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Revival Rock

When passion rules the game. I ain´t got no control, when my heart´s in flames.

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XI. Chapitre 10

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Crédits: Sab
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MessageSujet: XI. Chapitre 10 Jeu 11 Aoû - 0:05






CHAPITRE 10
Un masque à deux visages





Citation:
Journaliste – Mademoiselle Duval, quelles ont été les circonstances de votre rencontre avec Luke ?
Clarence – Tout cela a commencé par le biais d'une annonce. En effet, la mort de mon précédent fiancé m'avait laissé quelque peu abattue. Malheureuse et en manque d'affection, je ne me sentais pas prête à m'engager dans une nouvelle relation banale... J'ai donc fais appel au service de garçons intéressés pour combler ce manque de désir, ce besoin de chair et de plaisir qui m'animait. Telle a été ma façon de rencontrer ce cher Luke !


La soirée a été chaude, la soirée a été intense. Vibrant encore sous les notes tonitruantes de leur concert, les Black Stones finissent par se séparer. Chacun rentre chez lui, chacun regagne sa vie, chacun abandonne son image de musicien. Seul, face à son miroir, Luke quitte peu à peu les traits du bassiste qu’il représente. Tel le clown terminant sa prestation, il saisit chacune de ses lingettes démaquillantes pour délaisser ce costume, pour délaisser ce masque. Un rituel qu’il connait par cœur, un rituel qui rythme ainsi son quotidien. Et pourtant, un rituel qu’il redoute en chaque instant.
Depuis ses premiers pas sur scène, Luke ne sait plus quel est son véritable visage et lequel lui sert alors de masque. Est-il simplement ce garçon aux quelques tendances se tournant vers le travestissement ? Ou bien est-il ce garçon simple, blasé et nonchalant qui arbore son sourire et son insouciance à qui le rencontre ? A moins qu’il ne soit autre que la balance entre ces deux univers, ces deux entités profondément différentes ? Une question qui se pose mais à laquelle il n’apporte aucune réponse, si ce n’est un simple murmure se traçant au fil du temps. Le murmure de ce plaisir, le murmure de cette libération dont il se sent habité à chaque coup de pinceau sur son visage. Le murmure de cet épanouissement qui s’éteint et se meurt lorsque son véritable visage reprend le dessus sur la réalité.
Quête d’identité ou recherche de soi ? Il ne s’y attarde en aucune façon. Il y a tellement à faire. Il y a tant de choses à réaliser pour profiter honorablement de l’existence, rien n’importe plus. Comme on le dit si bien, à force de faire semblant de prendre du plaisir, on peut finir par en avoir un peu… Ne fut-ce que par accident ! Telle est d’ailleurs son optique en ce soir, en ce rituel, en cette solitude dont il souffre et se complait à la fois. Il ne voudrait la briser en aucun cas, il n’en ressent pas le besoin. Néanmoins, il ne veut pas partager sa nuit seul, il recherche, il demande inconsciemment une présence auprès de laquelle se perdre.
Il était passé minuit lorsque le jeune musicien quitta son domicile pour se rendre à travers les rues de Londres. Marchant sans but apparent, cigarette en bouche, il se glisse de rue en rue, de chemin en chemin, jusqu’à ce que ses pas finissent par s’arrêter au niveau du Sound Bar. Repère des personnes les plus en vues, siège des soirées les plus voltigeuses et les plus arrosées, sans doute y trouvera-t-il une forme de bonheur ? Tout du moins, il accepte d’en prendre le risque. Anonyme parmi la foule, son intimité sera préservée, sa tranquillité demeurerait omniprésente, si ce n’est pour cette délicieuse brune ténébreuse qui, au-delà d’attirer bon nombre de regard et de convoitise, s’avance avec intérêt auprès de notre intéressé.

    Clarence – Je savais que tu étais à Londres… Mais je ne pensais pas te croiser aussi facilement.

Souffla-t-elle avec charme, avec sourire, avec sensualité. Sa voix insufflée au creux de l’oreille de notre intéressé, ce dernier sembla se figer instantanément, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte sans bouger d’avantage. La surprise était totale et on ne peut plus inattendue. Etonnement, crainte et… plaisir ? Luke ne savait absolument pas comment identifier le, ou les ressentis que lui intimaient ces retrouvailles.

    Clarence – Toujours aussi mignon quand tu restes comme une carpe tu sais, rajoute-t-elle, taquine, glissant une main sur la nuque du bassiste.
    Luke – Qu’est-ce que tu fais ici ?

