Tell Us Relationship: Age du personnage: Proposition de sujet :
Sujet: IX - Chapitre 8 Jeu 9 Juin - 17:50
CHAPITRE 8 Au détour d'un café...
Le regard se plonge, le regard se noie. Cette marre de café laisse son arôme humer l’air par une simple couche de fumée légère et disparate. Tout y est sombre, tout y est noir. On s’y raccroche comme un nouveau paysage, comme un abysse sans fond dans lequel nous glissons sans la moindre retenue. Tout est fixe et pourtant tout bascule. Le calme et la sérénité s’entrechoque à la douleur et à la colère d’une déception. La certitude s’entrelace à l’inconnu, ce que l’on sait n’existe plus, ce que nous ne savons pas nous apparait comme plus clair et limpide soudainement. Notre corps reste debout, ou assis, mais trébuche en même temps sans que nous le ressentions. Oui, tout y est sombre, tout y est noir… Ce n’est pas un bon matin…
Attablé au comptoir de ce bar, Parker demeurait immobile depuis une bonne demi-heure. Il n’accordait aucune importance quant au fait que sa boisson puisse ou non se refroidir. Calme et silencieux, son esprit ruminait inlassablement les évènements de la veille dans une lente agonie insupportable. Il aurait tellement voulu avoir le pouvoir de remonter le temps afin de ne jamais connaître cette journée… Mais cela lui était bien malheureusement impossible. Pourquoi d’ailleurs ? Oui, pourquoi ne pouvions-nous pas revenir en arrière afin de prendre connaissance de nos nouveaux savoir et, dès lors, d’agir en conséquence pour éviter de ce fait certaines expériences regrettables ou douloureuses ? Certainement par le fait que cela nous pousserait dans un paradoxe selon lequel aucun enseignement ne peut être tiré d’une épreuve qui n’a jamais eu lieu. Néanmoins, en cet instant précis, il n’est aucunement lieu de réaliser une quelconque analyse du temps et de sa modification éventuelle. Le temps s’est arrêté mais les minutes ne cessent de s’engranger. La main molle et hésitante du batteur saisit cette tasse qu’il porte avec peu de certitude à ses lèvres. Il boit à peine ce café, venant aussitôt en recommander un, celui-ci se voulant trop froid et imbuvable. Oui, les minutes s’étaient écoulées sans qu’il n’en n’ait conscience. Parker est présent mais son esprit s’avère absent à l’appel. Il est dans ce café tout en étant ailleurs. Il est là, en cette matinée, mais voyage à travers les limbes des souvenirs proches de ces dernières vingt-quatre heures. Notre quotidien et tout ce que nous y bâtissons ne tient vraiment qu’à un fil. Une simple tempête peut vraiment tout balayer d’un simple revers.
Les lieux se transforment, tout se brouille, tout se floue sous ses yeux. Le tenancier du commerce voit son physique se transformer. Le quadragénaire retrouve une forme plus fine et athlétique. Son visage n’arbore plus le poids de ces longues années mais, au contraire, la fraicheur d’une vingtaine bien tapée, en plein dans la force de l’âge. Son présentoir n’est plus celui en vieux bois offert continuellement à tous ses clients. La zone se peint d’un gris métallique autour duquel se presse une centaine de personnes assoiffées. Le désert de ces lieux devient un théâtre d’une foule excitée et chaleureuse qui vibre sur le son d’une musique résonnant de façon tonitruante. Le ‘boum boum’ des baffles déchaine les passions et les foules, tout le monde crie, tout le monde danse, tout le monde s’égosille à pleins poumons et se brûlent l’œsophage de l’alcool coulant par litres. Plus de café, plus de simple brasserie accueillant vos matinées, juste la piste et les jeux de lumières qu’offrent continuellement le Sound Bar à l’ensemble de ces visiteurs. Parker était arrivé au bar, se dépêtrant comme il le pouvait pour pouvoir passer une commande. Une dizaine de minutes et un double martini plus tard, le musicien trouva refuge dans l’un des recoins de la piste, allumant une cigarette et dégustant simplement son verre. A y réfléchir convenablement, il ne savait pas trop ce qu’il venait faire ici. Disons alors que c’était un besoin de changer d’endroit, de changer d’idées, de changer de visions. Il faut dire que si son esprit n’était pas à la fête, le reste des personnes en présence ne se lamentaient aucunement sur leur sort, profitant simplement de la liberté qu’ils pouvaient s’offrir durant quelques paires d’heures.
