entière qu’ils venaient à ce restaurant, laissant la note une fois sur deux à l’un pour que l’autre se charge de la régler la fois suivante.

Ce petit instant privilégié pouvait s’apparenter à la symbolique d’un bol d’air frais dont tout être humain ressent inévitablement le besoin jour après jour. Une simple évasion, de quelques minutes, de quelques heures, où le monde réel vivait et s’arrêtait en même temps pour se confronter à la reconstruction et à l’imagination commune de ces deux êtres chers. Une bulle d’harmonie, de fusion et de compréhension hautement sculptée à merveille par ces deux sculpteurs improvisés et talentueux.

    Kyle – Alors dis-moi, comment ce sont passé tes derniers castings ? Tu ne m’avais pas parlé d’un projet de film qui te tenait particulièrement à cœur ?
    Alis – Oh, tu sais, à la longue on s’habitue, rétorqua-t-elle avec une moue réprobatrice tout en baissant le regard. Effectivement, il y avait cette production ‘Crying Destiny’ mais ils ont arrêté leur choix sur une certaine… Hum… une certaine Eden Stevenson je crois. Apparemment, elle faisait plus sérieuse et authentique pour le rôle qu’ils attendaient !

C’est avec un petit sourire en coin relativement embêté, décontenancé et navré que Kyle écouta les paroles de son amie. Il est vrai que le monde de la célébrité n’avait pas été des plus gentils avec elle jusqu’à présent. Toujours relégué à des rôles plus que discutables dans des productions du même acabit et jouissant d’une mauvaise presse par-dessus le marché, inutile de dire que le cas de mademoiselle Linwood n’était pas des plus glorieux. Pourtant, cela n’empêchait en aucune façon ce cher Kyle de continuer à croire en sa chance, à croire en sa réussite ! D’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’il avança une main réconfortante pour la poser sur le dos de celle de son amie sous l’accompagnement d’une légère pression.

    Kyle – Tu ne dois pas t’en faire pour ça. Cinéma, musique, la concurrence est toujours rude, qu’importe le milieu. Ce qui est important de ne pas oublier, c’est que s’ils ne t’ont pas pris, c’est qu’ils sont incapable de voir tout le talent que tu as en toi et que ce sont de parfaits idiots ! Confia-t-il en concluant ses propos par un clin d’œil qui vint arracher un petit rire attendri à la belle Alis.
    Alis – C’est bien ça le problème… Je n’oublie jamais ce que tu me dis à ce niveau-là et, d’accord, j’avoue que tu me dores la pilule de cette façon. Mais, en attendant qu’ils ouvrent les yeux, je vois toutes mes chances passées.
    Kyle – Oui mais tu as la chance la plus importante avec toi, c’est ça qui compte le plus !
    Alis – Ah vraiment ? Et je peux savoir quelle est cette fameuse chance ?
    Kyle – D’avoir le plus sexy et le plus talentueux des batteurs de Londres comme meilleur ami bien évidemment !

Plaisanta-t-il dans cette allure de fausse modestie qui fit tout autant rire sa vis-à-vis. Bien sûr qu’il était loin de se considérer comme le meilleur desdits batteurs ou de se considérer même comme un exemple ou un modèle dans le paysage musical anglais. Mais si nous ne pouvons plus se permettre un tant soit peu de dérision, où va le monde, hum ? De toute façon, son objectif principal était atteint : faire apparaître un sourire franc et entendre un rire sincère de la bouche de sa meilleure amie. Pari réussi !

    Alis – Je… Hrem, merci !

Coupée dans son élan par l’arrivée de leurs potages, Alis se redressa convenablement en se voyant mimée par un Kyle se rapprochant d’avantage de la table, délaissant alors les yeux de sa meilleure amie pour l’observation de ce bouillon bien juteux.

    Alis – Donc, je voulais te demander : et toi avec le groupe ? Ca va un peu mieux avec Leslie ? S’enquit-elle en avalant une bonne gorgée de son breuvage.