Finit-il par articuler de son côté. Avant de lui répondre, la quadragénaire vint prendre place sur le tabouret présent aux côtés de son ‘ami’ et se permit d’héler un serveur afin qu’il leur apporte deux coupes de champagne.
Contrairement à son homologue, la prénommée Clarence se sentait réellement contente d’être de nouveau face à lui et, en ce sens, ne souffrait d’aucune gêne particulière à partager un verre avec le musicien dans de telles circonstances. Elle était un peu à l’image de cette ancienne petite amie qui venait renouer avec la chaleur et le confort de votre flirt, de votre relation d’antan. Contente et sans doute un brin émoustillée par toutes les images que seul Luke était capable de raviver dans sa mémoire d’un simple regard. Elle l’avait voulu, elle l’avait eu mais l’avait laissé partir… A son grand regret !

    Clarence – En l’occurrence je retrouve l’un de mes amants les plus fougueux ! Et, je suis de passage à Londres pour quelques jours, dans le cadre de deux ou trois grandes réceptions données par des amis.

Son discours prit temporairement fin avec l’arrivée des coupes de champagne. Sans rien ajouter dans l’immédiat, ils trinquent en se regardant dans les yeux, vidant tour à tour leur verre d’une seule et unique traite. Clarence l’observe avec intérêt, Luke la dévisage avec méfiance et prudence. Comment redouter une femme si belle ? Comment redouter une séduction aussi fatale ? Comment vouloir se protéger face aux attaques d’une femme aussi charismatique ? Tout simplement lorsque l’on sait qu’on doit être prêt à tout face à ce qu’elle pourrait dire ou faire. Oui, Luke la connait suffisamment pour savoir que les jeux de mademoiselle Duval sont assez luxurieux, certes, mais aussi très dangereux. Dangereux pour son corps mais d’avantage dangereux pour sa réputation, pour son anonymat, pour sa tranquillité… Le musicien avait changé ou, tout du moins, espérait-il changer… Une telle présence pourrait remettre en balance sa noble volonté.

    Clarence – Mais toi ? Que deviens-tu ? J’ai remarqué que tu te lançais avec un groupe ?
    Luke – Je te demande pardon ?! Écarquilla-t-il les yeux, pris de court.
    Clarence – Ne fais pas l’innocent. Je pourrais te reconnaître les yeux fermés ! Ton maquillage te va à merveilles, certes, mais, ce n’est pas avec cela que tu passeras pour un inconnu en ce qui me concerne !

Pour la peine, la nervosité de notre ami monta d’un cran. Tentant de ne rien laisser paraître derrière une froideur calculée, reprenant le dessus, il tut son trouble le temps de venir allumer une cigarette pour ensuite poser son attention sur le bar tout en recrachant la fumée.

    Luke – Eh bien, comme tu l’as compris, je fais en effet partie d’un groupe. Il n’y a rien d’autre à dire !
    Clarence – Vraiment ? Pas de nouvelles affaires en cours sur le côté ? Pas de nouvelle petite amie ou de secrets de placards à me confier ? Sourit-elle, joueuse.
    Luke – Non.

Coincé, renfermé ? Il est clair qu’en un dixième de seconde, le comportement chaleureux de Luke s’était totalement bloqué au profit d’un désintérêt total. Désintérêt pour se mettre en garde, désintérêt pour se protéger. Clarence s’en serait d’ailleurs offusquer s’il s’agissait de n’importe qui d’autre. Mais pas avec lui ! Ce désintérêt, cette nonchalance faisait partie des éléments majeurs de son charme et elle n’aurait souhaité qu’il ne le change pour rien au monde.

    Clarence – Bien… Dans ce cas, si tu me faisais danser ?
    Luke – Il n’y a pas assez de chair fraiche à ton goût ?
    Clarence – Disons qu’il n’y a surtout qu’un seul morceau qui me met en appétit…