Ursula - Monsieur Johnson… Je ne m’attendais pas à vous revoir ici !
Interpellé durant une énième bouffée de sa cigarette, Parker fut surpris de croiser le chemin de cette héritière. Tout du moins, il fut surpris sans trop l’être, se souvenant du lieu-même de leur première rencontre et des conditions dans lesquelles il l’eut trouvé. Disons qu’il fut plutôt surpris de la croiser avec une apparence aussi sage et, non pas avec un verre d’alcool, mais bien une limonade au creux de ses mains.
Parker – Mademoiselle Fanning ! La surprise est réciproque dans ce cas ! rétorqua-t-il d’un sourire quelque peu forcé. Ursula – Comme on le dit toujours, on ne peut pas tout prévoir ! Comment allez-vous dites-moi ?
Souriante, la jeune femme était foncièrement heureuse de croiser aussi simplement la route de son sauveur d’une nuit. A vrai dire, elle avait pleinement la possibilité de le revoir quand elle le voulait, ayant reçue les coordonnées de notre ami. Néanmoins, elle s’était toujours sentie gênée au moment même de venir le contacter, de lui téléphoner. Elle ne se voyait aucunement venir déranger le quotidien de l’avocat pour de simples petits soucis sans importance. Ainsi donc avait-elle occulté la possibilité de le voir de son propre chef pour savourer simplement cette rencontre du hasard. Toutefois, à sa question, Parker ne savait trop que répondre. Devait-il réellement montré son état d’esprit actuel ou bien mentir pour préserver les apparences et ne pas plonger sa vis-à-vis dans une montagne d’inquiétudes qui ne la concernait en rien ? Cela va sans dire qu’il préféra entretenir un sourire léger et passe partout tout en optant pour la seconde solution. Parker s’inquiète des autres mais ne se confiait jamais. Pourquoi commencer maintenant ?
Parker – Bien, très bien même. Et vous-mêmes ? Vous vous êtes remise de la dernière fois ? demanda-t-il volontairement afin de réorienter la conversation sur elle et non sur lui-même. Ursula – Bien mieux que la dernière fois, je vous rassure ! D’ailleurs, je tenais encore à vous remercier pour ce que vous avez fait, vraiment ! Parker – Vous n’avez pas à le faire, ce n’était rien. Ursula – Pour moi ce n’était pas rien…
Avoua-t-elle en baissant quelque peu la tête afin de dissimuler une certaine petite gêne. En même temps, où aurait-elle terminé sans sa venue, hum ? L’importance qu’elle lui accordait alors était des plus légitimes. Ils se perdirent quelques instants mutuellement dans des nouvelles relatives à leurs boulots et autres obligations respectives. Puis, selon un schéma inévitable, ils se retrouvèrent côte à côte, lui en train de boire son martini et de chercher après une nouvelle cigarette, elle fixant la piste de danse avec intérêt tout en se mordillant quelque peu la lèvre. N’y tenant plus, elle délaissa la nervosité pour se jeter à l’eau.