Pour la peine, Kyle était content de ne pas devoir confronter les iris de sa partenaire. Non pas qu’il lui aurait menti ou qu’aborder cela l’aurait touché elle de façon personnelle ou déstabilisante. Mais tout simplement parce qu’il ne savait pas trop comment y répondre. Effectivement, le groupe arrivait dans un creux relativement détestable et on ne peut plus sombre pour sa carrière. Néanmoins, derrière cela, le batteur des Morten Bluz ne savait surtout pas quel élément serait-il bon de taire ou non concernant l’ensemble des quatre artistes. Voilà pourquoi il observa un silence durant de longues secondes, se réfugiant dans la dégustation de son potage, laissant ainsi une Alis dans le vent qui ne put s’empêcher de reposer sa cuillère tout en soupirant doucement.

    Alis – Je viens de merder, c’est ça ?
    Kyle – Non… non… C’est juste que je ne sais pas trop par quoi commencer en fait.
    Alis – Essaie par le début, il parait que c’est ce qu’on dit toujours dans les thérapies, plaisanta-t-elle en tentant d’alléger un peu l’atmosphère et l’entrée en matière du sujet.
    Kyle – Tu parles d’une thérapie ! Il nous en faudrait une à tous les quatre je crois…

Plus aucun mot ne quitta alors ses lèvres jusqu’à la fin de ce fameux potage. Sa curiosité titillée et son envie de savoir résonnant avec férocité au plus profond d’elle-même, ce fut une véritable torture pour Alis de demeurer calme, patiente et silencieuse face à son musicien. Elle se risquait à des petits regards vers lui, avec le simple désir de voir un mouvement de lèvres qui pourrait lui apporter toutes les réponses qu’elle voulait et qu’elle attendait… Mais non ! Le bougre la torturait involontairement, à son plus grand dam.

    Kyle – Tu veux la version longue ou expéditive ?
    Alis – Hum… Tu connais déjà ma réponse mais, je te laisse choisir !
    Kyle – Eh bien, je n’ai plus vu Leslie depuis l’hôpital. Visiblement, elle commence seulement à prendre conscience de l’importance de ses actes de ces derniers mois et, en ce qui me concerne, je ne sais pas si je pourrais la voir sans ressentir de la colère ou de la rancœur. Quant à Owen, je ne sais pas trop… Vu la situation actuelle, on ne se voit plus aussi régulièrement qu’avant avec le groupe et il en profite pour se terrer dans son trou visiblement. Donc quand je te parlais de thérapie…

Haussa-t-il des épaules tout en s’arrêtant là, comme si dans la mentalité des Morten Bluz, le nombre des membres ne se limitait à trois et non à quatre. Un petit fait qui inspira un léger froncement de sourcils de la part d’Alis, intriguée de voir la personnalité du leader passer sous silence.

    Alis – Oublier de me parler de votre bourreau national est volontaire ou bien… ?
    Kyle – Ah, Matthew… Ses yeux s’écarquillèrent alors que son visage afficha un air à la fois surpris et pour le moins perplexe. Comment dire… Je dirais qu’il a du devenir le plus cinglé d’entre nous !
    Alis – Hein, hein… Je m’attendais au moins à un scoop ! Rit-elle en venant saisir son verre.
    Kyle – Eh bien, si tu veux du scoop, il est venu me balancer qu’il était amoureux de moi !

Pouvant paraître comme un lâché de bombes en règle, c’est l’effet que cela eut en tout cas sur l’actrice qui ne put se retenir de recracher le contenu de son verre dans un grand mouvement de surprise on ne peut plus inattendue.

    Alis – Attend… QUOI ???
    Kyle – Ouais, c’est ce que j’arrête pas de me dire depuis qu’il m’a sorti ça… rétorqua-t-il en baissant le regard légèrement sur le côté, tapotant d’une main sur la table, l’esprit songeur.

*
**


    Kyle – La question n’est pas que j’essaie de te prendre pour un con !

Brisant de nouveau la distance présente entre lui et Matthew, Kyle s’avança suffisamment pour que son interlocuteur se retrouve lui-même adossé, bloqué contre la surface d’un mur. Le tout ? En accueillant la pression d’un doigt inquisiteur sur son torse.

