Tell Us Relationship: Age du personnage: Proposition de sujet :
Sujet: Hors Série : Special 2 Years Sam 24 Sep - 14:36
HORS SERIE SPECIAL 2 YEARS
Il arrive parfois des imprévus. Et il arrive parfois des moments où la normalité se veut totalement chambouler au prix d'une tendre et d'une douce folie.
Oubliez ce que vous pensiez savoir. Oubliez la logique de toutes les aventures que vous aurez lues jusqu'ici. Aujourd'hui, prenez-le temps de faire un voyage étrange et unique. Un voyage où vous vous reconnaîtrez, un voyage où vous vous redécouvrirez... Mais, surtout, un voyage dont personne ne sortira indemne !
Bien évidemment, c'est avec plaisir que nous vous informons que toute ressemblance avec des personnages vous étant on ne peut plus familier ne sera aucunement fortuite !
Dernière édition par Revival Rock le Sam 24 Sep - 16:34, édité 4 fois
Tell Us Relationship: Age du personnage: Proposition de sujet :
Sujet: Re: Hors Série : Special 2 Years Sam 24 Sep - 14:37
DAY ONE
Brandon a écrit:
Entamer ce week-end en compagnie de Duncan ? Croyez-moi, il fallait réellement que je sois motivé pour accepter cela. Néanmoins, nous ne partagions pas de la musique ensemble pour rien. Pour le pire comme pour le meilleur, je ne pouvais partager cet évènement qu’avec lui et le reste de la bande !
Duncan – Heureusement qu’on pouvait compter sur la charrette Lewis… Brandon – La prochaine fois on optera pour la planche à roulettes de Monsieur Livingstone dans ce cas !
C’est dans un échange de froideur relativement perceptible que les deux ‘amis’ ouvrirent le capot du van de Brandon afin d’observer le problème en présence. Le moteur émettait des sonorités ‘grippantes’ sous un voile de fumée blanchâtre s’échappant à gros bouillons. Le constat se voulait malheureusement triste et sans appel : la panne était de mise ! Un imprévu dont se serait bien passé nos jeunes voyageurs d’un jour… Surtout en ce jour qu’était le 15 août 1969…
Duncan – Selon ton frangin, il était en parfait état hein ?
Déclara-t-il en se penchant sur le moteur pour diagnostiquer concrètement l’origine du problème. Le ton sifflant et presque moqueur de Duncan arracha un soupir de Brandon qui se perdit dans quelques considérations ne volant pas très haut envers le batteur. La route était encore longue avant d’arriver à destination et, ainsi, préférait-il mordre sur sa chique pour que les choses se passent au mieux. Bien que, sur un plan totalement personnel, la situation n’aurait pu être que bonne qu’en l’absence de Duncan et rien d’autre. Ainsi ne choisissons pas toujours… Quelle idée d’avoir monté une organisation pareille en même temps !
Brandon – Tu m’excuseras si ce dernier n’est pas devin ! En même temps, toi qui te vante toujours de savoir quoi faire, qu’attendez-vous pour régler le problème Monsieur-Je-Sais-Tout ? Duncan – Manquait plus que tu recommences ton numéro, ça y est… Soupira-t-il, penché sur le moteur. Brandon – Comme si t’avais le don de voler plus haut à chaque fois que tu l’ouvres… Duncan – Sans doute ! Au moins je sers à autre qu’à simplement conduire un vieux tacot qui ne tient plus la route. Luke – Dites, les précieuses ridicules, on ne devrait pas se concentrer sur le moteur ?
Lâcha soudainement Luke, avec Leslie enlacée contre son torse, en train de les observer de manière quelque peu désespérée et perplexe. Les deux concernés tournant son regard vers lui finirent par s’échanger un coup d’œil dés plus glacial avant que chacun n’oriente son attention dans une direction opposée. Soupirant alors à son tour, le jeune Smith réprima un petit rire en retournant vers le côté du van avec sa moitié.
Luke – Ces deux-là, on ferait mieux de les tuer que de les supporter par moment. Leslie – Peut-être, rit elle. En même temps, je te rappelle que t’es pratiquement fourré avec eux les trois quart de tes journées. Luke – Ça, c’est le problème lorsque ma petite amie est surbookée ! Leslie – Et, au lieu de me le reprocher une nouvelle fois, que dirais-tu de m’embrasser et de profiter de m’avoir pour l’entièreté du week-end ? Luke – Hum… Votre proposition est… acceptable, oui.
Ils échangèrent un sourire, un rire, une étreinte, un baiser… Et ce avant que le ton monte de nouveau entre Brandon et Duncan ! Pour la jeune femme en présence, cela avait le don d’être une source d’amusement, contrairement à une source de lassitude pour son petit ami. Des disputes à ne plus savoir qu’en faire et dont il était presque inutile d’en chercher la raison. Enfin, les plus courageux d’entre vous pourrait certes essayer, cela n’était guère interdit. Néanmoins, ne vous attendez pas à y trouver réponse. Même lorsque l’on se retrouvait à côtoyer ces deux infernaux tel que le faisait Luke, l’on se sentait d’avantage guidé par le désespoir que par le besoin de réponses ! Trois quart d’heure. Trois quart d’heure que cette nouvelle joute résonna sur le bord de cette grande route au rythme des petites sonorités que pouvaient produire les réparations de Duncan sur le moteur du véhicule. Cependant, nous devrions surtout être heureux qu’ils n’avaient pas fini par s’entretuer et que le petit quatuor pouvait enfin reprendre son chemin. Le temps passait, le retard était désormais de mise et ne pouvait qu’amener l’accélération d’un planning déjà assez serré. Un peu de pression dans une atmosphère déjà assez tendue ?
Summer a écrit:
Ce jour-là ? J’étais tellement impatiente ! Je n’attendais qu’une seule et unique chose : qu’on y soit déjà ! Cela promettait d’être l’évènement le plus marquant de la fin de cette décennie. Je ne pouvais envisager cela que comme une réalité surnaturelle, magique et tout simplement unique !
Summer – C’est pas vrai ! On avait dit dix-heures! Qu’est-ce qu’ils foutent encore ?
S’impatienta Summer sur le pas de sa porte, bras croisés et tapotant du pied sur le sol en guise d’impatience. Elle qui n’aimait pas devoir attendre en temps normal supportait encore moins de voir un planning, spécialement établi par ses soins, ne pas être respecté ! A son sens, toute personne un tant soit peu concernée et responsable serait même arrivée une demi-heure à l’avance, tout comme elle l’avait fait sur son propre programme. Mais, en l’occurrence, c’était une heure de retard qu’ils étaient tous en train de prendre. Et pour quelles raisons ? Aucune idée ! Le fait de ne pas savoir l’énervait d’autant plus même !
Théa – Du calme Sum’. Tu connais Brandon… En plus, s’il est avec Duncan… Summer – Je sais très bien ! Mais ce n’est pas une raison ! Ils devraient être là depuis plus d’une heure quand même !!! Théa – Ne t’en fait pas, je suis sûr qu’ils ont une excellente raison, rétorqua-t-elle tout sourire après avoir échappé un rire amusé face au comportement de son amie.
La jeune Campbell respira un bon coup, replaça une mèche de cheveux derrière son oreille puis balaya sa morosité pour laisser apparaître un franc sourire. Cela lui correspondait à la perfection, raison pour laquelle Callahan ne s’étonna aucunement de cette transition, appréciant en grande partie Summer pour ce petit trait de caractère si particulier et lui étant propre.
Théa – Puis, dis-toi qu’au moins, il y en a deux qui ne s’inquiètent pas trop… Summer – Oui mais, tu sais bien qu’une fois qu’on les met ensemble, on les a perdu pour des heures entières, rit elle.
Et comme de juste, c’est au cœur du salon du domicile de Théa et d’Owen que le jeune homme composait quelque peu à la guitare en compagnie du partenaire de Summer : Erwan. Hors de la réalité, les deux amis tenaient chacun leur guitare entre les mains, laissant leurs doigts enchaîner différents accords, calmement assis sur leur bagage. Alliant à la fois le travail technique et la créativité, Owen était tout sourire sous l’expression du talent de son ami. L’accompagnant mélodieusement, il le laissait entonner quelques paroles de son cru. Des paroles qui, une fois de plus, confortèrent Campbell dans toutes les chances que son partenaire de jeu avait de pouvoir percer sur la scène musicale. Certes, il lui faudrait trouver le bon impresario, le bon agent, le bon producteur… Mais l’indispensable demeurait le talent ! Et nul doute qu’Erwan en avait plus qu’à revendre !
Owen – Tu m’avais caché ta dernière compo… Elle est magistrale ! Proclama-t-il avec sourire et sincérité. Erwan – Tu crois ? J’ai l’impression que ça semble un peu brouillon au niveau du refrain pourtant… Owen – En apparence, peut-être. Mais, justement, c’est ce qui renforce le poids de tes paroles et, par extension, la force de ton morceau. Crois-moi, il est super !
Recevant ouvertement la critique de son camarade, Valenci se risqua à un petit sourire gêné tout en venant baisser la tête. La gêne ressentie s’alliait davantage à la sincérité des paroles et à la grandeur qu’Owen pouvait avoir à ses yeux. Une petite gêne subitement coupée par une Summer sautillant vers les genoux de son petit ami avant de s’y installer confortablement et de voir l’état de son visage.
Summer – Bravo Campbell ! Tu me l’as encore rendu rouge comme une écrevisse ! Owen – Moi ? Je suis on ne peut plus innocent !
Fit-il aussitôt en levant ses mains en l’air en guise de ladite innocence. Une réaction qui arracha de nouveau un rire à sa sœur qui secoua sa tête de droite à gauche avant de venir embrasser Erwan. De son côté, Campbell sénior haussa un sourcil vers l’arrière tandis que Théa passait ses bras autour de son coup.
Owen – Un problème mademoiselle Callahan ? Théa – Moui… Le jour où tu deviens parfaitement innocent, rappelle moi de partir d’ici en courant, d’accord ? Owen – Ne rêve pas trop…
Alors qu’ils échangèrent également un petit instant privilégié, le bruit grinçant des pneus du van de Brandon, ainsi que quelques détonations provenant de son moteur, résonnèrent aux alentours du domicile. Aussitôt, Summer se redressa, alerte, à l’image du suricate se dressant sur ses pattes pour observer l’horizon à l’affut du moindre danger. Si quelques doutes naquirent dans sa tête quant à l’origine de ce bruit, tout le petit monde présent dans ce salon put se rassurer d’entendre les voix de Brandon et de Duncan en train de perpétuer leur éternel combat de coqs ! Comme une balle de furie, Summer se rua alors sur la porte d’entrée et pris le tandem de cours en venant ouvrir juste avant qu’ils n’aient le temps de frapper. Inutile de préciser qu’elle leur offrit alors une moue très contrariée et on ne peut plus réprobatrice.
Brandon – Hey Sum ‘ ! Duncan – Tu vas bien ?
Venant croiser ses bras sur sa poitrine et leur donnant l’illusion d’être comme un volcan qui était sur le point d’entrer en éruption, le duo n’en menait pas large et se regardèrent l’un l’autre avec une inquiétude pour le moins perceptible. Ils préféraient même pas tenter de dire quoi que ce soit ou de reprendre le pas sur une toute autre parole de courtoisie ou d’inquiétude… Pendant que, derrière eux, Luke et Leslie s’amusèrent de bon cœur à les voir ainsi tout penaud.
Summer – Quelle heure est-il ? demanda-t-elle froidement. Brandon – Euh… Duncan – Environ onze heures trente… Pourquoi ? Brandon – Parce qu’on était censé être là pour dix heures, reprit Brandon dans un murmure un peu désolé. Summer – Précisément !!!
Le ton toujours glacial, la petite Campbell avait un regard à les tuer sur place. Les trois autres arrivèrent derrière elle mais restèrent à une distance de plus ou moins un mètre, histoire de ne pas approcher de l’orage prêt à gronder : fait qui était à l’opposé de toute tentative de réconfort pour le matricule de Brandon et Duncan.
Duncan – Franchement, on est désolé. On a eu un pépin avec le van et… Brandon – Oui ! Si on avait su vous prévenir ou arriver plutôt, ça aurait été fait, je t’assure !
Elle les observa dubitativement l’espace de quelques secondes supplémentaires avant d’éclater de rire. Être réellement en colère contre eux ? Elle n’aurait pas su ! Mais elle voulait se venger de l’attente qu’ils avaient dû tous subir ici-même en les attendant. Un éclat de rire partagé par Owen, Théa et Erwan sous une grimace moyennement satisfaite de ce tandem dynamique.
Summer – Désolée les garçons. Mais vous auriez dû voir vos têtes !