Ursula – A défaut de pouvoir vous remercier, vous me permettez au moins de vous inviter à danser ? Parker – Hum ? Un peu surpris par cette demande, il offrit un regard dubitatif à son interlocutrice avant d’hausser les épaules. Eh bien, pourquoi pas…
Sous un énième sourire à peine perceptible, le batteur n’eut pas le temps de dire ouf que la main de l’héritière vint aussitôt chercher la sienne, l’entraînant sur la piste de danse. La musique ne cessant de s’exprimer dans la fureur de rythmes endiablés, Ursula laissait son corps et ses déhanchements être portés par les harmonies offertes alors que Parker calait chacun de ses coups sur le rythme des basses et de la batterie, ne se mouvant que sous les influences du strict tempo offert. Ensemble, ils se noyaient dans le cœur d’une foule omniprésente et, à certains moments, ‘omni pressante’ si l’on peut dire ! Restant toutefois proches de leurs corps respectifs, Parker devait reconnaître que ses quelques pas effectués en la compagnie de sa vis-à-vis avaient au moins le mérite de lui changer les idées. Seul le son de cette ambiance et la proximité présente entre eux agrippaient encore la conscience relâchée de notre musicien. Séduisante sans s’avérer provocante, Ursula répondit simplement à la nécessité de nouveaux déhanchements au fur et à mesure que le temps s’écoulait. Présence de sous-entendus ou de demandes inconscientes ? Recherche volontaire d’une réaction particulière de la part de son sauveur ? Ce dernier ne fit que glisser sa main sur sa hanche et répondre à se déhancher aussi possible que cela lui était. Après tout, Parker savait bouger mais n’était pas non plus le grand danseur des samedis soir. Qu’importe ! Cela n’avait que peu d’intérêt dans les circonstances actuelles. Honnêtement, il prenait du plaisir à danser et, de son côté, Ursula était ravie de pouvoir l’avoir comme partenaire, la mettant à l’abri d’un quelconque malade ayant encore l’envie de lui sauter dessus.
Parker – Désolé Ursula…
Alors que l’innocence de leur jeu devenait peu à peu plus coupable, le leader des Black Stones se retrouva contre le dos de l’héritière en train de laisser place à une forme de désir et d’appel d’envie se manifestant peu à peu. Comportement normal et naturel pour deux adultes qui se plaisaient à danser et se trouvaient un charme respectif. Néanmoins, cette intensité presque dérangeante finit par éclater au visage de notre ami qui refit face à sa partenaire en interrompant leurs déhanchements proprement dits.
Parker – Mais je ne peux pas…
Si s’offusquer des interprétations de Parker quant aux évènements se mettant en place aurait pu être légitime pour elle, Ursula afficha plutôt un regard quelque peu désolé et un hochement de tête compréhensif.
Ursula – Vous n’avez pas à vous excusez voyons. C’est plutôt moi qui… Parker – Non, rassurez-vous. Je dois y aller…
* **
La seconde tasse de café de Parker venait d’arriver. Tout retrouva sa réalité actuelle. L’image du Sound Bar avait disparu au profit de celle de cette brasserie. Sans rechigner en aucune façon, le serveur reprit la tasse à peine touchée de notre ami pendant que ce dernier vint savourer une gorgée plus chaude de sa nouvelle boisson. A sa vision, il se voulu assez perplexe. Comment savoir s’il avait pris la meilleure décision possible quelques heures auparavant ? En choisissant la voie du jeu et de l’inconnu, il ne serait certainement pas seul dans ce bar en une heure aussi matinale. Il pourrait très bien y être quand même mais dans un autre état d’esprit. Se sentir plus coupable certainement ou, au contraire, plus libre et plus léger de cette montagne qu’il traînait sur ses épaules dans un fardeau infernal. Néanmoins, peut-être que le problème ne se trouvait pas dans la position qu’il eut envers cette soirée. Peut-être que pour ne pas devoir faire face à tel choix aurait-il dut laisser les choses se passer autrement un petit peu plus tôt. Sans cela, oui, il n’aurait pas été au Sound Bar, il n’aurait pas croisé Ursula et il ne se sentirait pas mal à l’aise pour le refus de la veille et la situation dans laquelle ils s’étaient retrouvés le temps de quelques minutes. Non, elle, elle n’y pouvait rien. Où avait-il fait erreur ? Hum… cherchons… Cherchons encore… Peut-être là, dans ce magasin de musique ?