    Kyle – La question est que tu viens me sortir toutes ces histoires comme quoi je t’attire et que je te rends dingue et, deux jours après, je te vois en train de flirter avec une autre ! Qu’est-ce que c’est que ça pour un fichu sens moral ?!

Sur la fin des propos lui étant livré en pleine face sous la forme d’une explosion intense et virulente, Matthew en profite pour réitérer sa position de force en retournant Kyle contre ce même mur et de lui pointer à son tour ce même doigt inquisiteur.

    Matthew – Primo coco ! Ca fait plus d’une semaine que j’ai eu la faiblesse de te parler comme ça ! Secundo, t’en as rien eu à foutre à ce qu’il me semble ! Et, tierso, je n’ai aucun compte à te rendre, c’est bien clair ?

Conclut-il ainsi en tournant les talons, reprenant le sens de la direction opposée d’un pas se voulant rapide et déterminé. Toutefois, sa rapidité ne se veut aucunement suffisante pour échapper à la main insistante de Kyle se posant sur son épaule afin de le retourner, afin de se retrouver de nouveau dans cette configuration de face à face.

    Kyle – Et donc ? Pour ça tu gambades avec les premières minettes qui te passent sous la main ? Et tu voulais que je te prenne au sérieux ?
    Matthew – Ca te pose un problème quelconque Mason ? demanda-t-il avec une profonde froideur.
    Kyle – Aucun ! T’es juste encore plus pathétique que je ne le pensais, soupira-t-il en relâchant finalement son opposant, glissant sur le flanc droit de ce dernier pour le délaisser tel qu’il le mérite en cet instant.

*
**


Alis n’en revenait tout simplement pas ! Malgré l’aspect on ne peut plus sincère et sérieux de Kyle concernant ce sujet, il lui demeurait énormément difficile d’imaginer le leader des Morten être tout bonnement amoureux de lui. Tel qu’elle le commenta, cela s’apparentait à un loup tombant amoureux d’un petit agneau sans défense et ne désirant, par ce fait, que simplement le protéger, veiller sur lui et se fondre à ses côtés au lieu de le dévorer de ses dents acérées et sa mâchoire carnassière. Autrement dit, un sérieux gout amer rimant avec l’impossible demeura omniprésent dans la bouche de notre chère actrice qui laissa la conversation s’orienter, certes, vers un autre domaine, mais sans en oublier pour autant l’effet retentissant de cette révélation au plus profond d’elle-même. Bien qu’au final, le plus important n’était pas la position qu’elle pouvait avoir à la vue de cette situation ! Mais bel et bien le positionnement de Kyle et de lui seul. Après tout, n’était-ce pas lui le principal intéressé et le centre de cette bien étrange attention qu’il n’avait ni cherché, ni même demandé ? Il faut dire que, jusqu’ici, tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, tout du moins, si l’on remontait quelques semaines en arrière. Oui, au vue des circonstances, le jeune Mason donnerait tout pour que l’histoire de cette grossesse honteuse n’ait aucunement lieu, qu’Owen ne semble pas disparaître de la circulation et que Matthew ne commette par l’irréparable avec de tels aveux.

La question était posée ! Comment le batteur devait-il vivre avec cette réalité, avec cette vérité ? La réponse la plus simple serait d’accepter et de vivre avec les sentiments de son ami à son égard. Néanmoins, il ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Oui, de s’interroger sur son entente avec Matthew, sur la manière dont cette dernière n’avait eu de cesse d’évoluer de façon toute aussi scabreuse qu’harmonieuse en même temps. S’interroger sur cette complicité implicite et particulière qu’ils avaient réussi à créer au prix d’un long et pénible effort. Mal avisé serait-il de ne pas considérer cela comme une évolution à la fois voulue et involontaire mais pour le moins solidement sincère. Il n’empêche que cela n’était peut-être qu’une simple conséquence non-désirée des désirs et des envies du leader. Avait-il volontairement donné l’illusion d’une telle amitié pour mieux le séduire ? Pour mieux le corrompre ? Pour mieux le faire tomber dans ses filets, et ce même si cela se solda sous un échec gênant ? Oui, même s’il voulait ignorer cela au plus profond de lui, même s’il refoulait toutes ces questions dans les tréfonds de son inconscient, Kyle ne pouvait s’empêcher d’y penser, d’y livrer une certaine part de sa réflexion et de ses quelques méditations lorsqu’il profitait d’une quelconque solitude…