Duncan salua la performance d’un simple hochement de tête à défaut de Brandon qui afficha un rire à la fois jaune et penaud. Sous cette bonne atmosphère ambiante et chaleureuse, tout le petit monde se retrouva à l’intérieur du salon pour un minimum de présentation. L’inconnue du groupe, en l’occurrence ? La jeune Leslie Scott ! Un peu perdue dans l’étendue de cette bande, c’est davantage Luke qui la présenta qu’elle-même. Ainsi, ils purent découvrir une charmante demoiselle, actrice pour bon nombre de petites publicités et, accessoirement, chanteuse amatrice à ses heures perdues… Mais sans absolument rien de concret sur le plan professionnel. De son côté, elle peut découvrir que celui qui se prénommait Owen, en compagnie de son duo de chauffeur de choc, formaient tous les trois un groupe de musique tentant de percer : les Black Cycles. Théa, quant à elle, posait pour des magazines en vogues alors que Summer, elle, servait d’agent aux Black Cycles et faisait de son mieux pour pouvoir lancer, par la même occasion, son petit ami Erwan sur la piste de la gloire et du succès. Sous ce lot de présentations et de révélations, elle comprenait un peu mieux le pourquoi du comment Luke trainait régulièrement avec la bande d’Owen. Lui qui était féru de musique, désirant en vivre afin de pouvoir lâcher ses sempiternels petits boulots occasionnels, ne pouvait trouver une meilleure sphère, un meilleur entourage pour y parvenir. Tout du moins, tel était le sentiment qu’elle ressentit immédiatement une fois qu’elle eut brièvement fait connaissance avec tout ce petit monde. Ce cérémonial terminé, toute la bande se réunit à la salle à manger, histoire de vérifier les derniers détails logistiques et de s’assurer que le taco de Brandon pourrait ternir le coup. Bien évidemment, cela permit au passage à notre cher Duncan de saisir l’opportunité de glisser une petite pique relativement amicale qui eut le don d’échauffer une nouvelle fois les oreilles du guitariste. Une scène qu’Owen observa avec dépit avant de glisser son regard amusé sur un Luke moqueur qui imitait leur cancan à l’aide de ses deux mains. ‘Question d’habitude’ se répéta dans sa tête le leader des Black Cycles tandis qu’une Summer en véritable chef militaire calculait toute l’organisation à la moindre seconde, au moindre sandwich, à la moindre chaussette près ! Et oui, la petite Campbell voulait que tout soit parfait pour que leur séjour et leur festival n’en soit qu’encore plus mémorable. Elle ne désirait en aucun cas devoir faire face à la frustration ou l’énervement d’un malencontreux imprévu dès plus dérangeants pouvant arriver. Voilà comment, un départ initialement prévu pour dix heures se retrouva reporté aux alentours de treize heures ! Les discussions pleuvent, les vérifications revues une dizaine de fois… Et, une fois de plus, la musique s’interpose au milieu de toutes ces conversations pour égarer l’ensemble de nos amis en présence.
Summer – Bon, on a tout ? Tout le monde est prêt ? Les autres – Oui m’dame ! Summer – Et vous deux, je ne veux pas vous entendre aujourd’hui, c’est clair ?
Charia-t-elle Brandon et Duncan avec amusement avant de monter à l’arrière du van où tous prirent place à l’exception de Brandon et Owen, relégué à l’avant du véhicule. Le regard faussement inquiet, Campbell observa son ami mettre le moteur en route, curieux de voir si le coup de la panne se répéterait une nouvelle fois. Mais, fort heureusement cette fois-ci, aucun nuage à l’horizon : les chemins s’ouvraient à eux ! Désormais, plus rien ne les arrêterait, plus rien ne les empêcherait d’atteindre leur objectif !
Leslie a écrit:
J’étais tellement heureuse d’y aller avec Luke. La magie de ce week-end n’aurait pas été la même sans lui. Mais, même si je ne connaissais réellement aucune personne de la bande que nous formions, je sus immédiatement que c’est avec eux tous réunis que ce festival n’en serait que plus unique encore !
Voilà plus d’une bonne heure et demie que le van roulait à fière allure à travers les routes en destination l’état de New-York. L’ensemble de la bande, sagement assise à l’arrière du véhicule, s’était perdu dans de longues conversations parlant de tout et de rien, que cela aille de la pluie et du beau temps au travail de chacun en passant par leurs préférences musicales ou encore les choses les plus inavouables qu’ils aient pu faire jusqu’au jour d’aujourd’hui. Des sujets qui, loin de fâcher, avaient le don de faire rire et de rapprocher. Mais là où la conversation s’était installée, la musique finit par s’imposer. Improvisant quelques fredonnements, Erwan finit par mettre les filles du groupe dans sa poche en leur faisant profiter de son timbre de voix chaud et envoutant alors que Duncan et Luke s’improvisèrent batteurs de fortunes en apportant un petit rythme par le biais des sacs et valises en présence. Une occasion d’ailleurs pour le batteur des Black Cycles de juger du sens du rythme du jeune Smith. Une observation relativement positive et agréable d’ailleurs ! Après quelques petites improvisations, ce fut au tour de Leslie d’être mise en avant par son petit ami. En effet, sous son insistance et l’encouragement des autres, elle se décida finalement à se joindre Erwan pour pousser la chansonnette. Signe que cela représentait un défi pour elle de passer cette étape ou simple hasard ? Ce n’en n’est tout du moins la chanson ‘Try’ de Janis Joplin qu’ils décidèrent de reprendre en duo. Une occasion par laquelle ils pouvaient tant s’essayer à mêler leurs deux voix qu’à se mettre d’ores et déjà dans l’ambiance musicale de leur festival dont chacun trépignait de plus en plus d’impatience de pouvoir y être ! Les mélodies entonnées par leurs amis ne passèrent aucunement inaperçues pour Brandon et Owen qui demeurèrent sagement au volant. Lunettes de soleil, cheveux au vent et cigarette clouée à la bouche du chanteur, les deux musiciens échangèrent l’un et l’autre rire avant que le leader de leur formation ne décide à aborder un petit sujet qui lui tenait particulièrement à cœur depuis quelques temps. Et vu le week-end qui s’offrait à eux plus la symbolique qui s’en dégageait, c’était le moment idéal et opportun aux yeux de Campbell pour apaiser les tensions et régler certains problèmes qui trainaient depuis bien trop longtemps sur leur ardoise.
Owen – Alors, avec Duncan ? Brandon – Toujours pareil… Owen – Et… ? Brandon – Et c’est tout… Que veux-tu que je te dise d’autre ?
Le chanteur soupira tout en recrachant la fumée de son bâton de nicotine par la même occasion. Fronçant les sourcils, il retira également ses lunettes de soleil pour les accrocher au col de son t-shirt avant d’afficher un signe réprobateur à l’aide de sa tête.
Owen – Qu’il serait peut-être temps que ça s’arrête, non ? Brandon – Parce que vous êtes unis comme les deux doigts de la main et que ça t’énerve ? Je commence à connaître le refrain tu sais ? répliqua-t-il avec un sourire dérisoire. Owen – Mouais… Tu ne t’es jamais dit que, à mes yeux, l’un comme l’autre, vous étiez un tout indissociable pour moi ? Brandon – Et toi que pour nous c’était pareil ? Que tu es indissociable de nous ? Owen – Comment ça ? Brandon – A ton avis, pourquoi est-ce qu’on n’arrête pas de se disputer lui et moi ?
Campbell jeta sa cigarette pour venir en chercher immédiatement une seconde qu’il alluma silencieusement, ne sachant que répondre à la question posée par son partenaire. D’ailleurs, devait-il en chercher la réponse ou simplement attendre que Brandon le lui apporte de lui-même ? Ce dernier n’hésita pas à faire ce choix de lui-même dans l’intérêt de son ami.
Brandon – Tu sais Owen, je pense qu’on tient tous les deux un peu trop à toi. Ne me demande pas comment, ni pourquoi. C’est comme ça, je ne saurais pas te l’expliquer… Et, si on est toujours en train de se prendre la tête, lui comme moi, c’est certainement parce qu’on craint d’être délaissé par rapport à l’autre, ou de ne plus avoir autant d’attache avec toi… Owen – Je vois…
Un nouveau silence s’installa alors entre les deux hommes. Brandon ne savait trop comment prendre cette simple ‘éloquence’ en guise de réponse, pendant que Campbell semblait se plonger dans ses pensées pour sa part. Aucune parole, aucun son ne quitta leurs lèvres respectives. Seules les mélodies chantonnées à l’arrière resplendissait comme seul sonorité ambiante et, ce, jusqu’à ce que le chanteur décide de jeter son mégot par la fenêtre du van et de remettre ses lunettes de soleil.
Owen – Bden, moi aussi je tiens trop à vous… Vous avez une place unique et à part de tous les autres, toi comme Duncan. Et, à mon tour, je ne te demande pas de le comprendre, c’est comme ça. Rassure-toi, vous ne me perdrez pas et vous aurez toujours votre place à vous à mes yeux, d’accord ? Brandon – Heureusement que je sais que tu es un homme de parole dans ce cas !
Sourit le conducteur en guise de conclusion. Le point maintenant soulever, Owen espérait sincèrement que cela pourrait améliorer un tant soit peu l’entente entre ses deux zigotos là ! Mais, pour l’heure, il décida simplement d’allumer la radio et de chantonner à son tour en compagnie de Lewis sur ‘Paint It Black’, des Rolling Stones. Dommage que ces derniers ne soient pas présents à l’affiche d’ailleurs pensèrent-ils tous les deux, se contentant simplement de passer au-delà de ce petit désagrément par le moment musical dès lors partagé.
Erwan a écrit:
J’attends beaucoup de ce festival, comme tant d’autres, cela ne fait aucun doute ! Mais, dans l’impatience de savoir ce que je vivrais, je m’estimais déjà heureux de ce trajet avec eux tous. Ce road-trip vers notre terre-promise fut rempli d’échanges et d’émotions. Et même dans le pire des cas, nous avons continué de jouer de chance et de bonheur !
C’est après une petite halte qu’Owen changea de place avec Duncan, laissant ce dernier partager un bout de route en compagnie de son partenaire tant redouté. De par la petite conversation qu’il eut avec Campbell, Brandon décida de faire un effort pour ne plus prendre immédiatement Livingstone en grippe. Un fait que ce dernier constata, d’abord par surprise, avant de se dire que ce n’était pas plus mal comme ça. La hache de guerre n’était peut-être pas totalement enterrée mais, au moins ne se voulait-elle plus brandie de manière menaçante dans l’état actuel des choses. Ils en profitèrent pour parler un peu plus de leur groupe et de d’évier un peu sur des sujets personnels comme la famille où leur tentative de relations respectives. A l’arrière, tout continuait sur le rythme des improvisations musicales, Owen se joignant avec plaisir au chant à Erwan et Leslie, sentant naître en lui une certaine affinité lyrique avec elle. Le tout pendant que les trois couples se reformèrent, profitant de musique, de tendresse et de petits moments rien qu’à eux. Comme le souligna Erwan, ils se laissèrent transporter par l’esprit du festival avant même d’y être. Finalement, leur route prit fin pour un second ravitaillement à hauteur d’une station essence. Les filles en profitèrent pour se dégourdir les jambes pendant que les hommes allèrent au ravitaillement. Une petite pause innocente, d’un simple quart d’heure à l’issue de laquelle Duncan décida de lui-même de reprendre le volant. Un petit tour de poignet, les clés prêtent à lancer le moteur… Et ce dernier toussotant de manière inquiétante. Le batteur répéta la manœuvre à quelques reprises, ledit moteur se mettant à grésiller de plus en plus au fur et à mesure avant qu’une grosse détonation ne résonne avec férocité, laissant une fumée sombre et opaque s’échapper avec hâte du capot du véhicule.
Duncan – Bordel !!!
Houspilla-t-il rageusement tout en claquant sèchement sa portière, inquiétant le reste du groupe qui descendit aussitôt du van.
Summer – Duncan ! Qu’est-ce qui se passe ?! Ne me dit pas que tu l’as foutu en l’air ?! lança-t-elle dans un cri d’inquiétude et de désespoir. Luke – Nom de… Théa – On avait vraiment besoin de ça…
Partageant tous la même décrépitude, Brandon et Duncan se rendirent au niveau du moteur et soulevèrent le capot avant de réprimer des toussotements que leur provoqua la fumée. Vu ce qu’il se dégageait de là, le guitariste, tout comme le batteur, se sentirent dépasser. Les rares connaissances mécaniques de Lewis ne lui permettraient pas de solutionner une telle inconnue… Et même les compétences un peu plus relevée de Livingstone ne servirait à rien !
Owen – Alors ? Duncan – Laisse tomber… Je pourrai rien faire.
Accusant un visage réellement inquiet pour la première fois depuis le début de la journée, Campbell hocha doucement de la tête avant que Valenci ne vienne lui donner une petite tape de réconfort dans le dos.
Erwan – Ne vous en faites pas ! Ils doivent bien avoir un mécano. Je vais me renseigner.
De faibles ‘merci’ quittèrent leurs lèvres à tous pendant que, conquérant, Erwan se rendit à l’intérieur de la station-service avec la ferme intention de pouvoir revenir avec leur hypothétique sauveur. Tout comme le reste de la bande, il tenait absolument à aller à ce festival, il tenait absolument à en être. Et il était hors de question qu’un tel imprévu puisse gâche cela ! Non, il ne l’aurait aucunement toléré ! Et il ne voulait en aucun cas avoir la lourde tâche d’annoncer à tout le monde que tout espoir était alors vain et inutile. Tel qu’il le considérait : ‘nous sommes dans les Sixties, tout est possible… Même l’impossible !’ Alors, oui, il aurait ce mécano, il aurait ce réparateur ! Et, oui, toute la bande sera là pour l’ouverture du festival !!!
Caissier – Bonjour monsieur. Que puis-je pour vous ? Erwan – Rebonjour… Eh bien, le moteur de notre van vient de tomber en rade. Je voulais donc savoir s’il y avait un mécanicien ou un réparateur pour voir ce qu’il en est ? Caissier – Malheureusement, ça va être difficile… Mes deux mécanos sont en déplacement. Faut dire que c’est le foutoir avec ce satané festival. On a plein d’embouteillages dix kilomètres plus loin et les pannes semblent s’enchaîner. Je crains qu’il va falloir patienter… Erwan – Vous plaisantez j’espère ? Caissier – Je crains que non. Tout ce que je peux faire, au mieux, c’est mettre votre nom sur la liste des urgences en attente. Erwan – Bien, soupira-t-il. Erwan Valenci, avec un ‘l’.
Indiquant sagement le nom lui étant donné, le caissier salua avec regret le jeune homme qui se tourna alors vers la sortie de la station à service. De là où il était, il pouvait voir le ton monté entre Brandon et Duncan qui devaient très certainement s’engueuler une énième fois à cause du moteur. De l’autre côté, Leslie et Théa étaient près de leur moitié en affichant une mine quelque peu déconfite. Et, surtout, Summer. Il la voyait, là, debout devant le van en train de se ronger nerveusement les ongles en y reconnaissant la marque de son impatience, de l’énervement qu’elle devait avoir en cet instant, surpassé par la force d’une frustration qu’il comprenait et partageait totalement. Le pire dans cette situation ? C’est qu’il voulait redonner le sourire au moins à sa petite amie, ne pas la décevoir et lui offrir en quelque sorte le passeport pour rendre son rêve possible. Cela semblait cuit… Tout du moins, pour arriver à l’ouverture du festival à temps et réussir à ne pas se retrouver dans le fin fond des pâtures, sans réellement pouvoir observer ce qu’il se passait sur scène.