Le ton évocateur de sa voix suave se mêla à la profondeur de ses yeux qui se plongèrent à en perdre haleine dans le regard du bassiste. Le silence fut de mise, laissant le musicien dans le doute de l’acceptation de cette offre ou non. Qu’à cela ne tienne ! S’il ne voulait pas prendre les devants, elle s’en chargerait ! Après tout, ce n’est pas comme si c’était la première fois…
Telle fut la façon par laquelle Luke se retrouva au sein de cette foule présente, embarqué dans un jeu de danse avec la baronne de la sensualité, se laissant peu à peu glisser dans le piège de cette mante religieuse. Distant, mouvements peu assurés au début, le musicien se rapprocha petit à petit contre cette quadragénaire venant lui tourner le dos. De la distance, nous passâmes à la sensualité d’un collé serré envoutant, enivrant. La chaleur, l’évocation d’un ancien désir… Le plaisir prenait peu à peu le dessus. A l’image de ce trésor de luxure qu’elle dégageait ouvertement, Clarence n’en n’était que plus interdite et attirante à la fois. Bon nombre de regards se posèrent sur l’étreinte rythmée ainsi partagée. Ils étaient beaux, ils étaient délicieux, ils étaient parfaits… Trace d’une alchimie reprenant ainsi ses droits sur deux amants trop longtemps séparés.

    Clarence – Chez toi ou chez moi beau brun ?
    Luke – Ni l’un, ni l’autre…
    Clarence – Vraiment ? murmura-t-elle à son oreille tout en apposant une main vagabonde et tentatrice sur l’objet de son désir.


*
**


Citation:
Journaliste – Quel a été votre première réaction la première fois que vous l’avez vu ? Répondait-il déjà à l’ensemble de vos critères ?
Clarence - La première fois que je l'ai rencontré ? Hum... Comment dire... Il était tout simplement mignon. Visiblement, il avait déjà tenu un tel rôle à une ou deux reprises mais je sentais que cela le perturbait comme 'travail'. Physiquement, il me plaisait mais je n'allais pas payer pour quelqu'un qui manquait d'assurance et de confiance en lui... J'ai donc décidé de remédier à cela à ma manière. Il semblait avoir vraiment besoin d'argent et, de mon côté, j'avais vraiment besoin de plaisir. Je l'ai donc 'materné' les deux trois premières fois, pour le mettre en confiance, avant d'entrer dans une approche plus ferme, plus virile, plus jouissive et plus... 'exotique' au niveau de certaines pratiques ! Mais oui, c'était un bon amant, très bon amant même pour son âge !


    Owen – Luke ?

Lorsque la porte s’ouvrit, que ne fut pas la surprise de notre Black Stones de ne pas tomber sur Duncan mais bien sur Campbell, ouvrant la porte de cet appartement en torse nu, comme si de rien n’était. Instinctivement, ses cils balbutièrent un dixième de secondes avant qu’il ne décide de ne pas se formaliser de ce détail.

    Luke – Duncan est dans le coin ?
    Owen – Ouais, il va arriver... Mais, vas-y, rentre !

Dans l’apparence qu’il donnait, Owen ne semblait pas montrer trop de gêne ou de malaise d’être présent, là, comme ça, en plein milieu du jeu de quille, et accordait d’avantage d’attention à l’air soucieux et préoccupé que tentait de dissimuler Luke.
Le jeune bassiste pénétra dans le salon et trouva rapidement sa place habituelle dans l’un des fauteuils présents. Venant chercher son paquet de cigarette à l’intérieur de sa veste, il demeurait silencieux. Il ne pouvait dire que la présence de son aîné le gênait, tout comme il ne s’en sentait pas spécialement l’envie de discuter de ce qu’il avait sur le cœur avec lui. Bien que la question à se poser serait de savoir précisément ce qu’il avait sur le cœur ? Toujours ce même mélange étrange de doute, de troubles, d’incompréhension et de déstabilisation que la présence de Clarence avait fait naître en lui. Ce frisson de terreur, cet appel vers une ancienne vie qu’il avait voulu rabroué et détesté pour mieux pouvoir changer. Cette ancienne existence balayée d’un revers de la main. Mais ce besoin presque inimaginable à vouloir y sombrer de nouveau le temps d’une nuit, le temps de quelques heures, telle l’image de ce drogué prêt à replonger pour une seule et unique petite dose. Il n’avait jamais ressenti ce genre de dilemme. Il n’avait jamais senti les affres d’une telle problématique et, de ce fait, se sentait pour le moins perdu. A sa façon, il se livrait un combat entre un Luke angélique voulant filer beaucoup plus droit que par le passé et, de l’autre, le Luke démoniaque le rappelant sans cesse dans ses vices…
Devoir se poser, pouvoir chercher implicitement des clés, des réponses pour régler ladite problématique. Faire appel à une personne capable de le comprendre sans chercher à le questionner et le sermonner de toutes les manières envisageables. Ce n’était pas pour rien que cette matinée s’était vue choisie Duncan comme compagnon de solitude. Ce n’était pas pour rien que sa présence était là, dans ce salon. Ce n’était pas pour rien qu’il avait trouvé une personne capable de l’accepter et de l’aider sans s’en formaliser d’avantage !