Au moins pouvait-il compter sur ce délicieux repas offert et partagé avec sa meilleure amie. Si le sujet fut habilement et involontairement éveillé pour trotter dans sa tête, elle avait tout de même réussi à créer une impulsion suffisante pour qu’il vogue sur les nuages de la légèreté et de l’inconscience. Réflexion présente, certes, mais bien loin de l’accabler pour que chacune de ses pensées y soient tournées, non. Il avait autre chose de plus important en tête : continuer son rendez-vous amical et profiter fermement des heures qui se présentaient devant eux !

Texto de Kyle a écrit:
Salut toi !
Je ne sais pas si tu as prévu quelque chose ce soir mais, si jamais ça t’intéresse, je suis au Sound Bar ce soir.
Je t’embrasse.


    Casey – J’ai toujours dit qu’on laissait entrer n’importe qui !

Notre tandem venait à peine d’arriver qu’ils furent accostés par une voix dés plus familière pour nos deux protagonistes. Un sourire s’étira largement sur le visage d’Alis, accompagné d’un léger mordillement de sa lèvre inférieure tandis que Kyle se contentait de ne pas prêter attention à la voix de son cher cousin.

    Alis – A qui le dis-tu ! Un gérant un tant soit peu responsable ne te compterait pas parmi sa clientèle !
    Casey – Ne fais pas ta forte tête Linwood, ça ne colle vraiment pas à ton teint.

Souleva-t-il sous un clin d’œil taquin accompagné d’une petite tape sur les hanches de la belle qui ne sembla pas s’en offusquer, que du contraire.

    Casey – Salut Kyle !
    Kyle – Bonsoir Casey.
    Casey – Tu n’es pas venu avec ta bande ce soir ?
    Kyle – Non, pourquoi ? Jaloux peut-être ?

Contact froid, glacial, pour ne pas dire littéralement polaire ! Le départ de Casey n’avait jamais été réellement digéré par notre cher Kyle. A ses yeux, son cousin n’avait obéit qu’à un simple petit caprice enfantin entachant solidement l’avenir du groupe à l’époque. Et, même si cela pouvait paraître un tant soit peu futile ou ridicule, cette question de principe fut suffisante chez le batteur pour tomber dans un certain schisme douloureusement présent au jour d’aujourd’hui. Sans doute que le plus paradoxal dans l’appréciation et l’attachement familial demeurant toujours présent entre eux mais que la rancune de l’un et la fierté de l’autre empoisonnaient et emprisonnaient dans une cellule fermée à double tour et interdite d’accès !

    Casey – Susceptible ce soir… Bien ! Si jamais t’as envie de changer de Mason, je serai par-là ! Dit-il à Alis avant de lancer un dernier regard à son cousin. Kyle…
    Kyle – Casey…

Aussi sobrement qu’ils avaient pu se saluer, ils ne s’accordèrent pas plus d’attention que cela alors que l’aîné tournait déjà les talons. Demeurant toujours entre l’amusement et l’exaspération d’un tel spectacle, Alis garda son éternel sourire tout en venant livrer une petite tape sur le sommet du crâne de son meilleur ami.

    Alis – Tête de mule… Vous n’êtes vraiment pas croyable tous les deux !
    Kyle – Que veux-tu ? Dans notre famille, on dit toujours qu’il n’y a pas un Mason pour en rattraper un autre, haussa-t-il des épaules nonchalamment tout en sourian.
    Alis – Ce n’est pas une raison !

Croisa-t-elle les bras en le fixant avec un petit air circonspect. Tel un défi lancé, Kyle ne délogea pas ses iris des siennes sans bouger, sans ciller d’un pouce jusqu’à ce qu’il brise la distance entre eux et que ses lèvres se déposent sur le front de sa vis-à-vis.