Nancy Nevins – Excusez-moi, vous vous appelez Erwan Valenci, c’est bien cela ? Erwan – Oui. Pourquoi ? Vous êtes mécano ? Nancy Nevins – Non, rit elle. Je m’appelle Nancy et je suis ici avec mon groupe, les SweetWater.
Alors qu’il lui faisait toujours dos, la jeune femme n’eut pas le temps de continuer davantage qu’Erwan se sentit littéralement paralysé et, paradoxalement, se retourna en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. A l’énoncé du groupe, il n’eut pas besoin d’informations supplémentaires pour savoir à qui il avait réellement à faire, si ce n’est simplement l’observer de ses propres yeux pour s’assurer de ne pas rêver.
Erwan – Vous ??? Mais… Woaw ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ? Vous ne devriez pas ouvrir le festival ?! Nancy Nevins – Effectivement ! Malheureusement, avec les embouteillages, nous avons dû nous rapatrier ici pour le moment. J’ai cru comprendre que vous étiez également sur la route ? Erwan – Oui, je… Nous sommes une petite dizaine, oui mais… Attendez ! Calma-t-il son enthousiasme en fermant les yeux l’espace d’une seconde et en secouant sa tête. Mais, comment vous me connaissez ? Nancy Nevins – Oh ! Rien de plus simple en réalité. Nous avons entendu une démo que vous avez envoyée au même label avec lequel nous sommes en contrat. Et, je dois vous avouer que votre voix m’a quelque peu marquée !
Expliqua-t-elle en souriant sous le regard pétillant et presque incrédule d’Erwan. Un tel compliment de la part d’une personne de ce milieu valait de l’or, d’où la gêne qu’il avait toujours éprouvé face à Campbell. Alors, de ce fait, une personne lui étant totalement inconnue qui réussit à le reconnaître ainsi, au gré du hasard, ça, il ne l’aurait tout simplement jamais envisagé. Bredouillant des débuts de mots qui ne trouvèrent aucune fin, la chanteuse des SweetWater marqua un petit air touché et amusé avant de se décider à prendre les devants.
Nancy Nevins – Ne soyez pas si gêné ! Je suis une personne comme les autres vous savez. Et puis, nous sommes tous les deux artistes donc, nous naviguons dans le même bateau ! Erwan – Je, euh… Oui. Si vous le dites ! Sourit-il. Nancy Nevins – Et vos amis ? Musiciens également ? Erwan – La plupart, oui.
Rapidement, il présenta chaque membre de la petite bande à Nancy, allant même jusqu’à les indiquer un à un à travers la vitre de la station-service avant que cette dernière ne se décide finalement à prendre congé d’Erwan avec la seule et unique demande de retourner près d’eux et d’attendre son retour. Une demande à laquelle Valenci acquiesça, ne sachant trop que faire d’autres de toute façon. Qui plus est, il était temps pour lui de retourner leur annoncer la mauvaise nouvelle, quoiqu’il en coûte. De ce fait, malgré l’enthousiasme d’avoir pu faire cette rencontre, c’est la tête baissée et peu fier qu’il regagna l’extérieur et le van…
Summer – Alors, alors, alors ?
S’empressa-t-elle de venir aux nouvelles, se plantant juste devant sa moitié en l’observant avec inquiétude. Il n’eut besoin d’aucune réponse pour qu’elles comprennent et qu’elles se serrent alors contre son torse, tout simplement triste. Une image qui donna le ton au reste de toute la compagnie qui ne put que se résoudre et baisser leurs têtes tous ensemble. Aucun mot, aucune parole, aucune réaction apparente : ils accusèrent tous le coup…
Nancy Nevins – Si vous tirer tous des tronches pareilles, je ne prends aucun d’entre vous avec moi !
Proclama la chanteuse quelques instants après, venant à la rencontre du groupe en compagnie de l’ensemble de ses musiciens. Tous sous le coup de la réalité des circonstances, chacun reconnu le groupe mais ne sut comment réagir, si ce n’est par curiosité et interrogation.
Nancy Nevins – J’ai croisé Erwan à l’intérieur et il m’a expliqué votre situation. Le problème, c’est que nous devions faire l’ouverture du festival mais cela est devenu impossible avec toute la circulation. Du coup, on attend des hélicos de l’armée pour pouvoir aller jusque-là. Et, étant donné que tout artiste a toujours droit à un ou deux invités VIP pour ses représentations… Ça vous dirait de vous joindre à nous pour le voyage ?
Luke a écrit:
C’est comme si on était en plein rêve. J’avais presque envie de me pincer trois fois de suite pour être sûr que je n’avais pas trop fumé et que j’étais toujours dans la réalité. C’était une idée folle ! C’était une idée de cinglée… Mais j’étais le premier à dire un grand oui à cette opportunité !!!
Les deux hélicoptères de l’armée américaine traversèrent le ciel à destination du festival. Sous la générosité et la surprise que représenta l’offre de la chanteuse des SweetWater, l’ensemble du groupe ne tarda aucunement un répondre un très grand oui sans se soucier du van ou de ce qu’il en adviendrait du week-end. Tout ce qui leur importait ? Le festival ! La crainte et la peine qu’ils eurent partagées l’espace de quelques instants sur le parking de cette station-service n’était désormais plus à l’ordre du jour. A dire vrai, c’est comme si cela n’avait jamais existé pour eux en cet instant. En cet instant surprenant, en cet instant irréel, en cet instant où ils se trouvèrent à travers les cieux, près à concrétiser leur seul et unique véritable rêve depuis ces dernières longues semaines !
Luke – Tu vois que la folie ne vient pas toujours de moi ? Leslie – Ça ne change rien au fait que je te considère pas toujours très net ! Souffla-t-elle en venant l’embrasser. Merci Luke… Luke – De ? Leslie – De me faire vivre tout ça avec toi…
Brandon eut un petit sourire avant d’observer Duncan en plein numéro de charme auprès de Nancy Nevins. En réalité, il se mit à rire car il avait énormément de mal à savoir si elle n’était pas aussi coupable dans cette petite provocation lancée entre eux deux depuis qu’ils étaient montés dans l’appareil.
Summer – Tu vois, on pourra dire ce qu’on veut mais, c’est tout de même grâce à toi si, aujourd’hui, je me rends en hélicoptère dans le plus grand et le plus beau festival que j’ai toujours voulu vivre ! Erwan – Pourtant, je n’y suis pas vraiment pour grand-chose tu sais ? Summer – Si ! Car si tu n’avais pas ton talent, tu n’aurais pas rencontré Nancy et elle ne serait pas venue vers nous. Donc, tout ça, c’est grâce à toi ! Et c’est aussi pour ça que tu es mon super héros, tu comprends ? Erwan – Non. Ça c’est uniquement car j’adore t’avoir comme ma petite demoiselle en détresse rien qu’à moi !
Théa enlaça ses doigts à ceux d’Owen tout en regardant la sœur de ce dernier partagé une étreinte en compagnie de son cher et tendre. Un mouvement de ses doigts que Campbell partagea avant de tourner son visage vers elle.
Owen – A ton avis ? Théa – Hum… Je t’aurai très certainement perdu d’ici ce soir, dans un état totalement lamentable. Owen – Comme si cette décadence me ressemblait… Théa – Absolument ! Et il est hors de question que cela change, sinon je saute de cet hélicoptère en vol, ici et maintenant. Owen – Dans ce cas, je continuerai d’être ta moitié merveilleusement imparfaite !
Il fallut de longues minutes avant que les hélicoptères ne finissent par se poser sur l’herbe rase de la pleine. Rapidement, toute la troupe quitta les transports pour laisser l’occasion à nos amis d’aider les SweetWater à leur tour en donnant volontairement d’eux-mêmes pour les aider à se préparer et à se mettre en route pour leur entrée en scène. Bien qu’ils demeuraient encore dans l’arrière scène, tous profitèrent d’ores et déjà de la voix rauque, fougueuse et poignante de Richie Havens, choisi pour ouvrir le festival suite au désagrément connu par le groupe de Nancy. Une Nancy qui partagea un dernier échange avec Duncan avant de se glisser en coulisse avec l’ensemble de ses musiciens.
Terre promise… Message de liberté… Festival de la musique libre et atemporelle… Le festival s’ouvrit aux yeux de notre bande sous l’immensité d’une foule se perdant dans l’horizon, se noyant à perte de vue. Le soleil accablant intensifiait la chaleur des émotions ressenties en ces premières chansons ainsi livrées au creux de tous les arrivants. Témoignant de leur présence, nos huit amis profitèrent de la proximité de l’arrière scène pour se retrouver au-devant des festivités. Les premiers mouvements de têtes commencèrent à se balancer en rythme avec la guitare de Richie Havens. Les sourires s’étirèrent. Des clappements de mains résonnèrent, encore et encore, laissant la troupe posée réellement leur empreinte sur le ‘Freedom’ de l’artiste en présence, sur l’improvisation de ce morceau sommé par toute la foule en guise de sixième et ultime rappel. ‘Trois jours de paix et de musique. Des centaines d'hectares à parcourir. Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte-ciel ou un feu rouge. Fais voler un cerf-volant. Fais-toi bronzer. Cuisine toi-même tes repas et respire de l'air pur’. Le message était passé et, désormais, nous ne pouvions plus qu’en profiter dans son entièreté. Trois jours à graver d’une pierre blanche ! Trois jours se voulant d’ores et déjà inoubliables. Trois jours durant lesquels Owen et ses amis ne désirèrent qu’une seule et unique chose : vivre pour la musique, devenir la musique !
Owen a écrit:
Je n'aurais raté cet événement pour rien au monde. J'avais ce sentiment en moi, cet instinct qui ne cessait de me murmurer que nous allions tous assister à quelque chose d'unique ! Ce bonheur de me dire que je le vivrai et le partagerai avec chacun d'eux.
Tell Us Relationship: Age du personnage: Proposition de sujet :
Sujet: Re: Hors Série : Special 2 Years Sam 24 Sep - 14:38
DAY TWO
Edvard a écrit:
Rien qu’après la première soirée, je me demandais déjà si je serais capable de tenir le coup jusqu’au dimanche soir. L’énergie se mêlant à la splendeur des groupes me poussaient dans tous mes retranchements… Et ce pour mon plus grand plaisir !
Il y eut un soir… Il y eut une nuit… Et déjà le soleil se levait sur la plaine accueillant les festivités de Woodstock. Accusant le coup d’une nuit musicale relativement courte et une absence de sommeil généralisée, les premiers yeux s’ouvrirent alors que d’autres âmes errantes n’avaient aucunement fermé l’œil de toute la nuit. L’air était chaud, l’air était humide… L’atmosphère relativement lourde des lieux ne présageait rien de bon pour les perturbations à venir. Mais cela, personne ne semblait en tenir compte parmi toute l’étendue de cette foule. Chacun était bien trop occupé à prolonger son repos de quelques heures de répits bien mérité. D’autres tentaient vainement de se caler l’estomac pendant que d’irréductibles se laissaient déjà envahir par l’emprise et la force illusoire du LSD se distribuant à tour de bras. Devait-on les juger ou les en blâmer ? Si tel était le cas, notre place n’était pas en ces lieux : trois jours pour oublier notre vie, notre existence, notre loi, nos devoirs et nos obligations. Trois jours à être entièrement et totalement libre. Rien d’autre ne comptait ! Si ce n’est le rêve… C’est un rêve éveillé que vivait et ressentait Edvard en cet instant. Assis sur l’herbe, ses yeux se perdirent sur l’étendue des personnes allongées et le séparant de la scène. Son regard à la fois absent et observateur s’évada dans un imaginaire apportant son sentiment de réconfort. L’imaginaire d’une telle merveille, d’une telle possibilité pouvant se concrétiser et se réaliser dans un monde tel que le nôtre. Le sentiment de réconfort de ne plus se sentir totalement seul, totalement à part dans un univers qu’il ne comprenait peut-être pas tous les jours. Un univers qui, en ces quelques jours de pure génie et de pure folie, s’accommoda au sien pour lui laisser y trouver sa place, pour lui laisser en être un acteur à part entière sans aucune contrainte que ce soit ! Une contemplation saluée par une main se posant sur son épaule avant que son meilleur ami ne vienne s’asseoir à ses côtés.
Cayden – Tu vois ? Je t’avais bien dit que tu ne pouvais manquer ça pour rien au monde ! Edvard – Si tu comptes en profiter pour que je flatte ton égo jusqu’à lundi, ne compte pas sur moi ! Cayden – Dommage ! Un peu de caressage dans le sens du poil m’aurait surement aidé à attaquer cette journée au mieux… Edvard – Mieux vaut entendre ça que d’être sourd !
S’échangèrent-ils sous un mélange de rires légers et sincères. Alors qu’il était parti au ravitaillement, Cayden en profita pour tendre une bière à son ami, se moquant totalement qu’il n’était pas encore midi : ce genre de fait n’était qu’un simple petit détail parmi tant d’autres. Et, comme ce dernier aurait pu le pressentir, Edvard passa largement au-dessus pour trinquer fidèlement avec son ami de toujours.
Edvard – Alors ? Ton verdict d’hier ? Cayden – Musique sublime mais nanas trop coincées. Ça se voit que ce n’était que le premier soir, répliqua-t-il avec autodérision. Et pour toi ? Edvard – Hum… J’ai envie de plus de psychédélique. Je voudrais qu’on aille encore plus loin dans l’irréel, dans l’imaginaire. Atteindre des sommets qui n’ont encore jamais été atteint jusqu’à ce jour dans l’expérience musicale et la saveur qu’elle peut dégager. Cayden – Nooon, ne me dis pas que tu as déjà consommé pendant que j’étais parti chercher les bières ? Se moqua-t-il gentiment en lui adressant un petit clin d’œil.