    Owen – Tiens !
    Luke – Je te la revaudrai, souffla-t-il en attrapant la cigarette que venait de lui lancer son vis-à-vis.
    Duncan – J’espère que tu es prêt pour le second round car il est hors de question que je te laisse filer comme ça mon bichon !

Proclama le batteur avec fougue, assurance, véhémence… Et surtout en débarquant de la douche entièrement nu comme un vers sous l’œil abasourdi de Luke et le regard on ne peut plus gêné d’Owen.

    Duncan – Hum… Je pense que j’ai oublié quelque chose, tenta-t-il de faire, mine de rien, en tournant la pointe des pieds pour retourner dans la salle de bain et s’habiller.

Luke se mit à cligner des yeux rapidement, deux trois fois de suite, avant de cacher son visage de sa main et de se mettre à rire de bon cœur. Ne se formalisant aucunement de la situation, il ne cessait surtout de revoir cette apparition de Duncan tel un héros des temps modernes prêt à sauver la veuve et l’orphelin sans un pagne autour de ses hanches ! Et, honnêtement, ce genre de spectacle valait de l’or !
Profitant de l’hilarité de leur invité, Owen s’éclipsa doucement à son tour dans la salle de bain pour ne laisser que Duncan en sortir tout compte fait. Bien évidemment, ce dernier s’était alors rhabillé, se voulant déjà on ne peut plus présentable en observant dans un faux air innocent l’attitude amusée de son ami.

    Luke – Alors là, en terme de révélations tu bats tous les records toi ! Embraya-t-il en riant.
    Duncan – Eh bien… Comme ça c’est fait ! Roula-t-il des yeux avant de sourire de manière amusée à son tour.
    Luke – Au moins tu as le mérite d’avoir embelli ma journée ! Enfin, pas anatomiquement parlant hein ?!
    Duncan – Ah oui ? Et pourquoi ? Je ne suis pas assez bien pour toi, c’est ça ?

Amusement communicatif, cela faisait énormément de bien à Luke de se perdre dans cette hilarité aussi imprévue qu’incontrôlée. Les nerfs sous pression, tout se relâchait subitement, justifiant d’ailleurs la durée de ce fou-rire qui s’étala durant une bonne dizaine de minutes, au point de ne plus en trouver de fin. Les deux amis durent d’ailleurs leur salut à la présence d’Owen qui reprit place parmi eux tout en les observant, sourire aux lèvres, comme des garnements de six ans venant de faire la blague du siècle. Ils échangèrent tous les trois encore quelques petites pointes de moqueries alors innocentes, continuant de s’enfoncer dans leurs propos sans queue, ni tête, jusqu’à ce que le sérieux reprenne ses droits et que, lentement mais surement, l’objet de la visite de Luke, ce matin même, se dévoile partiellement.

    Luke – Blague à part, il fallait que je te vois…
    Duncan – Je t’écoute. Quelque chose ne va pas ?
    Luke – Je ne dirai pas ça, haussa-t-il des épaules, cherchant alors quelque peu ses mots pour ne pas devoir exposer entièrement la source de son problème. La première fois que t’as acheté une batterie, ça n’a pas été la bonne du premier coup ? Tu en as testé plusieurs, tu t’es essayé à plusieurs modèles sans que cela soit spécialement bénéfique pour toi ?
    Duncan – Ouais. Il en va de même pour tout le monde même… Tu fais d’abord tes armes quelque part puis tu avances, tu évolues et ton matériel également.
    Luke - Justement, tu évolues, tu changes d’instrument pour toujours en avoir un nouveau qui sera plus performant que l’ancien, bien meilleur. Mais, tu n’as jamais eu envie de rejouer sur une ancienne batterie qui t’avait marqué ? Ou à laquelle tu as pu être attaché d’une certaine façon ?
    Duncan – Si, souvent même !
    Luke – Ah ? réagit-il de manière un peu dubitative.
    Duncan – Ouais. Mais, cela n’a rien d’étonnant. Quoique tu fasses, tu ressens toujours à un moment ou l’autre une trace de nostalgie. Et encore plus si tu es face à l’objet en question. Inévitablement, tu auras envie de le prendre en main, de le saisir et de renouer avec lui. Mais ce ne sera pas pour ton bien. Cela freinera tout ton avancement, toute ton évolution. Tu retourneras en arrière et, au fond, ce ne sera pas ce que tu souhaites. Ce qui compte, c’est ce qui est devant toi, pas derrière…
    Luke – Attention avec tes conseils, tu pourrais presque rivaliser avec Parker !