    Kyle – Allez ! File le retrouver ! Mon rendez-vous ne va pas tarder, puis il risque de te passer sous le nez si t’en profites pas directement.
    Alis – Ca marche, mais ne compte simplement là-dessus pour te débarrasser de moi et de mes curiosités malsaines ! D’ailleurs je veux du croustillant pour demain !
    Kyle – Je verrai ce que je peux faire dans ce cas…

*
**


    Matthew – Minute papillon.

Même si le membre des Morten avait voulu prendre ses distances avec le leader, ce dernier n’en demeurait pas prêt pour autant à donner une fin aussi peu enrichissante dans cette confrontation nocturne.

    Matthew – Prépare toi à descendre de ton piédestal Mason ! Et tu sais pourquoi ? Car c’est toi qui dans tes comportements totalement stupides et pathétiques n’est même pas foutu de voir ou de comprendre ce que je ressens pour toi !

Ne délaissant aucunement ses incisions verbales, Matthew prenait un certain plaisir à barrer la route de son ami par un bras tendu et le reste de son corps fièrement dressé devant le sien. Cela n’empêchait pas pour autant Kyle d’en avoir sérieusement marre en cette seconde. Il n’avait pas envie d’entendre ses paroles, il n’avait pas envie de le voir, d’être devant lui, d’être en sa présence une seconde de plus. Néanmoins, une tentative de fuite dans ce genre de configuration, une fois que l’on connaissait suffisamment le musicien, était totalement vaine. Oui, c’était de monnaie courante que dès les prémisses d’un affrontement, Matthew en prenne rapidement les rennes, que cela plaise ou non ! Malheureusement, Kyle ragoûtait à ce constat à son triste insu.

    Kyle – Bien sûr Shakespear ! Et tu comptes me sortir les violons avec ça ?
    Matthew – Non. Simplement que tu m’as bien embobiné avec tes histoires de courage et de se jeter à l’eau quand cela valait le coup. Je suis avec une fille ? Ouais… Est-ce qu’elle me permet de chasser ton image de mon esprit ? Non. Mais, au moins, je pourrai peut-être me divertir un minimum et oublier l’humiliation que j’ai subi par le plus grand abruti et le plus grand aveugle qui existe !
    Kyle – T’as fini ? S’impatienta-t-il en croisant ses bras sur son torse et en fuyant le regard de son interlocuteur.
    Matthew – Non ! J’en aurai fini quand tu seras prêt à t’avouer à toi-même que t’es qu’un hypocrite qui ne peut même pas assumer le fait qu’il ressent lui-même cette envie et cette attirance.

*
**


    Kyle – Un martini s’il vous plait.

Prenant place au comptoir, c’est sans remord que notre ami avait laissé Alis partir fricoter telle qu’elle en avait l’habitude avec ce très cher Casey. Pour sa part, il se contentait de vérifier régulièrement l’écran de son téléphone portable dans l’espoir d’y trouver une réponse de Valerya. Toutefois, il n’y trouvait absolument rien, sa boite de messagerie demeurant désespérément vide. Certes, aucun contrat ne stipulait que l’un devait être à la disposition de l’autre quand cela l’arrangeait, et inversement. Ce n’est pas pour autant que notre batteur avait une furieuse envie de passer une partie de la soirée avec elle. Maintenant qu’Alis avait mis les voiles avec son étalon, il n’allait tout de même pas rester seul, là, assit à ce comptoir sans profiter de la soirée ! En tout cas, s’il agissait de la sorte, c’est que Kyle Mason ne serait plus réellement Kyle Mason car, vu l’ambiance qu’il y avait ce soir, il ne lui faudrait pas plus de dix minutes et d’un verre solidement englouti pour se retrouver au milieu de la piste à danser avec la foule. Il savait et aimait s’amuser et, en fin de compte, le fait que Valerya pointe le bout de son nez ce soir ou non ne changerait rien à la donne en terme d’amusement. Disons que cela serait un petit plus de par les conditions de leur arrangement mutuel.