Il était étonnant de voir que de tels propos, dans la bouche de son meilleur ami, avaient le don de le faire rire et de l’amuser là où d’autres n’alimenteraient qu’un mélange de frustration et de jugements inacceptables pour le jeune Christensen. Susceptible ? Peut-être pas fondamentalement… Mais telle était l’image qu’il avait choisi de laisser apparaître au fil du temps et des moqueries sournoises et gratuites qu’il reçut trop souvent depuis son plus jeune âge. Une protection… Un masque… Mais un masque qu’il apprit à délaisser en présence de Cayden, au point de lui en accorder une place toute aussi particulière que privilégiée. Lui pouvait tout se permettre, tant que cela n’engageait aucune haine ou aucune trahison éventuelle. Ed’ pouvait lui pardonner ou comprendre que le sens fondamental ne se voulait aucunement blessant. Sirotant doucement leurs bières, leurs regards se posèrent en direction de la scène qui, même si elle se voulait relativement éloignée, laissait entrevoir quelques fourmis commençant à se mettre en route pour assurer les différentes représentations à l’ordre du jour. Il y avait plusieurs artistes que notre tandem ne connaissait pas réellement en guise d’ouverture, tels que ‘Quill’, ‘Country Joe McDonald’ ou encore ‘John Sebastian’. Pourtant, aucune inquiétude ne les gagna pour autant. Inconsciemment, c’est comme si ils avaient la joie de ressentir que rien n’y serait regretté ! Et puis, qu’importe les aléas de la journée en sachant que l’électrifiant Santana était au programme et que le dernier groupe annoncé pour la journée méritait au moins tous les déplacements digne de ce nom !
Cayden – Dis, je me faisais la réflexion toute à l’heure… Nous sommes le deuxième jour ? L’ambiance va encore monter d’un cran et ça risque d’être l’explosion aujourd’hui ? Edvard – Techniquement, oui. Pourquoi ? Tu as encore un nouveau plan en tête ? Cayden – Eh bien, comme on avait dit hier qu’on en profiterait pour rompre la glace avec les autres, je me disais que ce jour serait certainement le plus indiqué. Qu’en penses-tu ? Edvard – Vendu !
Un regard une nouvelle fois échangé, un énième clin d’œil complice et à nouveau ils trinquèrent ensemble. Un geste bien anodin, normal, traditionnel, n’attirant aucunement l’attention… Si ce n’est celle d’un rodeur dont la perception fut immédiatement alertée par l’entrechoque des bouteilles d’alcool.
Sid – Vendu ou non, je ne tolère pas que l’on partage un toast en l’absence de l’illustre, du seul et de l’unique SidFergesson !
S’interposa un homme de grande taille. Sa chevelure blonde s’évanouissait dans un haut de forme digne d’une représentation théâtrale et ne collant que moyennement avec sa longue veste kaki sous laquelle se dessinait les traits d’un sombre pantalon pattes d’ef’ et d’une chemise à la propreté déjà fortement douteuse doublement garnie de plusieurs graffitis qui se délimitaient à l’ouverture de son col baillant aux corneilles. Interrompu dans son mouvement, Cayden observa l’individu avec le goulot de sa bouteille à quelques centimètres de ses lèvres, totalement paralysé par l’étonnement et l’interrogation de savoir s’il devait rire de cette apparition ou bien le prendre pour un simple cinglé. Pour sa part, Edvard haussa simplement un sourcil avant de sourire face à cet inconnu comme un enfant de cinq ans venant faire la rencontre de Monsieur Loyal.
Edvard – Quand je te dis que tu n’as pas un égo trop démesuré, murmura-t-il à son meilleur ami avant de se retourner vers ce cher Fergesson. Sid Fergesson ? Et, vous êtes ? Sid – Eh bien, Sid Fergesson en personne ! Fronça-t-il les sourcils avant de venir chopper d’un coup sec la bouteille de bière de Cayden. Mais, c’est vrai, qu’importe mon nom ! L’identité n’a pas d’importance pour Woodstock ! Je serai simplement votre marchand de rêves… Cayden – Dans ce cas, ça tombe bien car je rêve de récupérer cette bière ! Sid – Holà ! Du calme moustique ! Il but une solide gorgée avant de la lui rendre. Tiens, la voilà ta fichue bouteille. Cela dit, je suis persuadé que ce n’est pas d’elle dont vous rêvez le plus tous les deux, je me trompe ?
Avec son sourire en coin et son air enjôleur, Sid laissait apparaître un côté à la fois totalement charmeur et on ne peut plus déstabilisant. A ses interrogations de départ, Cayden en était venu à se demander s’il devait continuer de l’écouter ou bien demander de l’aide de toute urgence. Une remise en cause silencieuse, personnelle mais surtout implicitement ignorée par son partenaire qui se laissait guider un peu plus dans ce jeu.
Edvard – Dans ce cas, Sid Fergesson, que crois-tu savoir de ce que nous rêvons ? Sid – Absolument tout voyons… Néanmoins, je vous propose de faire un simple marché ! Si je trouve la bonne réponse, je vous vends ceci, expliqua-t-il en sortant un petit écrin métallique de sa veste. Sinon, je disparais de votre vue et m’excuserai aussitôt pour ce petit contretemps. Cayden – Mouais… Edvard – Allez, laisse-toi tenter ! Conforta-t-il son ami en lui donnant un coup de coude plein d’entrain. Bien, allez-y ! Sid Fergesson… Sid – Bien !
Avant de poursuivre, le mystérieux phénomène s’approcha de leurs visages et de leurs yeux, les observant de très près, en venant presque à les sonder ouvertement, littéralement, sans la moindre gêne, ni la moindre retenue. Un petit sourire s’élargit d’avantage sur son faciès avant qu’il ne se redresse de manière triomphante.
Sid – Vous êtes ici pour profiter pleinement de cette liberté que nous offre cet honorable festival de Woodstock. Les prémisses de ce que vous avez goutté hier soir vous ont tout simplement permis d’entrouvrir les portes d’un univers de pure liberté et de rêve absolu. Néanmoins, ce n’est pas encore assez à vos yeux ! Et, malgré tous vos espoirs de vibrer à l’unisson avec l’infinité de cette folie, vous n’en demeurez pas moins envieux de pouvoir obtenir la clé pouvant ouvrir les portes d’un tel royaume… Verdict ?
Nina a écrit:
Nous étions tellement chanceux tous les quatre. Combien de quatuor du passé ou de l’avenir pourraient encore se vanter de connaître une telle libération de nos êtres, de nos corps et de nos festivités dans cette apogée, dans cet âge d’or de notre contre-culture ? Hier comme pour demain, rien ne pourrait égaler ce que me faisait ressentir Woodstock, j’en étais convaincue !
Nina – Je retrouve plus mon petit chien ! Matthew – Ton petit chien ? Nina – Oui, celui qu’on a vu hier après-midi !! Ursula – Ah ! Moi, je viens de te le trouver… Par contre, il fait des trucs pas catholiques du tout avec le laitier là… Parker – Je suis d’accord avec toi pour les trucs pas catholiques… Mais je ne retrouve pas le petit chien et je ne suis pas trop emballé par l’idée du laitier. Matthew – Bande de malades… Et ça me critique car je vois des bombes nagées dans le ciel hein ? Parker – Ben… Ouais ! Ursula – Il a raison… T’as souvent vu des bombes nagées dans le ciel ? Matthew – En tout cas, dans ma baignoire, elles ne coulent pas ! Nina – Chûûûûût ! Je l’ai retrouvé !
Tous les quatre allongés sur une grande couverture étendue sur l’herbe verte de la plaine, nos principaux intéressés étaient positionnés en cercle, leur tête posée l’une à côté de l’autre. Alors que leurs yeux affichaient l’étendue des dégâts que le LSD avait dut avoir une nouvelle fois sur leurs esprits, notre joyeuse petite bande continuait de fixer les nuages avec des yeux de merlans fris. Difficile de savoir s’ils guettaient un signal, s’ils étaient en quête d’un nouveau trésor ou d’une nouvelle dimension. La seule certitude que l’on pouvait avoir, c’est qu’ils étaient loin d’être les seuls dans un tel état de dépravation et, paradoxalement, de plénitude alors inégalée. Lentement, les yeux de Parker commencèrent à se fermer tout en entrainant dans leur action le roulement de la tête de ce dernier vers le sol. Observatrice attentive, Ursula ne rata pas un geste de cette perdition qu’elle interrompit en venant tapoter doucement sur sa joue.
Ursula – Hey ! Tu m’as promis de ne pas t’endormir cette fois ! Parker – Je ne m’endors pas… Je rêve ! Ursula – Oh… Et je peux savoir de quoi monsieur est en train de rêver ? Nina – Le connaissant, je pense qu’il n’a pas besoin de te faire un dessin ! Matthew – Mouais… Des malades obsédés, moi je vous le dis…
A la réplique de Gordon, et sans raison réellement censée ou apparente, nos quatre amis se mirent alors à rire. Tout doucement pour commencer et de plus en plus fort par la suite, jusqu’à ce que leur hilarité s’exprime par de véritables éclats. L’océan trouble et illusoire au sein duquel ils avaient décidé de se perdre ne montra aucun signe de lumière ou d’éclaircie jusqu’à ce que les premiers morceaux d’ouverture de cette seconde journée ne se mettent à résonner bruyamment tout autour d’eux. Les festivités reprenaient et bon nombres d’esprit embrumés en profitèrent pour seulement se lancer dans ce long et périlleux processus que l’on appelle : l’Eveil ! Le corps devenant moins lourds, nos hippies se redressèrent sous la fureur des percussions rythmant chaque battement de leurs veines et de leur cerveau. Des paupières qui s’écarquillent… Qui s’écarquillent encore… Un peu plus… Oui, le tour était joué ! La conscience collective reprenait ses droits sur l’inconscience… Tout du moins, pour l’instant ! Imitant une grande majorité de la foule en présence, les deux couples se relevèrent, main dans la main, chaque partenaire venant se poser contre le torse de leur moitié tout en fermant leurs yeux avec plaisir et épanouissement.
Sid – Ah… Je les verrais bien coucher sur une peau d’ours ! Ursula – Siiiiiiiiiiiiiid !
C’est dans un cri semblable à une crise d’hystérie que la jeune Fanning répondit au soupir de Fergesson tout en délaissant les bras de Parker pour se jeter dans ceux de son dealer avec un énorme sourire montant jusqu’aux oreilles. Contrairement à elle, Nina observa l’arrivée de ce dernier en se renfonçant d’avantage dans les bras de Matthew qui, pour sa part, fronça les sourcils. Une attitude qui n’échappa aucunement au regard de Parker. Il faut dire que, pour lui, il était pratiquement de notoriété publique que le couple de Matthew ne supportait pas Sid et, ce, pour des raisons parfois bien trop obscures… Bien que, en règles générales, c’est son exubérance qui se retrouvait sans cesse au cœur du problème. Pour sa part, Johnson n’avait aucun grief contre lui et, ce, tant cela soit-il par le fait que Sid était leur fournisseur officiel ou que ce dernier avait tendance de faire preuve d’une lourde ambiguïté avec Ursula. Cela le faisait rire plus qu’autre chose ! Qui plus est, il n’était pas partisan du ‘Freedom Love’ pour rien !
Parker – Tu aurais pu prévenir que tu venais ! Monsieur je suis en déplacement tout le week-end… Sid – J’aurais gâché mon effet de surprise à ce moment-là ! Parker – Oui, au profit des foudres de notre Fania je te ferai remarquer. Sid – Oh, vraiment ?
Il glissa alors un regard interrogateur sur le visage de sa principale junkie qui laissa peu à peu son sourire disparaître au profit d’une moue faussement boudeuse et d’un hochement de tête on ne peut plus significatif.
Sid – Hum, je vois… Dans ce cas, pour me faire pardonner, je vous propose de vous inviter à une consommation gratuite de mes derniers grands crus dès la tombée de la nuit ! Ursula – Mouais… C’est bon pour cette fois ! Mais ne crois pas t’en tirer tout le temps comme ça hein ? Sid – Ah, c’est vrai ! J’avais presque failli oublier…
Pour des excuses en règles et dignes de ce nom, l’inénarrable Fergesson vint déposer un bon gros bisou sur la joue d’Ursula, tout comme il en avait régulièrement l’habitude, ne pouvant alors qu’attiser l’amusement de cette dernière qui finit par le pardonner entièrement de sa pseudo volonté de les surprendre. Ils échangèrent par la suite quelques paroles de routine, Sid en profitant pour tout de même saluer Nina et Matthew restant quelque peu dans leur coin. L’excentrique leur expliqua alors le festival tel qu’il l’avait vécu depuis la veille : à savoir voguer sur les terres psychédéliques de la drogue tout en ne cessant de faire juter son petit commerce à la moindre rencontre qu’il pouvait réaliser. Il est évident que, si cela devait se limiter à un plan financier, Woodstock se voulait une entière réussite pour lui ! Peut-être même un peu trop pour le dealer qui risquait de se retrouver à court d’ici demain soir, si la situation continuait d’évoluer à ce rythme… Bref, un petit monologue bien sympathique dont Ursula buvait chaque parole pendant que Parker ne cessait de le considérer comme un véritable incorrigible… Bien sûr, Matthew continuait de rester de marbre et relativement glacial à l’encontre de ce ‘chapelier’ pendant que Nina se réfugiait précieusement contre lui en se risquant de temps à autres à tendre une oreille vers le récit de notre Sid.
Sid – Bon, sur ce, assez parler de moi ! Je vous ai ramené de la compagnie pour une fois !