Conclut le jeune bassiste à ce discours tout en soutenant ses paroles d’un sourire semblant retrouvé. Dire que les paroles de Duncan venaient de soulager les tourments de son esprit serait bien trop précipité, et certainement présomptueux. Néanmoins, cela lui redonnait un poil de force, de courage et de volonté dans ce désir de nouvelle vie simple et heureuse vers laquelle il tendait depuis son entrée dans les Black Stones. D’ailleurs, sur le plan musical, tout marchait comme sur des roulettes. Tout s’enchainait à la perfection ! Si ce n’est pas cette nébulosité à laquelle Luke fut confronté lorsqu’il croisa le chemin de Parker et qu’il découvrit la une du Revival Mag concernant le leader de la formation et Leslie. Pas de répercussion, le groupe voyait l’orage arrivé mais ne s’en affolait pas ! Tout était parfait, idéal…

*
**


Citation:
Journaliste – Il semblerait donc que Luke soit aussi bon en tant qu'amant que musicien ! Voilà qui devrait peut-être le calmer lorsqu'il apprendra ces révélations ! D'ailleurs, pourquoi parler maintenant, trois ans après vos rapports ?
Clarence – Tout simplement, il y a des vérités qui doivent être connues, des révélations qui ont le droit d'être faites et, ce, qu'importe l'instant. Quand à votre comparaison entre son jeu de basse et ses qualités d'amant, je dirais que Luke montre souvent un visage plus mystérieux et plus passionné une fois que l'on dépasse la barrière de l'intimité !


Les doigts qui glissent frénétiquement sur la basse, Luke était arrivé plutôt que l’ensemble du groupe pour une fois… Ou, tout du moins, se voulait-il le seul répondant à l’appel dans les locaux du studio d’enregistrement ! Cela devait maintenant faire une bonne demi-heure qu’il était arrivé sur les lieux et s’étonnait que Brandon ou Parker n’ait encore pointé le bout de leur nez. Certes, au niveau de Faith, il ne s’inquiétait pas trop ! Non pas que leurs rapports moyennement tendus le poussait vers ce désintérêt. Mais la petite starlette du groupe n’arriverait très certainement que dans une bonne heure, pour changer de ses habitudes. Alors, il lui était inutile de transir pour ‘si peu’ !
Dans cette parcelle de solitude, il joignait cette interrogation à la légèreté et l’apaisement qui eut raison de son être depuis sa visite chez Duncan. Même en étant tout seul, Luke avait le sourire, Luke avait l’énergie. Sa bonne humeur dansait sur les notes sombres et abyssales qu’il produisait inlassablement sur son instrument. Il se sentait poussé des ailes, il se sentait libre… Il partageait presque le souvenir de ce jour bénit où les Black Stones lui donnèrent sa chance et acceptèrent de faire un bon morceau de route en sa compagnie ! Certes, pour une personne non-initié à ce genre d’univers, il pourrait paraître ridicule d’avoir autant de jouissance dans le simple grattage de cordes métalliques et la collaboration avec trois individus que vous ne connaissiez que moyennement au final. Mais, ça, Luke Justin Smith s’en foutait royalement ! Il ne demandait pas qu’on le comprenne ou qu’on essaie de se mettre à sa place ! Il voulait être enfin bien, épanoui, stable, heureux. Et, pour se faire, il avait trouvé la voie, le bon chemin à emprunter !
Perdu dans cette communion avec lui-même, le bassiste ne prêta aucunement attention au bruit sourd de la porte du local qui venait de s’ouvrir derrière lui. La tête allant d’avant en arrière, imaginant ses accords se marier avec quelques riffs de Brandon, la rythmique saccadée et mélodique de Parker tout en s’engouffrant sur la voix cassée de Faith, notre ami fut pris d’un sursaut lorsque ses yeux retrouvèrent la réalité et qu’il aperçut Nancy l’observant avec une pointe d’interrogation et d’amusement.