Parker ne compte même plus le nombre de fois où il avait pu se rendre dans ce magasin depuis son arrivée à Londres. Il aimait y venir pour se tenir informé des dernières nouveautés en matière de batteries. Que cela soit dans les modèles, les marques, les sempiternelles cymbales plus différentes les unes que les autres ou les lots incessants de baguettes fabriqués à la chaîne et se vendant par millions. Oui, l’habitude voulait qu’il s’y rende et échange quelque peu avec le vendeur avant de s’offrir le luxe d’essayer un quelconque modèle de batterie, tant soit-il habitué ou confronté pour la première fois à un modèle en question. Mais cet après-midi-là, le musicien n’avait pas la tête à discuter. Croisant le magasin sur sa route, il y entra avec le besoin de tout simplement s’exprimer, exprimer son mal être, exprimer sa colère… Exprimer ce qu’il avait fait de son jeu un art à part entière. Le vendeur ne cherchant pas à s’enquérir d’avantage de l’état du batteur, il donna une paire de baguettes à ce dernier qui se rendit aussitôt sur l’un des modèles d’essais. Fermant les yeux, les pieds bien posés sur les pédales, ses bras se mirent à s’activer, doucement, légèrement… Avant d’entreprendre un rythme beaucoup plus puissant et violent. Telle une véritable transe, il se laissa emporter, n’allant pas mieux pour autant mais trouvant une trace de réconfort dans son moyen d’expression. Ainsi donc totalement absorbé par son jeu, il ne fit aucunement attention à cette présence venant se dessiner derrière lui, mains dans les poches et le sourire aux lèvres.
Luke – Et bien, au moins on peut être certains que tu seras d’attaque pour la prochaine répétition ! lança son cadet lorsque Parker donna son coup de cymbale finale. Parker – Comme si je n’avais pas pour habitude d’être en forme…
Le ton fut quelque peu condescendant sur le moment. A vrai dire, Parker ne prit pas vraiment attention à la manière dont il s’exprima envers le bassiste. Déjà que les rapports entre eux n’étaient pas spécialement au beau fixe, sans être mauvais pour autant. De ce fait, c’est tout naturellement que Luke prit cette réponse un peu dans les gencives, l’air de dire ‘dégage et fais-moi de l’air !’. Le pire dans tout cela, c’est que Johnson n’eut même pas envie de s’excuser face au ton soudainement employé.
Luke – Désolé, je ne voulais pas froisser ta susceptibilité. Parker – Toujours aussi aimable à ce que je vois ? Luke – Je pense qu’en l’occurrence, c’est l’hôpital qui se fou de la charité là, roula-t-il des yeux.
Poussant un soupir d’exaspération, Parker quitta son siège sans même accorder un regard au musicien. Il se rendit avec vigueur vers le comptoir pour rendre les baguettes et se précipiter aussitôt vers la sortie. Alerté par ce comportement on ne peut plus anormal chez le leader de son groupe, Luke fronça les sourcils avant de lui emboiter aussitôt le pas. C’était étrange de voir Parker aussi désagréable, c’était même étrange de voir Parker dans un mauvais jour si l’on peut dire. Et, sur l’instant, il ne put que dévoiler une part de curiosité et une certaine inquiétude envers cet état. Il faut dire que même si l’aîné avait l’art d’être un peu trop sur le dos de Luke et de son passé, il était quelqu’un de bienveillant avant tout. Donc, non, ce n’était vraiment pas normal.
Luke – Parker ! Attends !
Quelques mètres en avant, arrêté sur le trottoir, notre ami tentait vainement de s’allumer une cigarette, ne recevant que la générosité salutaire de Luke pour enfin assouvir son besoin.
Parker – Hum… Merci… Luke – Je ne sais pas ce que tu tiens mais, c’est vraiment pas la forme apparemment ! Parker – Il y a des jours avec… Luke – Et aussi des jours sans, ouais. Et t’as le droit d’en avoir, comme tout le monde.
Relevant son visage partiellement vers celui du bassiste, notre principal intéressé lui offrit un regard peu convaincu tout en haussant finalement les épaules. Sans se concerter, les deux hommes avancèrent alors d’un pas commun dans la même direction.