Alors que son verre arriva, le musicien jeta un coup d’œil au cadran de sa montre avant de réprimer une petite moue. Il cala le martini commandé en une seule et même traite on ne peut plus solide. Son visage grimaça quelque peu sous les frémissements de l’alcool parcourant brusquement son sang alors qu’il se retourna pour être droit en direction de la piste. Dieu merci, il ne tanguait pas encore de droite à gauche, mais aurait de toute façon besoin d’autres verres en plus pour atteindre les limites de son éthylomètre. Cela ne l’empêcha pas de cligner fortement des yeux avant de s’avancer de façon décidée et volontaire.

    Valerya – Oh là beau gosse ! L’interpella-t-elle en pressant son corps contre le dos du jeune homme. On préfère se noyer au cœur de la foule au lieu de rester près de moi ?
    Kyle – Je serais curieux de savoir depuis combien de temps tu te cachais dans mon ombre toi…
    Valerya – Suffisamment pour te surprendre !
    Kyle – On danse ?
    Valerya – Avec plaisir.

C’est dans une démarche délicieusement féline que l’ancienne actrice de charme tourna autour de l’objet de ses désirs avant de lui prendre la main pour l’emmener directement au cœur de la foule. Trouvant rapidement tous les deux une petite place où profiter de l’ambiance, Valerya ne se priva aucunement de profiter des harmoniques offertes par le DJ pour se suspendre d’une main au coup de Kyle et de se déhancher contre lui dans une danse toute aussi provocante que partagée. Car, oui, si on pourrait tabler sur une Morrison gagnante pour ce qui est d’allumer et de mettre le feu, Kyle n’était pas en reste dans le moindre de ses gestes, dans le moindre de ses regards et, surtout, le moindre de ses mouvements. A croire que tout était calculé au millimètre près pour que ses atouts charmes et toute la panoplie du parfait allumeur fonctionne à la perfection. D’ailleurs, il n’en fallut pas plus pour que leurs lèvres commencent à se frôler, commencer à s’unir et à se mêler presque tout aussi outrageusement que leurs corps dorénavant presser l’un contre l’autre.

Finalement, Kyle atteignait l’évasion la plus totale. Certes, Alis avait réussi à égayer son esprit et ses idées mais, rien ne valait une petite séance de jeu et de plaisir en compagnie du mannequin pour mettre les pieds totalement hors de la réalité et des dures épreuves s’y rattachant. Toute dureté ressentie actuellement n’en serait que plus plaisante si les choses continuaient d’évoluer sur ce rythme sensuel et endiablé. Ils étaient au centre de tant d’envieux, d’admirateurs et de convoitises mais ne s’en souciait guère. Pour eux, cela était un ensemble de chance, d’opportunité, d’occasion et de privilège que d’avoir droit à ces petits bonus. Et la logique d’un petit bonus est telle qu’on ne sait jamais combien de temps il pourra durer… Et qu’il est donc plus que nécessaire d’en profiter au maximum tant qu’on peut le posséder !

    Valerya – Dites-moi mon cher Kyle, n’auriez-vous pas quelques idées derrière la tête avec ce regard hautement lubrique ?
    Kyle – Au risque de vous décevoir ma charmante Valerya, mon regard ne fait que renvoyer votre désir tel un miroir, rien de plus !

Elle ne retint aucunement un charmant rire cristallin tout en penchant quelque peu la tête en arrière. Le dos de sa main vint caresser la joue du musicien pour laisser finalement ses lèvres remonter à l’oreille de son compagnon.

    Valerya – Ne joue pas aux innocents. Ce rôle te va bien mais je te préfère en version moins angélique, reprit-elle en venant lui mordiller le lobe de l’oreille.
    Kyle – Et qui te dis que je suis d’humeur démoniaque ?
    Valerya – Ca doit faire plus d’une demi-heure que tu es en train de me le prouver !

Un baiser s’échangea entre les deux amants avant que leur danse respective ne s’arrête et qu’ils ne s’extirpent tant bien que mal de l’abondance des individus sur la piste. Accueillant le bras de sa mannequin sous le sien, cette dernière s’en détacha toutefois tout aussi rapidement.

    Valerya – Tu peux m’attendre ici deux minutes s’il te plait ?
    Kyle – Bien sûr ! Mais dépêche-toi, sait-on jamais… ironisa-t-il en lui faisant un clin d’œil, la laissant ainsi disparaître en direction des toilettes.