    Nancy – Je vois que le jeune prodige est en forme aujourd’hui !
    Luke – Comme je te l’ai déjà dit, ce n’est pas une question de forme mais de talent, sourit-il avec tout autant d’amusement. Comment vas-tu ?
    Nancy – D’accord, je tâcherai de ne plus l’oublier, étouffa-t-elle dans un rire sincère. Eh bien, ça va, comme d’habitude. Et toi ? Mis à part la démangeaison magistrale de ta basse ?
    Luke – Tu connais déjà la réponse !

Faisant une halte dans son improvisation, Luke vint déposer sa basse contre le mur avant de venir se poser sur son ampli. Nancy continuait alors de l’observer tout en venant croiser les bras, sure et certaine que le nouveau de la bande avait encore oublié de faire attention aux alertes de dernière minute !

    Nancy – Si tu es là, j’en déduis que tu n’as pas regardé ton portable ?
    Luke – Mon portable ? Il hocha négativement de la tête. Je l’ai oublié chez moi ce matin. Pourquoi ?
    Nancy – Eh bien j’ai dut contacter le label. Vu ce qu’il se passe actuellement avec Leslie, Parker préfère reculer les prochains concerts de deux à trois semaines…
    Luke – Ah ? Haussa-t-il un sourcil avec inquiétude. Et, ça va, il tient le coup ?
    Nancy – Tu connais Parker ? Il voulait me faire croire que ça allait mais je suis sûr que c’est loin d’être le cas. Pour qu’il demande à ce qu’on repousse des dates…
    Luke – Ouais… J’imagine…

Un petit silence de circonstances s’installa alors sagement entre eux. Même s’il avait eu droit aux foudres et à la mauvaise humeur du batteur quelques jours auparavant, Luke ne savait quoi dire ou quoi faire face à la situation. De plus, son inquiétude première se glissa d’avantage, et bien plus rapidement, sur le visage de Nancy…
Nancy, perle de sourire, joyau de bonne humeur et symbole même d’innocence et de joie de vivre. Elle ne disait rien, restait sage, sérieuse et maladroitement impassible quant à la situation. Le bassiste cernait parfaitement l’étendue du malaise qu’elle ressentait pour leur leader, pour leur batteur. Si la proximité qu’elle partageait avec ce dernier n’était pas toujours dés plus criante, c’était dans des situations pareilles qu’un œil aussi avisé que celui de Luke pouvait comprendre à quel point elle tenait à lui…

    Luke – Hey ! Il se releva et vint enlacer Nancy par-delà ses épaules. Je veux voir ton beau sourire avant de partir !

Et, sans rien ajouter d’autre, il vint coller un gros bisou sur la joue de sa manager comme si de rien n’était. Cette dernière ne put se retenir de laisser échapper un rire tout en le repoussant gentiment. Partageant ce geste innocent en tant que tel, elle n’hésita pas à venir frotter sa joue comme s’il lui avait offert la plus baveuse des embrassades, laissant ainsi ce geste alimenter leur amusement.

    Nancy – Mon beau sourire… File sale gosse !
    Luke – Monsieur ‘sale gosse’, je te prie !

Quelques dernières provocations amicales… quelques derniers sourires… et le musicien pouvait partir satisfait d’avoir fait rire leur petite mascotte.
Lèvres étendues dans un sourire réconfortant et chaleureux, ces dernières s’articulèrent pour venir accueillir une cigarette qui se coinça entre elles à sa sortie du studio. La pluie commençait à tomber, Luke s’en moquait. Il alluma son bout de nicotine et ne se retint aucunement de franchir ce mur d’eau qui grandissait et se renforçait de plus en plus. Certes n’était-il pas un grand amoureux de la pluie mais, en ce jour, en ce soir, il s’en moquait ! Bien que cela ne l’empêche pas non plus de se dépêcher quelque peu, soit dit en passant.
Ses pas s’enchainèrent, son rythme s’accéléra. Il assistait impuissant à ce théâtre naturel qui finit par lui offrir une véritable mousson sur le coin de la figure, s’entrechoquant quelque peu avec son élan et son entrain du jour.

    Clarence – Je peux vous déposer quelque part beau brun ?