Edvard et Cayden, restés en retrait jusqu’ici, finirent par briser la distance les séparant du petit groupe sous l’invitation implicitement lancée par le mouvement de main de Sid à leur attention. Les deux amis s’échangèrent un regard à la fois excité et craintif. Excité à l’idée de pouvoir faire le premier pas vers ce quatuor qu’ils avaient toujours voulu fréquenté depuis bien des semaines et des mois mais, également craintif de par l’éventualité que cela se passe mal, réduisant leur espoir au niveau du zéro absolu, du néant le plus total. Après tout, ce n’est pas parce que ces quatre inséparables semblaient ‘cools’ qu’ils l’étaient spécialement. Peut-être s’apparentaient-ils d’avantage à de véritables charognes une fois que quelqu’un s’approchait un peu trop de leur bulle, de leur cercle relativement fermé. Néanmoins, ils ne pouvaient plus reculer maintenant, il était temps de se jeter à l’eau, de franchir ce cap qu’ils désiraient tant. Avec un peu de chance, ce fameux Sid Fergesson les aiderait à briser la glace en cas de besoin… A moins qu’il soit plutôt de ceux qui vous lancent dans la fosse aux lions avant d’observer avec intérêt de quelle façon vous aller tirer votre épingle du jeu ? Hum, rien n’était moins sûr connaissant l’animal !
Sid – Je vous présente… Parker – Edvard et Cayden, c’est bien cela ?
Surpris autant par l’interruption que par l’excellente déduction de Parker, Sid demeura silencieux, pointant tour à tour le duo et le quatuor de son doigt en se demandant de quoi il en retournait. De leur côté, le tandem s’arrêta dans leur marche, on ne peut plus étonnés d’avoir été aussi facilement reconnus. L’incompréhension se lue sur leurs faciès intrigués pendant que les autres laissèrent échapper un petit rire.
Ursula – Ne vous en faites pas, c’est sa spécialité de tout savoir ! Nina – Oui… Et puis, ce n’est pas comme si vous passiez les trois quart de votre temps à traîner dans notre sillage à Londres. Matthew – On finissait d’ailleurs par se demander quand est-ce que vous alliez vous décidé à venir nous saluer !
Comment se sentir bête et idiot en moins d’une demi-seconde ? Notre duo de choc aurait pu en écrire un best-seller en cet instant très précis. En plus d’être identifiés sans le moindre problème, voilà que leurs diverses tentatives d’approches éloignées, en sous-marin, s’avéraient être percées depuis le tout premier jour pour ainsi dire. Pour l’occasion, heureusement que le ridicule ne tuait pas car ils auraient remplis le rôle des morts instantanés sans le moindre doute, ni la moindre hésitation. Alors muets comme des carpes, ils se regardèrent à nouveau avant que Cayden ne décide de faire un pas supplémentaire et de venir les saluer comme il se devait.
Cayden – Eh bien, vous avez vu juste… Il faut dire qu’on ne savait jamais comment vous approcher et qu’on a hésité plusieurs fois… Matthew – Hésiter ? Edvard – Oui… Vous êtes un groupe relativement soudé depuis pas mal de temps et… Disons qu’on craignait d’arriver comme un cheveu sur la soupe autrement dit ! Nina – Dans ce cas, la prochaine fois demandez, tout simplement. Cayden – Croyez-moi, on ne risque plus de l’oublier…
Sourit-il de manière un peu gênée avant d’être invité à la fête en compagnie d’Edvard. Sans s’encombrer de sempiternelles cérémonies de présentations, les quatre profitèrent de l’ambiance et de l’esprit de ce festival pour intégrer plus rapidement qu’il ne fallait pour le dire le duo que formaient Forbes et Christensen. Et Sid, dans cette histoire ? Un simple petit imprévu dirons-nous ! Oui, notre dealer avait trouvé une nouvelle victime… Enfin, client…
Kyle a écrit:
J’ai toujours été balancé entre ma propension pour la fête et le respect de toutes les traditions véhiculées par ma famille. De ce fait, je ne savais trop comment considérer ce festival… Si ce n’est comme un mystère insondable dont la compréhension se voulait hors de ma portée. Pourtant, j’avais cette envie de pouvoir assimiler l’idéologie présente et, qui sait, en emprunter son chemin… Mais jusqu’à l’après-midi de ce second jour, je demeurais égaré, perdu…
La prise de contact entre tout ce petit groupe se renforça d’avantage sous l’ambiance musicale apportée par l’espèce de chef indien portant fièrement à travers le micro les chansons de ‘Keef Hartley Band’. Bon nombre de voix s’élevèrent pour chanter en même temps que l’interprète pendant que d’autres se laissaient guider dans une ambiance de fête, de bousculades cordiales et de consommations de plus en plus illicites. Pour leur part, nos amis avaient tout simplement formé un cercle, tous assis en tailleur, échangeant de simples anecdotes et d’autres fous rires tout en prenant le temps d’en découvrir un peu plus sur Edvard et Cayden ou, tout du moins, sur leur façon de considérer Woodstock et les raisons les ayant poussées à traverser également l’océan pour se rendre jusqu’ici. C’est par ce fait qu’ils purent d’ailleurs juger de leur propension à se vouloir également un peu hippie dans leur façon de voir et d’agir. Alors que Forbes partait dans un monologue suite à une question de Nina, Ursula et Parker se permirent de décrocher quelque peu de la conversation au profit d’une embrassade tandis que Matthew se releva sans demander son reste. Alerté par la silhouette d’une personne lui semblant dès plus familière, un sourire joueur et un tant soit peu malsain naquit sur ses lèvres lorsqu’il reconnut nul autre que Kyle Mason. Par une simple caresse sur la nuque de Nina et d’un mouvement de main en guise d’excuses, Gordon prit congé du groupe. Une occasion parfaite pour Sid qui en profita pour se rapprocher quelque peu de mademoiselle Garner. Et, plus précisément, au niveau même de son oreille.
Sid – Faudrait que je te parle, tant qu’on a une minute… Nina – Attends deux secondes s’il te plait, fit-elle signe à Cayden. Quoi ? Là ? Tout de suite ? Sid – Tu peux bien m’accorder ça, non ?
Notre Iris poussa un petit soupir avant d’hocher de la tête et de s’excuser auprès du pauvre Forbes qui, finalement, ne pourrait offrir la fin de son monologue à la principale intéressée. Se relevant la première, elle alla dans la direction opposée à celle qu’avait choisi Matthew pendant que Fergesson ne tardait pas à suivre la même trajectoire.
Sid – Ne vous en faites pas, on revient tout de suite ! Veillez bien sur mon petit Parker en attendant ! Ursula – Ton petit Parker, hein ? Et depuis quand je ne suis plus ta priorité ? Sid – Depuis que j’en ai d’autre ma petite Fanning…
Rétorqua-t-il par le biais d’un clin d’œil à la fois joueur et mystérieux, profitant aussitôt de la foule pour disparaître en compagnie de la belle Nina.
Matthew – Alors Mason ? On vient enfin se décoincer un petit peu ?
Quelques mètres plus loin, ce cher Gordon réussit à rattraper son ami continuant de se perdre au hasard de la foule. C’est par un sursaut, traduisant l’imprévisibilité de la main se posant sur son épaule, et pourtant sans grand étonnement qu’il constata la présence de son vis-à-vis ici-même.
Kyle – Tiens, Matthew… Pourquoi je ne suis même pas surpris de te retrouver ici ? Matthew – Certainement car je m’y sens comme dans ma seconde maison ! Kyle – Hum… Il échappa un petit rictus avant de poser son regard sur la foule omniprésente. C’est bien ce que je disais, cela ne m’étonne pas…
Intuitivement, Gordon sentait son interlocuteur assez distant et sans doute loin de se vouloir réceptif à une quelconque conversation avec lui. Tout du moins, telle en fut sa sensation première et l’explication par laquelle se manifesta un premier silence d’une à deux minutes entre les deux protagonistes. Cela dit, il était un peu stupide de quitter son groupe juste pour faire coucou à quelqu’un et puis le laisser là en plan. De ce fait, notre hippie préféra alors y aller les pieds dans le plat, histoire de briser la glace.
Matthew – Alors, tu t’es enfin décidé à te libérer ? Kyle – Je te demande pardon ? Matthew – Ne fait pas semblant de rien. Si un petit fils à papa droit dans ses bottes vient ici, c’est qu’il commence en avoir ras le bol de sa petite vie bien rangée, non ? Kyle – Bien tenté Gordon ! Mais je pense que ta consommation régulière d’acides froisse ton jugement. Je suis surtout venu par curiosité en réalité. Matthew – Bien sûr… Et moi je suis Jeanne d’Arc ! Kyle – Enchanté Jeanne.
C’est par un sourire un peu jaune que le petit ami de Nina répondit à la moquerie lancée à son encontre. Un échange mesquin entre eux ? Parlons plutôt ici de coutumes ou de traditions relationnelles si vous préférez. L’un comme l’autre n’avait aucunement pour habitude de témoigner son affection par des propos aimables, que du contraire même ! Plus malicieusement, c’est de par leurs différentes piques et les provocations lancées tour à tour qu’ils se sentaient proches et en réelle communication.
Matthew – Tu es venu accompagné ? Kyle – Oui ! Tu ne vois pas toute la foule que j’ai ramenée avec moi depuis hier d’ailleurs ? Matthew – Bien monsieur l’intello. Si tu veux te la jouer solo, c’est tout à ton honneur ! Mais, je me disais que tu pourrais au moins ne pas rester dans ton coin pour une fois. Qui plus est, je sens que tu as ce même virus que moi et mes amis en toi… Ce serait bête d’y passer à côté durant un week-end pareil, non ? Kyle – Tu sais, je suis loin de considérer mon ‘hippisation’ comme une étape indispensable de ces trois jours, au risque de te décevoir, bien évidemment, souffla-t-il ironiquement sous le haussement d’épaules que lui témoigna immédiatement son interlocuteur. Matthew – J’oubliais que monsieur Mason préférait rester cloisonner dans la religion de ses parents, sans prendre la peine de chercher ses véritables croyances et ce qui peut réellement lui correspondre.
Touché ! Telle aurait été la parole que l’on aurait pu utiliser pour définir le regard que lui lança Kyle brusquement, piqué au vif par cette remarque volontairement personnelle. Bien sûr, Mason ne comptait aucunement lui donner gain de cause, cela aurait été trop facile. Voilà pourquoi, contre toute attente, il décida d’entrer dans son jeu et de voir ce qu’il avait à lui proposer. Lui qui faisait toujours l’apologie de la liberté et du bonheur que lui apportait son mode de vie depuis qu’il avait appris à ouvrir son esprit. Lui qui prétendait que le mouvement hippie était le déclencheur dont la génération d’aujourd’hui avait besoin pour prendre réellement sa vie en main. Lui qui était persuadé que ses croyances pouvaient changer la face du monde… Voyons de quelle façon il le surprendrait et réussirait à le convaincre.
Kyle – Très bien Gordon, j’accepte ton invitation. Mais à une seule et unique condition ! Matthew – Je t’écoute ? Kyle – Je te laisse une heure pour me convaincre. Si t’y arrives, si tu me montres ce que tu as vraiment dans le sac pour me faire changer d’opinion, je passe la soirée avec ta bande. Sinon, je te dis bye bye et à une prochaine… Matthew – Ça marche !
Dès lors, ce nouveau duo dès plus improvisé vagabonda à travers la foule. La chaleur ambiante commença à faire place à une pluie à l’apparence légère. Néanmoins, quelques bourrasques de vent se manifestèrent avec intérêt pour que le fin crachin ne devienne plus qu’une pluie torrentielle commençant à s’écouler à flot sur l’ensemble du terrain du festival. Un contre temps météorologique qui n’interrompit aucunement la représentation des ‘Grateful Dead’, venant tout juste de succéder aux ‘Canned Heat’, et encore moins l’extase de toutes les personnes en présence dont la majorité se déshabilla à moitié pour profiter de cette providence en guise de rafraîchissement divin. Un spectacle que Kyle observa de façon dubitative sous les paroles incessantes de son vis-à-vis. Pour l’un comme pour l’autre, et qu’importe les travers de leur conversation, l’échange qui fut le leur sembla atemporel. Impossible pour le tandem de dire qu’ils avaient partagé une dizaine de minutes ou plus d’une heure et demie à discuter du pour et du contre des croyances, d’abord de Matthew et, ensuite, de celle que pouvait véhiculer Kyle. Malgré la conviction qu’il vouait à ces dernières, Mason se devait d’être honnête envers lui-même : cet avocat du diable qui se tenait près de lui avait le don de trouver les mots et les explications pour présenter les choses sous un aspect, certes, pertinent et réaliste… Mais diablement séduisant en même temps !
Matthew – Tu vois, au final, pourquoi nous blâmer de ce que nous faisons ? La culture Hippie, la vraie, pas celle de comptoir que tous les délinquants expriment gratuitement. Eh bien, la véritable culture hippie, c’est prendre conscience de ce que nous vivons, de ce que nous endurons, nous comme nos parents au final. Si j’ai choisi cette voie, c’est tout simplement parce que mon ami Parker m’a fait prendre conscience que j’avais le droit à la liberté et de faire de ma vie ce que j’en entendais. Là, il n’est pas question de dépendre d’une culture, d’une société ou d’un groupe d’individus nous traitant comme du bétail. Il est question de savoir qui l’on est, ce que l’on souhaite et d’accepter de ne pas avoir peur de la liberté ! Le tout en apportant un message de paix, de respect et d’harmonie entre nous tous. Cela peut s’apparenter à de l’utopie, certes… Mais, néanmoins, c’est une utopie que nous sommes prêts à construire tous ensemble.
Parmi toutes les paroles que pu prononcer Matthew avant et à la suite de ce monologue, c’est bien ce dernier qui eut le plus d’impact sur la conscience de Kyle qui voyait alors en la démarche de son ‘ami’, non pas une tentative de corruption, mais un simple souhait de lui permettre de gagner un chemin plus attrayant et moins morose que la vie quotidienne dans le respect des règles et des traditions. Oui, il y ressentait, comme beaucoup avant lui, un pétillement au plus profond de son être. Un scintillement d’émerveillement gagnant son esprit et une chaleur envahissant tout son être. Comme si l’être incomplet traditionnel de la famille Mason se voyait l’occasion, pour la toute première fois de son existence, de pouvoir se transformer en une personne différente mais, surtout, réellement complète ! Et, ce, à jamais !