Tournant en rond sur lui-même, notre ami laissa son regard balayé la salle d’un sens à l’autre sans aucun but précis, ni même le désir de spécialement reconnaître quelqu’un pouvant lui être familier de près ou de loin. Non, disons simplement qu’il essayait de tuer le temps comme il le pouvait, ni plus, ni moins…

*
**


    Kyle – Tu sais Matthew, il y a une différence entre l’espoir et l’acharnement ! Je n’ai pas envie de te blesser, de te faire du mal mais, un conseil, arrête de te donner autant d’illusions toi aussi. Ca nous rendra service, à tous les deux !

Tendant son bras en direction de son opposant, Kyle tenta de se frayer un chemin de force mais une solide main empoigna son avant-bras afin de l’immobiliser une nouvelle fois.

    Matthew – Arrête de faire ton enfant et là tu nous rendras service ! Je te connais Kyle, ce n’est pas pour une question de principes que tu m’as sorti un numéro pareil ! Si tu l’as fait, c’est parce que tu n’as pas supporté de me voir avec une autre personne que toi, et une jolie petite blondinette par-dessus le marché !
    Kyle – T’es vraiment en plein délire, réprima-t-il sans grande conviction mais en tentant toutefois de se dégager.
    Matthew – Sois honnête, sois sincèrement honnête et on en parle plus. Si tu viens me faire des scènes, tu me dois au moins ça, non ?

Le ton, tout comme l’argument, se voulait parfaitement correct. Kyle se contenta de maintenir sur le regard de son leader avant d’hocher légèrement de la tête et d’en voir son bras être aussitôt relâché. Sa première envie était de se barrer, de foutre le camp, de mettre les voiles. Valerya devait très certainement le chercher maintenant, ce qui lui donnait une bonne occasion de ne plus s’attarder ici. Mais, à la réflexion, Matthew avait tenu sa parole… Alors notre ami se sentit le devoir de tenir la sienne à son tour.

    Kyle – Touché ! Je n’ai pas apprécié de te voir avec cette fille… Mais, maintenant que l’incident est clos, je te conseille d’aller la retrouver car il n’y a qu’avec elle que tu pourras trouver du bon temps ce soir !


*
**


Des soupirs profonds, des gémissements plaintifs… Des murmures et des appellations qui se perdaient dans la nuit noire, dans l’obscurité de cette chambre où l’interdit s’exprimait avec tant de vivacité, d’intensité et de ferveur. Langoureux, passionnés, sauvages… Les deux amants n’autorisaient aucune retenue dans l’expression de cette puissante envie ruisselant sur l’étendue de leurs corps chauds, humides, en transe. Leurs yeux demeuraient fermés, leurs lèvres se trouvèrent à différents instants alors que les frissons les gagnaient de plus en plus, sans aucune fin possible et imaginable. Cette même fin se faisant désirant et arrivant trop vite en même temps… Cette fin explosant dans l’antre sacrée et flamboyante de ces deux corps. Dans la douce obscurité de cet orifice si délicieux à parcourir et à combler inlassablement. Sous une puissante impulsion, la jouissance c’était répandue pour l’un comme pour l’autre.

Les yeux fermés, Valerya s’écroula sur le lit, totalement essoufflée, délaissant ainsi un Kyle tout aussi éreinté mais demeurant étrangement calme avec son regard ancré sur l’étendue de son plafond. Sa seule et unique envie avait été de retrouver sa maîtresse et de se perdre une nouvelle fois dans leur petit jeu. Son seul désir ? Cela avait été de se contenter de profiter de leurs retrouvailles sans qu’aucun nuage à l’horizon ne vienne les interrompre. Son unique souhait ? Oublier la vision de Matthew avec cette fille et de cette crise qu’il lui piqua aussitôt séance tenante. Mais sa seule réalité ? C’est que sous l’hypocrisie de ses aspirations, il n’y avait qu’un seul visage qui avait marqué son esprit et ses pensées depuis le départ du Sound Bar… Et il ne s’agissait en aucun cas de celui de Valerya… Mais bien celui de Matthew…


- A suivre -


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