Perdu dans ce combat contre le ciel, le musicien fut ainsi interpellé par la portière d’une grosse Bentley s’arrêtant à sa hauteur et laissant apparaître la délicieuse plastique de mademoiselle Duval parfaitement mise en évidence dans une tenue du plus grand raffinement et merveilleusement onctueuse au regard.
Abandonnant toute trace de son sourire, Luke lui offrit son regard en silence pendant plusieurs secondes. Il ne s’y était pas attendu, en aucune façon. Intérieurement, il avait souhaité, espéré de toutes ses forces que sa rencontre de la veille ne soit que celle d’une soirée, d’une seule et unique heure qu’il ne devrait plus jamais revivre. Un cauchemar maintenant terminé que son esprit ne lui infligerait tout simplement plus ! Mais, visiblement, les inaltérables caprices du Destin en avaient décidé autrement, une fois de plus…

    Luke – Merci… Mais j’adore le pluie, tu devrais le savoir, non ?
    Clarence – La question n’est pas de savoir si je me rappelle de la Rolls dans les bois en plein automne, mais simplement de t’éviter de tomber malade !
    Luke – Je n’ai pas besoin de ton inquiétude, c’est bon.

Il planta à nouveau son regard dans le sien avant de détourner les yeux. Sans se faire prier, ses pieds se remirent en route, au même titre que son ascension à travers les rues de Londres. Tout du moins, c’était sans compter l’avancée du véhicule au même rythme que sa marche.

    Clarence – Luke, ne fait pas l’enfant s’il te plait !
    Luke – Etrange, c’était le rôle que tu préférais…
    Clarence – Je suis sérieuse Luke ! Je dois te parler.
    Luke – Une autre fois alors…
    Clarence – Luke !!!

Sa dernière appellation se fit d’une voix un peu plus autoritaire, sévère. Le bassiste s’en figea, comme s’il avait été conditionné à ne plus bouger lorsque Clarence s’exprimait de la sorte. Conditionnement par habitude, conditionnement par jeu de luxure, conditionnement par masochisme… Oui, il ne put s’empêcher de s’arrêter et d’accepter, sans réellement se contrôler, de poser de nouveau son attention sur elle.

    Clarence – Que tu ne veuilles plus me voir, je l’ai compris… Néanmoins, accorde-moi au moins une dernière conversation sur le temps que je te raccompagne, d’accord ?
    Luke – Ben tiens, sans vouloir me sortir que je te dois bien ça après tout ce que tu as fait pour moi ?
    Clarence – Exactement !

Soupirant, Luke savait déjà qu’il ne pourrait gagner à ce petit jeu avec elle et, surtout, essayait de se dire que cela lui permettrait de ne pas arriver chez lui encore plus trempé qu’il ne l’était. Après tout, si elle offrait un de ses services, pourquoi ne pas en profiter ? Au pire, cela ne durerait que le temps de la conversation. Il l’écouterait seulement d’une oreille très peu attentive, elle serait contente et il pourrait lui dire définitivement au revoir !

    Luke – Bien, je t’écoute…
    Clarence – Chauffeur, fit-elle en appuyant sur un interphone du plafond, déposez-nous à mon hôtel je vous prie !
    Luke – Euh, je crois qu’on s’est mal compris là…
    Clarence – Non mon petit Luke, c’est toi qui n’a pas conscience de la situation dans laquelle tu t’es fourré…

Suffisante, dominatrice, machiavélique, lady Duval vint saisir une bouteille de champagne prévue dans l’arrière du véhicule, ainsi que deux coupes fraichement tenue. Avec dextérité, elle remplit une à une chacune desdites coupes tout en étirant de plus en plus un sourire narquois et triomphant.

    Clarence – Vois-tu beau brun, je sais parfaitement ce que je risque en m’octroyant tes services. Tu te dis déjà dans ta petite tête que, si tu veux, tu n’as qu’à me faire chanter sur le fait que j’ai profité d’un mineur ? Marqua-t-elle un temps de pause en voyant le visage de Luke blêmir au fur et à mesure. Néanmoins, tu as commis une erreur de taille dont je compte bien tirer profit ! Malheureusement pour toi, tu t’es pris un malin plaisir à mentir sur ton âge il me semble et, sache que dans ce pays, c’est un mensonge qui peut coûter très cher !
    Luke – Comment tu…
    Clarence – Chuuuut ! Ne dis rien ! Se penche-t-elle vers lui en clipsant ses lèvres du bout des doigts. Chauffeur, arrêtez-vous ici !