Kyle – C’est bon Gordon… Tu as gagné cette manche, lui confia-t-il alors dans un sourire complice et vaincu.
Ursula a écrit:
Qu’importe ce que nous pouvions faire ou aurions pu faire, rien ne pouvait altérer l’unicité de cet instant. Pour beaucoup d’esprits retords et renfermés, cela n’apparaissait que comme un simple festival de musique. Pourtant, il y avait quelque chose de plus que cette musique… Même que cette drogue… Ou de cette luxure ! J’aurais pu en mourir sur place, je n’en n’aurais été que plus heureuse encore !
Un souffle de calme et d’intimité commença à s’insuffler inexplicablement sur l’ensemble des terres devenues boueuses du festival. La talentueuse Janis Joplin venait d’entrer en scène. Ce timbre de voix rauque et enroué enflamma les esprits restés trop calmes jusqu’ici pendant que les plus chauds d’entre eux délaissèrent leur hystérie au profit d’une sensualité nouvelle et ardente. Laissant la poudre se répandre sur le torse de son partenaire, Ursula vint en sniffer jusqu’au dernier grain avant de se pencher en arrière tout en savourant l’acte de chair qu’ils partageaient l’un avec l’autre en cet instant. Qu’importe la fraicheur, qu’importe la froideur nouvelle de l’atmosphère ou de la pluie continuant de tomber rageusement du ciel. Elle n’avait d’yeux que pour ces allées et venues que lui prodiguait Parker dans un mélange de douceur, de passion et de fermeté. Au diable les regards indiscrets ou les vilains curieux se rinçant l’œil dans l’espoir de calmer leurs pulsions et, surtout, leurs frustrations. Tout n’était qu’une expression naturelle d’une envie se qualifiant tout autant de la même façon. Ils n’étaient pas les seuls… Ils n’étaient pas les premiers… Et encore moins les derniers à se laisser aller de la sorte dans ce mélange d’harmonie et de narcoleptiques. L’amour libre, l’amour psychédélique à travers lequel les émotions, les sensations et les visions se décuplèrent indéfiniment. Le plaisir se joignait à la liberté des sens sublimés par ses apparitions chatoyantes, éclatantes et colorées qui se dessinèrent derrière le cloisonnement de leurs paupières.
Nina – La tentation est un vilain défaut… Sid – C’est bien pour cela que l’amour libre fait partie de tes principes, non ?
Loin de Matthew, Nina se perdait dans le même théâtre d’orgasmes puissants et incessants en compagnie du dealer de sa meilleure amie. Le malaise qu’elle lui témoignait à chaque rencontre ne faisait que dissimuler d’avantage le désir toujours de plus en plus brûlant qu’elle pouvait ressentir à son égard. Malgré l’idéologie qu’ils partageaient, Matthew n’aurait pu la comprendre… Matthew n’aurait pu accepter cette liberté qu’elle s’octroyait sans son accord. La limite de sa conception se manifestait là où sa jalousie et sa possession se réveillaient. Seulement, elle ne pouvait plus y résister… Sid avait trouvé les mots. Sid avait su partager la dose d’acides suffisante pour qu’ils se retrouvent au sein de cette plaine en train de ne faire plus qu’un. La passion qui s’en dégageait les consumait de plus en plus… La folie du plaisir pouvait exister ! Nina en avait aujourd’hui le cœur net. Folie de l’interdit ! Un interdit inexistant sur le papier mais qui demeure naturellement présent dans notre comportement de tous les jours, ainsi que dans toutes les relations que nous réussissons à nouer. Implosant une énième fois, elle n’arrivait à se résoudre de mettre fin à cet instant privilégié… Luxure ou gourmandise ? Cocktail dangereusement explosif lorsque l’on y mêlait les deux !
Parker – Fania n’arriverait-elle plus à s’arrêter ? Ursula – Il me semble que vous n’en n’êtes pas en reste non plus mon cher Parker…
Chaque coup de reins claquait au rythme de la musique. Derrière son aspect à la fois calme et révoltée, Janis Joplin ne cessait d’influer sur le rythme presque érotique que nombres des festivaliers partageaient et s’influaient sans la moindre retenue et sous le plaisir de l’inconvenance la plus honteuse et la plus grandiose. Les amants s’embrassèrent… Les amants se regardèrent… Et les amants se perdirent de nouveau aux portes de leurs divagations. Cet instant avait besoin d’être présent. Cet instant avait besoin d‘exister. Cette soirée ne faisait que commencer et, pourtant, son aspect on ne peut plus irréaliste brisait à nouveau le cours normal du temps. D’ailleurs, le temps avait-il encore seulement son importance en cet instant ? Possédait-il encore une once de force et d’influence sur toutes les personnes présentes et enfouies dans ce théâtre d’expression luxuriante ? Non ! La seule maîtrise qu’il en gardait encore n’était autre que celle que chacun d’entre eux était prêt à lui donner… Rien ne les contrôlait, rien ne les dirigeait… Mais eux composaient à chaque seconde le moindre dessin de leurs désirs les plus intenses ! C’est en harmonie avec l’ultime note jouée au dernier morceau de la talentueuse Joplin qu’Ursula s’écroula, à bout de souffle, sur le torse de Parker. Le silence… Le calme après la tempête. Plus aucune voix, plus aucun cri, plus aucune manifestation d’individus quelconques ne résonna durant les quelques secondes suivantes. Seul l’unique bruit de la pluie s’écoulant sur le sol apportait un tant soit peu de présence sonore. C’était unique… C’était magique… A l’image de leurs rêves, ce simple moment se voulait étrangement et tout bonnement psychédélique. Tout ne demeure qu’immatériel et inexistant jusqu’à ce que les autres groupes ne montent sur scène et redorent d’une autre manière les attentes et les actes que produirait le public. Les guitares résonnèrent à nouveau. Les chanteurs et leurs ‘bands’ sortaient de l’ombre pour surgir dans des éclairs étincelants, illuminant les lieux de milles et une couleur. Le dernier calme laissa de nouveau place aux dépravations et à la fureur. Toute la foule présente près de la scène s’égosillait dans les paroles de chansons connues. Chacun hurlait sa joie, son bonheur, son hystérie. Tout devenait fou, tout devenait rapide. Qu’importe ! Le débordement serait toléré et au diable l’Ordre et la Loi ! Plus personne n’avait le contrôle… Mais personne ne le désirait en retour. Paix et liberté ou simple anarchie ? Chacun sa perception, chacun était libre de le choisir !
Parker a écrit:
Rien ne valait ce moment de perdition concluant la folie de cette journée. Une simple réunion entre amis… Un simple état second… Et tout devint plus clair dans nos esprits.
Je ne comprenais vraiment pas où était ma place dans tout ce cirque. On m’avait décrit les deux premiers jours comme une merveille sans nul autre pareil. Pourtant, lorsque je posais mon premier pas sur la plaine, je ne voyais que de la déchéance à perte de vue…
La ferveur du festival perdait-elle peu à peu de son ampleur ? Difficile à dire en réalité. La réponse serait un ‘non’ catégorique de par toute la masse populaire encore présente en ces lieux. D’autre part, le ‘oui’ pourrait être de rigueur en observant que, numériquement parlant, ledit festival avait perdu plus de quatre-vingt-dix pour cent de son public originel. Les cinq cent mille festivaliers avaient vu leur dénombrement chuté à cinquante mille personnes, rien de plus. Une transition qui, certes, amena un peu d’espace et d’aération dans cette foule première. Toutefois, l’horizon semblait maintenant beaucoup plus vide, beaucoup plus désert. La masse présente se pressait vers les barrières protégeant la scène de tout débordement. Tous les irréductibles ne formaient plus qu’un tout relativement compact et instable, prêt à exploser à la moindre étincelle. Trois jours de musique, de paix, de liberté et de folie. Retirons les deux qualificatifs centraux pour nous plonger dans l’étrange atmosphère qui régnait au cœur de cette troisième après-midi. La liberté ? Où pouvait-elle se trouver lorsque la paix laissait place facilement aux désaccords, aux conflits partant d’un rien et aux bagarres naissantes qui commençaient à s’échafauder de part et d’autres de la plaine ? Oui, la romancière Eden Stevenson n’y retrouvait absolument rien de tout ce dont lui avait parlé sa cousine. Dans sa tête, une imagination précaire prit le risque de former une foule en parfaite cohésion et ne se contentant que de vibrer sous une passion commune, sans plus. Dans sa tête c’était alors dessiné l’image de cette entente implicite nous berçant tous ensemble, au-delà de nos opinions, de nos différences, de notre couleur de peau et de nos origines. La jeune anglaise avait pris le risque d’accepter cette invitation pour vivre quelque chose d’unique : mais elle n’y voyait qu’une répétition de dépravation dans tous les rassemblements et les manifestations artistiques auxquelles elle avait pu assister jusqu’à présent.
Nancy – Tu vas voir, ce sera superbe ! Et puis, il y a quand même Johnny Winter et Jimi Hendrix qui viendront jouer toute à l’heure. On ne pouvait pas rater ça !
Résonna la petite voix enjouée de la jeune Harrison. Les phalanges solidement reliées à celle de son nouveau petit ami, elle n’avait pas perdu de vue sa mission numéro un : offrir à sa cousine un week-end de détente et d’évasion après les dures épreuves qu’elle put connaître les mois précédents. Et, rien que pour cela, Nancy était prête à se démener corps et âmes pour réussir ! Un sourire était tellement plus radieux, tellement plus joli…
Eden – Sans doute… Nous verrons bien, répliqua-t-elle en se voulant moyennement convaincue, attirant par ce fait le sourire d’Austin. Nancy – Il n’y a pas de ‘nous verrons bien’. Fais-moi confiance ! Austin – En attendant, si on lui laissait le temps de s’imprégner de l’ambiance au lieu de vouloir la convaincre à tout prix ?
Sous un petit sourire taquin partagé avec Eden, le jeune homme observa le visage de sa petite amie se retourner vers lui avec une certaine forme de suspicion. Au lieu d’une quelconque parole, elle lui fit un signe ‘attention’ de la main avant d’étirer ses lèvres dans un sourire et de lui voler un petit baiser. Au-delà de fait qu’elle ne considérait pas cette réaction comme blessante, elle devait s’accorder le fait qu’il n’avait pas tout à fait tort sur ce point. Après tout, ce n’est pas comme si cela faisait plus d’un mois que Nancy n’arrêtait pas de revenir sur l’importance de cette journée… C’est ce qui arrive lorsque l’enthousiasme se manifeste avec trop de hâte ! Le trinôme resta alors sur place, profitant directement de l’arrivée de Joe Cocker qui allumait déjà la scène. Contrairement à bon nombre de ses homologues chanteurs et artistes, au moins avait-il la chance de ne pas devoir offrir une représentation quelconque sous la pluie… Tout du moins, pour le moment ! Son arrivée et le début officiel de cette troisième journée sembla calmer en surface les premiers échauffements… Si ce n’est celui de deux tornades à la chevelure brune et aux voix on ne peut plus perçantes.
Eden – Mince… Austin – Oui, j’espérais aussi qu’on les avait enfin semées ! Nancy – Ce n’est pas bientôt fini vous deux ?
Leur adressa la benjamine de ce petit trio tout en les regardant avec amusement avant de tourner son attention vers la source de ce ‘bruit’. Lorsqu’elle vit ses deux meilleures amies arriver, la cadette se demanda qu’elle pouvait être la nouvelle source de ce énième conflit entre elles deux… Ce n’est qu’en voyant le t-shirt de Faith qu’elle comprit alors ce qu’il se passait, encore !
Faith – Bordel mais c’est pas possible d’être aussi gourde ! Tes parents t’ont greffé deux mains gauches quand ils t’ont pondue ou quoi ? Leah – De quoi tu te plains ? Au moins avec cette grosse tache tu ressembles à quelque chose maintenant ! Faith – En parlant de tache, elle n’est pas sur mon t-shirt ! La preuve ? T’éclabousse comme une fontaine !! Leah – Au moins cela prouve que MOI je suis utile !!!
Eden réprima un soupir d’exaspération pendant qu’Austin roulait des yeux avec dépit alors que Nancy, elle, posa une main sur son visage en signe de désolation. Cela en revenait toujours au même avec elles deux… A croire qu’elle ne pourrait jamais passer une journée avec les deux sans que cela ne tourne au règlement de compte ou autre match de catch ! D’ailleurs, rien qu’à cette dernière idée, la jeune Harrison tenta de se réconforter quant au fait que ses amies n’en n’étaient pas encore venues aux mains… Bien que cela ne tarderait certainement pas à venir si le ton continuait de monter.
Nancy – Ca suffit toutes les deux ! Leur lança Nancy sur un ton hautement réprobateur. Faith, Leah n’a certainement pas fait exprès ! Et toi Leah, tu aurais surement réagi de la même façon dans la situation inverse. Mais bon, heureusement tu n’as rien et, ton t-shirt Faith, je trouve que ça accentue son côté ‘underground’ et que ça te va comme un gant !
Les deux concernées se regardèrent en chien de faïence, toutes les deux prêtes à tuer l’autre si elles avaient le pouvoir de changer leurs iris par des armes à feu. Nulle expression n’aurait réellement servie à décrire ce qu’il se passait en ce moment précis, tout était silencieusement clair et partagé, cela se voulait amplement suffisant. Mais Nancy brisa cette dangereuse communion en claquant des mains et en venant les chercher toutes les deux par le bras.
Nancy – Bon, que les choses soient claires. Je me suis démenée pour qu’on passe une belle journée tous ensemble et qu’on profite à fond de ce festival. Alors, pas de guéguerres aujourd’hui, compris ? Sinon, je pars au-devant de la scène toute seule !
Aussi intéressée l’une que l’autre par le festival et le moment qu’elles pouvaient passer avec Nancy, elles décidèrent d’hocher la tête et de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Qu’importe que le sourire qu’elles se lancèrent fût tout bonnement hypocrite, cela était amplement suffisant pour la source commune de leur affection qui leur répondit par une mine subitement radieuse et enjouée.