Parker – Comment vas-tu ? Luke – Je n’ai pas à me plaindre… Je suppose qu’il est inutile de te retourner la question ? Parker – Ca va. J’en ai juste ras-le-bol. Ce n’était pas une bonne matinée, ce n’est pas une bonne journée et puis voilà. Y a rien à en dire de plus ! Luke – T’en es sûr ?
Etonné lui-même par sa réaction, Luke n’en garde pas moins un regard curieux et intrigué face à Parker. Ce dernier continue sa marche, sourcils froncés, l’attention tournée vers les trottoirs sans avoir l’envie ni la force d’offrir un quelconque regard au bassiste. Ils restent tous deux silencieux pendant plusieurs mètres… Un froid est on ne peut plus présent mais, pour une fois, Luke a le soulagement de ne pas s’en sentir responsable d’une manière quelconque.
Luke – Tu devrais relâcher un peu la pression, tu crois pas ? Parker – De quoi tu me parles ? Luke – Et bien, indépendamment de ce qui peut te tracasser, tu devrais sortir un peu plus, t’amuser d’avantage. C’est vrai, on te voit toujours être super responsable et te montrer hyper sérieux mais, ça ne sert à rien. Parker – Je savais pas que tu avais tapé dans la psychologie en plus de ça… Luke – Parker, arrête ! Je suis sérieux. Parker – Peut-être mais ça n’a rien à voir avec ça donc, cherche pas !
Qu’il dise ce qu’il en veut, Luke n’en restait pas moins persuadé qu’il devrait sortir un peu pour se détendre d’avantage et retrouver son semblant de bonne humeur traditionnel. Avoir un Parker sur les nerfs, c’était la première fois qu’il en faisait l’expérience et autant dire que cela ne lui plaisait aucunement. En même temps, il n’obligerait pas le batteur en de quelconques façons. Il disait ce qu’il pensait et laissait son aîné faire comme il l’entendait par la suite. Après tout, son rôle n’était pas non plus de jouer la baby-sitter ou d’être l’antidépresseur du batteur. Surtout qu’au final, si c’est pour se faire parler comme un chien, autant arrêter les frais directement !
Luke – Bon, je te laisse ici ! A demain pour la répétition. Parker – Ouais, salut !
Alors qu’ils arrivèrent à un coin de rue, Parker prit congé de son ami sans même se retourner sur ce dernier. Luke soupira avant de reprendre son chemin et de croiser un marchand de journaux affichant la nouvelle une du Revival Mag… Ceci expliquait donc cela…
* **
La tasse vide vint se poser sur le comptoir de manière définitive cette fois-ci. Repenser à cette rencontre hasardeuse, Parker acceptait de reconnaître que ce sont les propos de Luke qui l’amenèrent inconsciemment à sortir ce soir-là. De par cet échange inattendu et quelque peu houleux, avouons-le. A y repenser, le batteur s’en voulait d’être apparu de manière aussi désagréable envers son compère. Ce dernier n’avait rien demandé, il était tout simplement venu amicalement à sa rencontre, profitant de l’innocence d’un instant de musique pour briser la glace. Sans doute aurait-il dut lui répondre autrement. Sans doute aurait-il pu montrer plus de sociabilité et d’amabilité pour son vis-à-vis. Dès lors ce seraient-ils perdus dans un instant musical au sein de ce magasin ou bien auraient-ils profité de ce moment pour aller partager un verre, comme ils le faisaient que bien trop rarement. A nouveau, tout n’est qu’une question de temps et de suppositions qui n’amenèrent aucunement un quelque rayonnement supplémentaire à la morosité de cette matinée. Courbé vers l’avant, hésitant à reprendre un café, le musicien ne pouvait que voir la vérité en face et réaliser que ses troubles et ses tourments n’étaient aucunement la cause d’une rencontre quelconque avec Luke ou Ursula. Certes, la tournure de ces dernières ne l’aidèrent en aucune façon à apaiser son esprit, se demandant comment il pourrait gérer l’entente avec Luke désormais et de quelle façon une future rencontre entre lui et Ursula pourrait tourner après le sympathique départ que le jeune homme offrit à l’héritière. Néanmoins, d’un autre côté, ce genre de problème était malheureusement bien plus futile que la source de tout cela…
Parker – Un café s’il vous plait !