Alors qu’il resta sans parler, la voiture s’immobilisa. Sans attendre, Clarence quitta le visage de Luke pour venir ouvrir la portière du véhicule et lui laisser un choix dont il serait seul maître.

    Clarence – C’est simple ! Ou je continue de payer mon petit protégé pour profiter de ses services et assouvir tous mes désirs… Ou tu sors de ce véhicule et je divulgue toute notre histoire à la presse demain, en n’oubliant pas de souligner ta minorité, détruisant tes petits rêves de musicien et de rock-star dans la foulée !
    Luke – Espèce de… ! Siffla-t-il rageusement entre ses dents.
    Clarence – Du calme mon beau ! Les petits mots doux ce sera pour plus tard…

Luke n’attendit pas une seule seconde pour sortir de la Bentley en claquant violemment la portière, ne se privant même pas pour donner un coup de pied dedans. Il se maudissait, il se maudissait d’avoir un jour vu cette petite annonce et, surtout, d’y avoir répondu ! Il se maudissait ce passé de luxure qui venait le hanter de la plus atroce des façons possibles et imaginables ! Il maudissait cette Clarence Duval qu’il aurait volontiers pris plaisir regardé rôtir en Enfer !
Comment pouvait-on être aussi odieux et inhumain ? Comment pouvait-on agir de la sorte, sans une quelconque trace de remords ou de conscience ? Faire un choix… Luke se sentait comme un animal avançant droit vers l’abattoir, sans aucune autre alternative que de se faire déchiqueter en petits morceaux avant de voir ses restes être jetés aux détritus. Un couteau sous la gorge, dont la lame froide, mortelle et glaciale l’entaillait petit à petit dans une agonie sans fin. Avancer dans un Enfer pavé de bonnes intentions ou bien se damner en offrant la fin d’un rêve pour des personnes adorables et innocentes…
Oui, Luke ne pensait pas plus à lui qu’il ne pensait aux Black Stones… La vérité sur son mensonge le discréditerait aux yeux du monde, aux yeux de Londres, aux yeux de la Justice ! Sa place de bassiste passerait à la trappe ! Tout le travail accompli par le groupe jusqu’ici n’aurait été que poudre aux yeux. Il ne pourrait égaler ou surpasser Owen, il ne pourrait plus rire avec Brandon, s’énerver contre Faith ou subir les curiosités malsaines de Parker. Il ne profiterait plus de ce paradis, de cette libération qui s’est ainsi présentée à lui, par la simple action de la divine providence. Le groupe serait à terre, mis à genoux pendant qu’il croupirait dans une cellule ou se verrait l’obligation de partir on ne sait où pour se cacher et se créer un nouveau masque une fois de plus ! Son choix ? Il ne l’avait pas entre ses mains…

    Luke – Admire… Savoure… Jouis… Sale P…
    Clarence – A moi aussi tu m’as manque beau brun !

Comme une évidence, ses pas l’avaient finalement reconduit à l’intérieur du véhicule. Luke avait choisi, le masque était tombé. Une part de lui-même se sacrifiait, une part de lui-même mourrait en silence pour payer les secrets d’une époque que personne ne pourrait comprendre ou tolérer. Il se laissait retomber dans la manipulation, dans le vice… Qu’importe ! Le groupe serait là, il retrouverait la scène et son maquillage… Luke pourrait encore avoir son véritable visage quelque part…

Citation:
Journaliste - En parlant de cette fameuse barrière d’intimité, quel genre de pratiques exerciez-vous ? Et étiez-vous la seule à profiter des services de Luke ?
Clarence - Pour parler de manière très directe, je n’ai jamais été adepte de l’unique position du missionnaire si vous voyez ce que je veux dire. Avec Luke, j’ai entrepris de pratiquer diverses choses tel que le fétichisme, le bondage ou encore le sadomasochisme. D’ailleurs, à l’époque, Luke était très branché sur les rôles de soumis et les tenues en cuir et latex. Et bien que préférant avoir ce rôle de dominé, je peux vous assurer qu’il se débrouillait très bien en tant que ‘maître’ de la situation aussi. Maintenant, nous avons eu quelques soirées d’échanges avec certaines amies. Je ‘prêtais’ Luke afin de dépanner l’une ou l’autre connaissance ou alors nous nous adonnions à des parties à plusieurs. Donc, d’une certaine façon, Luke était libre tout en étant ma petite propriété personnelle.



- A suivre -


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XI. Chapitre 10

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