Nancy – Vous venez avec nous ? Eden – Non, je préfère vous laisser toutes les trois ensembles. Moi et la foule, tu sais que ça ne me réussis pas trop… Austin – Vas t’amuser, je veillerai sur elle en attendant. Nancy – Vraiment ?
C’est sous une petite moue qu’elle accueillit leur hochement de tête avant de venir embrasser Austin et de prendre la clé des champs aussitôt par la suite.
Austin – A ton avis, laquelle pique une crise en premier ? Eden – Connaissant Nancy, je suis certaine qu’elle est capable d’être pire qu’elles deux réunies ! Austin – Bon, autant aller chercher les services de secours tout de suite autrement dit…
Ironisa-t-il sous le rire qu’il partagea avec la romancière avant de partir en quête d’un bout de terre sauvé des eaux, histoire de pouvoir s’installer sans se noyer dans une marre de boue visqueuse.
Faith a écrit:
En venant ici, j’étais persuadée de trouver ce que j’avais toujours ardemment désiré : oublier les notions de droiture, de bienséance et de responsabilité ! Déjà que je n’étais pas une fervente défenseuse de ces notions au quotidien, je n’allais certainement pas me retenir d’être encore pire durant ce festival !
Restant silencieuse, Faith garda sa main dans celle de Nancy, continuant de marcher à ses côtés et de faire un effort de prendre sur elle pendant que Leah ne cessaient d’étaler les échecs de sa vie privée et les sempiternels coups de foudre qu’elle connaissait par centaine en même pas un mois. Cela était pour elle d’un ennui relativement mortel. Néanmoins, le pire qu’elle put entendre, la misère la plus totale face à laquelle elle devint témoin fut bien celle du cri d’extase de mademoiselle Anderson sous la nouvelle apparition qu’elle décela de son œil de lynx.
Leah – Nancyyyyyy ! Regarde, là ! Un petit bébé ! On dirait qu’il vient juste de naître !!! Nancy – Où ça ?! Oh ouiii, il a l’air trop chou en plus !!! Leah – Viens, on va voir !!! Faith – Et… Galère !
Murmura-t-elle pour elle-même avant de se faire entraîner par Nancy dans la fougue qu’elle partagea avec son autre meilleure amie. Du déluge de bon sentiment et de niaiserie gratuite. Voilà à quoi elle allait devoir assister pas plus tard que maintenant ! Une scène suffisant éprouvante pour que notre chère mademoiselle Jones ne devienne subitement croyante et implore le seigneur pour le délivrer de tout ceci !
Leah – Oh, regarde-moi ça sa petite bouille, si c’est pas mignon ! Nancy – Il est trop chou… Vous l’avez appelé comment ? Mère – Dylan. Nancy – Bonjour petit Dylan. Moi c’est Nancy, lui sourit-elle de façon attendrie. Leah – Oh, il a sourit, tu as vu ça ? Faith – Woaw… Et dans deux secondes il va te faire des cacas arc-en-ciel…
Rétorqua Faith sans faire attention que ses mots dépassèrent sa pensée. Néanmoins, la mère du petit ne semblait pas avoir l’oreille attentive à ce que notre amie pouvait prononcer et les deux autres membres de son trio se trouvaient beaucoup trop en extase devant le petit pour y apporter une quelconque réaction. Seule au monde… Oui, voilà comment elle se sentait. Sans doute pour cela qu’elle préféra prendre congé de ses deux congénères et d’aller se taper un peu plus loin, près du cœur d’un cercle de festivaliers réunis non loin de là. Sans demander son reste, elle saisit l’un de ses bâtonnets aromatisés à la Marijuana, se l’alluma, et profita de la fin de représentation de ce cher Joe. Perdue dans cette nouvelle foule, elle s’y sentait bien, à l’aise, comme chez elle. L’odeur du tabac et d’autres substances se mêlèrent aux effluves de l’alcool, lui laissant prendre conscience de son désarroi de ne pas avoir une bière une main… Enfin, l’espace d’une seconde avant qu’un grand baraqué en torse nu et à la longue chevelure d’ébène ne vienne lui en tendre une bouteille.
Festivalier – Je trouve que c’est criminel d’être la seule à ne pas boire… Faith – Si c’est le premier pas de ton numéro de drague, je te remercie pour la bouteille, tu peux disposer. Festivalier – Plutôt directe dans ton genre ! Faith – Au moins comme ça tu éviteras de te faire des illusions inutilement… Festivalier – Dommage ! T’es à Woodstock quand même ! Tu devrais plutôt te laisser aller, non ? Faith – C’est justement ce que je fais. En te remerciant et en refusant de te considérer autrement que comme un mec qui m’a offert une bière.
Elle lui offrit un merveilleux sourire malsain sous le rire amusé de ce dernier. D’un geste sec, vif, elle descendit une solide gorgée de bière avant d’en ressentir directement les effets d’un violent ‘BANG’. Cela ne lui était pas inconnu comme effet, que du contraire. La drogue, tant soit elle considérée comme douce ou comme dure, ne se mélangeait jamais pour le meilleur lorsque l’on y rajoutait l’alcool au-dessus. Néanmoins, ce qu’elle ne s’expliquait pas, c’était cette sensation de tournis qui se mêla à l’obscurité de cette résonnance brouillonne que prirent toutes les voix aux alentours. Sa vision se troubla, quelques éclairs issus d’un autre monde éclataient sous ses yeux alors qu’elle tenta de se retenir à l’épaule de son festivalier.
Faith – Qu… Qu’est-ce que tu m’as refilé ? Festivalier – Un peu de LSD te fera d’avantage planer… Faith – Sale con !
Leah a écrit:
J’aurais pu être en Enfer que cela m’aurait été égal ! Les instants avec Nancy étaient les meilleurs que je pouvais connaître, qu’importe ce qu’il puisse arriver ! Bien que, de vous à moi, cette journée de ‘rêve’ me marqua de plus en plus… Et pas uniquement dans le bon sens, je le crains…
Leah – En tout cas, je vous envie ! Je trouve cela magnifique qu’il soit né ici !
Laissant les minutes s’écoulées, d’abord en solitaire et ensuite par dizaine, Leah demeurait presque indécollable du petit Dylan. Une réalité partagée par Nancy qui mit un bon moment avant de constater l’absence de son autre meilleure amie.
Nancy – Tiens, où est Faith ? Leah – Hum ? Détournant enfin son attention du petit. Nancy – Faith ? Elle était là pourtant. Où est-ce qu’elle a pu filer ? Leah –Elle préférait certainement aller se prendre un bon shoot que de rester avec nous… Nancy – Leah ! S’il te plait, ce n’est pas le moment. Ça m’inquiète ! Leah – Bon ben, allons voir alors, soupira-t-elle dans une absence totale de conviction. Avec un peu de chance, elle ne doit pas être loin.
C’est sous les cris d’engouements du public que les propos révolutionnaires et antimilitaristes de Country Joe prirent naissance et résonnèrent à travers l’ensemble de la foule. Une foule se resserrant d’avantage sous les harmonies de ce nouvel artiste et le poids de chacune de ses paroles. Leah restait près de Nancy en quête de Faith, ne disant ouvertement ce qu’elle pensait tout bas : autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Toutefois, elle se mit à la place de Nancy. Elle-même aurait-elle fait pareil s’il avait été question de notre petite Harrison. A ceci près que, contrairement à Faith, Nancy ce serait très certainement perdue et réellement égarée. Pour la rebelle Jones, cela n’était qu’une fuite tout simplement calculée caractérisant son individualisme traditionnel. Rien de plus ! Enfin, sans rien dire, elle continuait d’aider sa meilleure amie, criant le nom de la captive à l’une ou l’autre occasion et tentant vainement de discerner sa présence au cœur de la foule.
Leah – Nancy, arrête. Ça va bientôt faire une heure qu’on tourne et on est dans un festival. A ton avis, où est Faith ? Nancy – En train de boire de la bière et de se déchainer dans un coin… Leah – Donc, elle n’est pas en danger. Elle nous retrouvera d’elle-même. Tu ne vas quand même pas la laisser gâcher ta journée comme ça, non ?
Nancy baissait la tête, se sentant pratiquement honteuse de raisonner de la même façon que sa meilleure amie vis-à-vis à l’entente de ses paroles. C’est vrai qu’elle avait raison : Faith ne tenait jamais en place dans ce genre d’évènements et il n’était pas rare de la voir disparaître un instant pour revenir sans prévenir une ou deux heures plus tard. Leah serra son amie contre elle avant de glisser une main dans sa chevelure et de lui faire un petit clin d’œil.
Leah – Allez ! Tu m’as dit que tu rêvais de ce festival… Alors, t’attends quoi pour en profiter ?
Nancy garda une part d’inquiétude enfermée dans un coin de sa tête, la dissimulant par un sourire qu’elle laissa regagner son visage. Elle hocha de la tête avec un enthousiasme sincèrement présent et serra les mains de sa meilleure amie.
Nancy – Bon, alors ? Tu attends le dégel ?
La charia-t-elle en inversant directement les rôles. Sans attendre, elles se lancèrent dans la foule pour profiter de cette ambiance à la fois libre et révolutionnaire que Country Joe dégageait par sa simple présence. La foule sautait, la foule criait, la foule hurlait… Et la foule se dégradait de plus en plus en imaginant que le message ainsi exprimé passait par les actes de pures dégradations gratuites. Cela avait un effet étrange sur les deux jeunes femmes, incapables de déterminer si elles devaient en avoir pitié, si elles devaient rejoindre cette fougue et cette ferveur ou bien simplement s’en moquer sans autre mesure. Oui, c’était particulier ! Leah en souriait avec amusement pendant que Nancy avait le sentiment de vivre un rêve… Mais différent de celui qu’elle avait pleinement imaginé durant plusieurs semaines, durant tous les mois qui venaient de s’écouler. Sans qu’elle n’accepte de le reconnaître, le cœur même de cette foule faisait poindre en elle quelques affres de déception. A moins que cela ne lui soit qu’une pensée passagère ? Elle l’aurait tellement voulu…
Nancy – Leah ? Je crois que je… Leah ?
Alors qu’elle se retourna, ce fut au tour de Leah de disparaître de la circulation. Prise dans les mouvements de la foule, les deux amies pensèrent être ensemble alors que chaque nouveau cri de joie les séparait l’une de l’autre. Pourtant, il n’y avait rien de grave, rien d’alarmant. Quelques mètres à peine les séparaient mais cela était déjà bien trop énorme pour réussir à se faire entendre et à trouver écho à nos cris.
Leah – Nancy ? Nancyyyyyy ?
Elle-même commençait à chercher après sa meilleure, elle-même commençait à tourner sa tête de droite à gauche en espérant pouvoir la retrouver au détour d’une simple silhouette. Laissant l’inquiétude l’a gagné rapidement, elle se fraya tant bien que mal un chemin à travers la masse oppressante du public pour en ressortir et retrouver un poil de souffle. A l’extérieur de cette réunion chaotique, ainsi aurait-elle un meilleur point de vue. Criant à plusieurs reprises le prénom de son amie, Leah n’en démordait pas. Elle ne profitait plus et ne prenait plus conscience de l’endroit où elle se trouvait ou de l’ambiance qui y régnait. Aucune réponse, aucune intervention quelconque. Les gens qui pouvaient l’observer dans sa quête étaient soit noyés de désintérêt ou bien dans un état beaucoup trop second et éloigné de la réalité que pour lui être d’une véritable utilité quelconque. Sa tâche était de se débrouiller seule : de gérer d’elle-même cette situation qui la dépassait au plus profond d’elle-même et, ce, de plus en plus au fur et à mesure que les minutes s’écoulèrent.
Vaseuse, titubant dans une alarmante habileté, Faith surgit de nulle part en arborant un air épuisé et éprouvé. Leah fronça les sourcils, s’avançant d’un pas rapide et solide vers la demoiselle avant de lui faire gravement face.
Leah – Eh bien bravo ! Te voilà encore digne de donner l’exemple ma parole… Faith – Oh, la ferme ! Je veux juste voir Nancy. Leah – Justement, je la cherche… Faith – Tu l’as perdue ? Mais t’es vraiment une grosse gourde incompétente, c’est pas possible !!!
S’énerva-t-elle soudainement, laissant apparaître ses yeux injectés de sang et claquant furieusement la bouteille qu’elle tenait en main sur le sol. Sous l’intensité de son propre mouvement, Faith se sentie perdre l’équilibre, tentant vainement de s’accrocher à l’épaule de son interlocutrice pour finalement terminée le cul sur le sol.
Casey a écrit:
Je ne pouvais être qu’aux anges ! Le paradis des Hippies et l’Enfer de nos traditions familiales. A vrai dire, seule cette deuxième image avait de l’importance. C’était de l’inacceptable, c’était de la dépravation sans nom, c’était du chaos dans sa plus belle expression. Qu’est-ce que j’adorais ça !!
Casey – Allez, fous le camp de là ! Enfoiré !
C’est après un solide coup de pied dans l’estomac de son adversaire que Casey tourna les talons en soupirant rageusement. L’origine de son conflit ? Un simple troufion qui avait eu l’audace de venir s’alimenter innocemment dans le sac de ‘douceurs acidifiantes’ de notre cher Mason. Ou, autrement dit, une tentative de vol parmi tant d’autres que le jeune homme ne laissa aucunement impunie. Que croyait-on ? Qu’on pouvait venir dans ses affaires, se servir sans demander et s’en sortir indemne ? Ce serait très mal connaître l’animal !
Erica – Tu vois, je t’avais bien dis qu’il reviendrait en un seul morceau. Alis – Oui, mais maintenant il a l’air mauvais… Erica – Et alors ? On est là, non ?
Bière à la main, la brune sourit à la blonde avant de capturer ses lèvres un bref instant. Se relevant toutes les deux en se tenant l’une à l’autre, elles décidèrent de s’avancer vers l’objectif de leur affection. Démarche sensuelle, déterminée et fatale. S’allumant une cigarette, Casey ne prêta pas d’attention apparente à leur venue bien qu’il sentait déjà l’odeur de ses deux prédatrices se mêler à celle de son corps.