C’est de la sorte dont avait commencé sa matinée de la veille. Son sourire et sa bonne humeur naturelle rayonnant tous deux sur son visage, il prit place avec vigueur sur le tabouret en face du comptoir, venant aussitôt poser quelques questions au serveur, s’informant de son état du jour, de sa santé, de sa petite vie de famille… Bref, des banalités d’usages on ne peut plus quotidiennes qui rendaient toutefois ce café toujours plus appréciable qu’un vulgaire moment de solitude durant lequel nous ne parlons à personne. Certes, cela avait un côté idiot mais Parker s’amusait de savoir que la dernière du commerçant venait de faire ses premiers pas ou encore de pouvoir féliciter le quadragénaire d’avoir enfin pu acheter la maison de ses rêves en compagnie de sa petite famille. Il aimait cela car, derrière la vie simpliste de cet homme, ce dernier connaissait un véritable bonheur, stable et rassurant. Un bonheur auquel Parker voulait aspirer de toutes ses forces mais auquel il ne croyait pas trop non plus par simple prudence de ne pas se brûler douloureusement les ailes. Il n’y a rien de pire qu’un rêve qui s’écroule après tout ! Une explication pour laquelle il menait sa vie de couple aussi simplement que possible, sans brûler de quelconques étapes ou sans se lancer dans des projets que lui et Leslie n’auraient peut-être pas réussi à assumer aussi bien qu’ils le pensaient. Chaque chose en son temps ! Et puis, après tout, il se voulait suffisamment heureux en ce moment pour changer tout cela. Laissant donc le plaisir de la conversation s’emparer de lui, Parker fut finalement interrompu, et accessoirement rappeler à la réalité, par un coup de téléphone d’un numéro inconnu. S’excusant auprès de son interlocuteur, il s’éloigna quelque peu du comptoir avant de décrocher.
Parker – Allô ? Réceptionniste – Oui, bonjour monsieur. Suis-je bien au numéro de Parker Johnson ? demanda une jeune voix féminine. Parker – C’est lui-même à l’appareil ! Que puis-je pour vous ? Réceptionniste – Ah, monsieur Johnson ! Je vous téléphone de la part du London Hospital. A vrai dire, vous étiez la seule personne que nous préfèrerions contacter. Parker – L’hôpital ? fit-il d’un air un peu plus inquiet. Mais que se passe-t-il ? Réceptionniste – Et bien, votre compagne, Leslie Scott, est arrivée aux urgences dans un état assez critique et… Parker – J’arrive tout de suite !
La réceptionniste n’eut pas le temps de rajouter quoique ce soit que la communication fut aussitôt coupée. Dans une vitesse affolante, Parker revint le temps de vider sa tasse de café d’une traite en déposant un billet sur le comptoir. Sous l’étonnement du serveur, le musicien ne fit qu’un simple aller-retour avant de monter directement dans sa voiture. En apprenant qu’il s’agissait de l’hôpital, il s’attendait à ce qu’on l’informe d’un état malencontreux dans lequel avait pu se retrouver sa sœur adoptive mais, jamais ô grand jamais, il n’avait pensé à ce que Leslie puisse se retrouver là-bas. Il est vrai qu’il avait prévu de lui téléphoner la veille mais, le concert s’étant terminé plus tard que prévu avec un after dés plus explosifs, il n’avait pas voulu réveiller sa moitié en pleine nuit. Cela n’était pas la première fois, ni la dernière fois que cela arrivait ! Et pourtant, il se sentit incroyablement coupable… Sans pour autant savoir la raison de sa présence auxdites urgences, il s’en voulait de ne pas avoir pris de ses nouvelles, de ne pas l’avoir éventuellement réveillée pour qu’elle vienne le rejoindre ou encore de ne pas être passé chez elle. Il y avait pensé sans le faire et, alors, s’en mordait sérieusement les doigts. Oui, il avait été nul, incroyablement nul ! Et il était évident qu’il ne s’en montrerait que d’avantage