Casey – Encore en train de se faire plaisir sans moi ? Alis – Raté Don Juan ! Erica – Oui, cette fois, on avait hâte que tu sois de retour…
Alis se colla contre le torse dénudé du jeune homme, laissant une main vagabonde parcourir ses dorsaux pendant que ses autres phalanges saisirent la bouteille d’Erica. S’en imprégnant quelque peu, elle posa ses lèvres sur celles de Mason, lui faisant profiter du tango offert par sa langue inondée par la bière. N’en restant pas en reste, la brune sulfureuse vint lui mordiller la nuque, se pressant contre ses fesses tout en venant glisser habilement ses doigts sous le rebord de son pantalon, à la recherche de l’objet de tous ses fantasmes.
Erica – Le champion mérite sa récompense je crois ? Casey – Depuis le temps que je m’évertue de vous le répéter… On dirait que c’est enfin imprimé ! Alis – La ferme Mason…
Suavement, leurs trois corps se dénudèrent et se retrouvèrent une énième fois durant ce festival. Présents depuis le début des festivités, ce triangle hors norme n’avait eu de cesse d’enchaîner les beuveries, les consommations illicites et l’expression du sexe dans toute sa splendeur et dans toute sa ferveur. Ici, pas de place pour de l’innocence, de la tendresse ou de l’émotion. Tout n’était qu’une succession d’animosité sauvage honteusement partagée sans le moindre remord. La fermeté et la volonté de fer de notre homme indiqua les pulsions et la façon dont ces dernières s’évacueraient à nouveau. Leurs corps se voulaient littéralement épuisé mais leurs envies de dépravations dans tous les domaines demeuraient encore et toujours intacts. Récupérant de ce nouveau témoignage de respect et de fidélité envers Aphrodite, les trois corps demeurèrent fixes, allongés, tentant de reconnaître hasardeusement la musique produite et le groupe en présence sur scène. Impossible pour Casey de revenir sur le nom de l’artiste alors qu’Alis somnolait contre lui et qu’Erica leur préparait une nouvelle tournée de Maryjane. Un clignement d’yeux, les mouvements lents, les membres atrocement lourds… C’est presque avec difficulté que Casey tentait une nouvelle fois le diable en frôlant les bords de l’overdose par la nouvelle consommation qu’il s’offrit sans plus attendre.
Erica – T’es pas encore mort ? Casey – A ton avis, tu parles à qui là ? Erica – Ca ne me répond pas ça… Casey – On en a déjà perdu une… Et t’es la prochaine sur la liste avant que je sombre, tu peux me croire ! Erica – Je demande à voir…
Se moquant totalement de la somnolence d’Alis, Erica se laissa glisser une nouvelle fois avec malice et gourmandise sur un Casey on ne peut plus réceptif, on ne peut plus satisfait de constater qu’ils avaient encore ces deux créatures pulpeuses totalement à sa bonne. En profiter ? Bien sûr qu’il y était toujours prêt ! Mais, ce round-ci se voyait interrompu par des cris et des voix s’élevant avec un peu trop de hâte…
Casey – Oulà ! Demoiselle en détresse… Ca attendra ma belle, faut que j’aille sauver ma nouvelle victime là. Erica – Tant pis ! Moi et mon savoir-faire allons se rattraper sur ta numéro deux alors… Casey – Au moins ça la réveillera !
Toujours aussi charmant, Erica prit cela tant avec le sourire que comme une claque gratuitement lancée à vive allure dans sa figure. Heureusement qu’il avait un statut d’Apollon dont il assurait sans cesse la réputation car, sans cela, elle l’aurait bien envoyé se faire voir depuis bien longtemps. Mais, même si l’envie en était présente comme en ce moment, un seul détail l’empêchait d’agir de la sorte : c’était Casey Mason ! Notre ami s’avança vers un petit monticule de mecs en train de beugler dans tous les sens et de faire leur numéro, non plus de charme, mais bel et bien d’oppression. Formant un cercle on ne peut plus fermé, ils étaient en train de chahuter une jeunette pas très grande, se la passant de gauche à droite, d’avant en arrière, comme s’il s’agissait d’un vulgaire ballon de rugby. Fronçant les sourcils, notre antihéros rentra alors immédiatement dans le lard pour venir stopper ce corps meurtri en le serrant contre son torse.
Casey – Le premier abruti qui touche encore à ma copine, je lui extirperai ses dents pour le solo d’Hendrix, c’est bien clair ?
Un contre une bonne dizaine ? Autant dire que l’intervention de Casey arracha des rires moqueurs et rehaussa la température d’une chaleur déjà bien trop importante. Les esprits se perdant dans différentes insultes et leurs corps dans des gestes de plus en plus violents, des personnes extérieures s’invitèrent à cette expression de violence qui commença à dégénérer de plus en plus. Bien que n’étant pas le dernier pour se perdre dans ce genre de politesse, Casey prit soin de s’extirper rapidement de cette mouise, histoire de préserver le corps déjà meurtri de la jeunette.
Casey – Rien de cassé ? Nancy – Euh… Non… Non, je ne crois pas… Casey – La prochaine fois, évite de te paumer toute seule ! Nancy – A vrai dire, j’étais avec une amie et on s’est retrouvée séparées et, depuis… Casey – Ouais, ouais, très intéressant comme histoire.
Sans même lui adresser une quelconque autre attention, Casey tourna les talons avec nonchalance et alla regagner le coin de tous ses vices et de toutes ses splendeurs, sous l’œil quelque peu perplexe de Nancy, assistant à la scène. Haussant alors des épaules, elle décida d’en faire de même et de repartir en quête de son point de retrouvailles avec Austin et Eden.
Casey – Hey ! Tu pourrais au moins venir boire une bière, non ? Nancy – C’est que je suis attendue depuis trop longtemps là… retourna-t-elle le regard vers lui avec un petit air désolé et encore un peu secoué parce qu’il venait de se passer. Casey – Mouais… Ramène-toi ici, t’es pas en état de traverser ce bordel. On te raccompagnera après, d’accord ? Nancy – Hum… Ça marche !
Austin a écrit:
Sans l’insistance de Nancy, je ne serais jamais venu ici. Après tout, ce n’était jamais qu’un grand concert avec ses hauts et ses bas. Au moins avaient-ils le mérite d’avoir une superbe programmation. On prétend que cet évènement dégageait plus que de la musique mais, si cela devait être le cas, les quelques heures où je restai sur place ne réussirent pas à m’en convaincre…
Eden – Enfin, j’ai conscience que ce n’est peut-être pas le scénario révolutionnaire de ce siècle mais j’espère sincèrement que cela réussira à passer au niveau de l’édition.
Conclut la romancière après un discours ayant pour thème principal la dernière réalisation qu’elle avait mise en œuvre. Calme et attentif, Austin n’avait perdu aucune miette de ce qu’elle avait pu lui dire, prenant alors quelques secondes de silence le temps de peser le pour et le contre afin de pouvoir intervenir de manière sincère.
Austin – Pour moi, ta trame est justement unique. Je ne dirais pas que j’ai dévoré toutes les bibliothèques du monde mais ton idée n’a pas encore été exploitée selon moi. Et puis, vu dont tu en parles, je suis certain que tu peux en tirer quelque chose de superbe. Qui sait ? Tu deviendras peut-être une nouvelle Kerouac. Eden – D’accord… Ne le dis à personne mais, ça ne me dérangerait pas !
Coquille ferme et solide, ces quelques heures passées en compagnie du nouveau petit ami de sa cousine avaient réussi à la laisser s’ouvrir un petit peu et à partager un tant soit peu de rires, d’innocence et de confidences. D’ailleurs, par le partage de ces dernières, elle se sentait heureuse. Heureuse que Nancy l’ait rencontré, heureuse qu’elle soit tombée sur lui. Peut-être serait-il une relation sérieuse pour elle ? Allez savoir… Mais Eden l’espérait secrètement !
Eden – Tiens, ce n’est pas son fameux Johnny ?
Enchaîna-t-elle après un petit silence de courtoisies qu’ils observèrent sans aucun malaise au profit de l’écoute musicale. Austin eut un grand sourire tout en hochant doucement de la tête.
Austin – Si, c’est lui. LE Johnny Winter ! Eden – ‘LE’ ? Austin – Oui, c’est en achetant un de ses vinyles que j’ai fait la rencontre de Nancy. Eden – Vraiment ? Mais, alors, qu’est-ce que tu fous ici ? Faut retrouver votre moitié mon cher ami !
Alors qu’ils se sourirent, une vague d’interrogation et un semblant d’inquiétudes traversèrent l’esprit d’Austin. Nul doute que Nancy devait profiter pleinement de l’ambiance au cœur de la foule mais, elle avait tellement insisté sur le fait que Winter serait là, avec un tel enthousiasme, que son absence depuis le début des festivités commença réellement à déstabiliser notre cher ami. Il se releva, le regard un peu plus froncé et alerte. L’obscurité avait déjà commencé à envahir les lieux et toute observation un tant soit peu pertinente pour reconnaître une silhouette ou retrouver une personne devenait pratiquement inutile. Seuls les mouvements du public près de la scène et de l’agitation ambiante se faisaient percevoir avec brio. Laissant sa tête afficher un mouvement négatif, il se tourna vers Eden qui s’était déjà relevée, comme sur la même longueur d’onde que lui, prête à partir la chercher.
Eden – On va la retrouver, ne t’inquiète pas ! Austin – Qui a dit que je m’inquiétais ?
Minimisa-t-il la situation sous un faux sourire dans lequel ne croyait absolument pas Eden mais qu’elle lui rendait un peu par sens de la dérision. Ils se mirent en marche, avançant vers la masse populaire de plus en plus consistante, de plus en plus envahissante. Les émanations comateuses embaumaient l’air de leurs odeurs nauséeuses alors que plusieurs corps tombèrent comme des mouches, l’un après l’autre. La fatigue avait littéralement gagné le corps de l’un tandis que l’autre était trop cuité pour tenir encore le coup. Bien que la majorité d’entre eux manifestaient d’une overdose significative de leur principale source de consommation de ce week-end ou de cette simple journée. Un théâtre qui était très loin de ravir l’esprit de nos deux explorateurs, avançant tant bien que mal.
Nancy – Austiiiiiiiiiiiiiiiiin !!!
Se frayant un chemin tant bien que mal, Adams reçu le choc d’un véritable boulet de canon lancé à toute vitesse dans son thorax. Néanmoins, la seconde de choc et de surprise laissa bien rapidement place à cette étreinte rassurée et amoureuse qu’il offrit à sa moitié tout en déposant un petit baiser sur son front.
Nancy – Je t’avais dit que Johnny Winter serait là, non ?
Avec innocence, elle lui laissa comprendre le sous-entendu qu’elle voulait faire par là avant de venir l’embrasser ardemment. La difficulté de quelques petits évènements à peine vécus ne semblait plus exister dans son esprit. Elle était près d’Austin, elle était avec lui et son adorable cousine. Elle était sous ce ciel déjà scintillant et enflammé par la populace.
Eden – On peut savoir où tu étais encore passé ? Lui demanda-t-elle avec un faux air maternel teinté d’un sourire taquin. Nancy – Ah, oui ! J’étais devant la scène et puis j’ai fait la rencontre de…
Se retournant en arrière, elle observa le paysage à la recherche de Casey et de ses deux partenaires. Disparus de la circulation, absents tous les trois alors qu’ils étaient encore à quelques mètres derrière elle il n’y a même pas une minute. Une petite moue désolée apparue alors sur son visage qui, ce dernier, se retrouva alors relever par la douce main d’Austin.
Austin – De… ?
Nancy haussa les épaules, n’ayant pas trop de réponses à donner maintenant que son sauveur et ses deux groupies avaient disparus. Tournant sa tête dans la direction où elle les avait laissés, elle aperçut alors une Leah supportant le corps d’une Faith totalement à l’ouest sur son épaule. Dans un sourire immédiatement retrouvé, elle gratifia son petit ami d’un nouveau baiser avant de courir vers elle avec joie, enthousiasme et soulagement.
Nancy – Les fiiiiiiilles !!!
Un nouveau joint qui s’allume, un nouveau partage de ce petit bâtonnet empoisonné, Alis, Erica et Casey observèrent les retrouvailles de leur petite protégée du jour avec son entourage. Passant les bras au-dessus des épaules de ses deux amantes, le jeune homme réprima un petit soupir avant de se retourner en direction de la scène.
Casey – Trop de sentiments… Alis – C’est pourtant toi qui a fait ton numéro de bon prince. Casey – La ferme Linwood ! Alis – Moi aussi je t’adore… Erica – Justement, laissez m’en un peu tous les deux.
Nancy a écrit:
Je l’avais tellement attendu et tellement rêvé ce festival qu’au final, tout ce qu’il put se produire en cette unique journée ne correspondait en rien à ce que j’avais pu prévoir. Il y a eu de la déception, de l’étonnement et, malgré tout, de la joie. Ça en restera un très bon souvenir, à part, unique… Car ce festival n’était pas comme les autres, ce n’était pas une simple expérience musicale… C’était bien plus que ça…
Cela aurait pu se produire, tout comme cela ne se produira peut-être jamais… Néanmoins, il est à notre image. Celle d’un rêve, fait de bonnes et de mauvaises épreuves mais un rêve unique à travers lequel nous continuons de partager et de composer ensemble. Ce rêve ? Nous le connaissons aujourd’hui depuis deux ans. Ce n’est pas la seconde bougie d’un membre ou d’un forum parmi tant d’autres que nous soufflons aujourd’hui. Ce que nous soufflons, c’est la seconde bougie d’une aventure unique partagée entre personnes uniques. Alors, RRiens, RRiennes, par ce petit bond illusoire que nous aurons fait ensemble à l’âge d’or du Rock, un joyeux et très bon anniversaire à tous !
Hors Série : Special 2 Years
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