aux petits soins de sa princesse, de sa chanteuse, de SA Leslie… Le trajet lui parut on ne peut plus interminable. Une main posée sur le volant, l’autre coincée entre ses lèvres, se rongeant les ongles, Parker n’observait que moyennement les bases du code de la route. Il fallait qu’il soit à l’hôpital, là, maintenant ! Il aurait dut déjà s’y trouver au moment même où son téléphone résonna dans les tréfonds de sa poche. Même si certains ne comprenaient pas trop leur fonctionnement, leur couple était fort, solide et très unis. Même si cela peut paraître dangereux comme considération, Leslie représentait un véritable tout aux yeux de Parker. Un tout vital, un tout parfait qui lui permettait de tenir chaque jour et d’avancer. Un tout qui lui insufflait ce besoin et cette envie d’être encore meilleur qu’il ne pouvait l’être au quotidien. Un tout pour lequel il aurait donné sa vie dans la seconde, sans la moindre hésitation. Dans sa nervosité, il ne cessait de pester et de klaxonner les autres automobilistes à tout va. Plusieurs jurons s’échappèrent de ses lèvres au même titre qu’il ne cessait de se répéter à voix haute l’espérance qu’il ne lui soit rien arriver de grave. Non, si cela était le cas, il savait qu’il ne s’en relèverait pas… Ou bien, uniquement pour elle. Oui, finalement, il s’en relèverait… Il s’en relèverait pour être fort, pour être fort pour eux deux ! Après tout, il en aurait suffisamment de force et de courage. Pour Leslie, il aurait été cherché la Lune, rien ne l’arrêterait, non, absolument rien. C’est d’ailleurs avec cette conviction et ses espoirs que notre ami finit par arriver quelques dizaines de minutes plus tard sur le parking de l’hôpital. Verrouillant sa voiture, abandonnée en toute hâte, il se rendit quatre à quatre à la réception pour savoir où se trouvait sa chère et tendre. Une fois le numéro de la chambre obtenue, et après une présentation de routine, il alla jusqu’à ladite chambre où il découvrit le corps allongé, endormi de Leslie…
Parker – Pardonne moi… Je suis là maintenant… murmura-t-il en venant déposer une main sur la sienne et en embrassant le sommet de son front.
* **
Sa tête était lourde, ses yeux peinaient à s’ouvrir… Sentant son corps tellement lourd et tellement blessé, c’est avec une effroyable difficulté que Leslie regagna peu à peu le monde de la conscience et de la réalité. Alors que ses prunelles s’écartèrent lentement, avec prudence, sa vision relativement floue commença à tracer les traits bien net et bien fixes de toutes les choses présentes dans la pièce… Et, surtout, de la personne présente en face de son lit ! Son cœur cogna fortement dans sa poitrine en reconnaissant Parker, bras croisés, se tenant face à elle en venant fermer les yeux. Il avait l’air si imposant, si distant… Leslie ne savait que ressentir de le voir en cet instant précis. Elle ne pouvait cacher l’émotion qu’il puisse être à ses côtés, comme si cela effaçait son erreur passé et le geste malheureux qu’elle eu dernièrement. Elle ressentit le réconfort de ne rien devoir dire à son petit ami et de pouvoir se raccrocher à lui comme elle avait tellement pu le faire précédemment. Mais, paradoxalement, elle ressentit d’autant plus le poids de la culpabilité et le malaise de devoir lui faire face en étant dans un état de preuve criante de toutes ses faiblesses. Heureuse mais honteuse… Réconfortée mais paniquée… Stable et au bord de l’affolement…
Leslie – Tu… Tu es venu… ?
Demanda-t-elle d’une voix hésitante en se risquant à un petit sourire de bonheur. En apparence, elle se voulait tellement innocente… Mais ses mots rebondirent sur Parker comme sur une carapace sévère et impénétrable. Gardant les bras croisés, c’est un regard inquisiteur et emplit de colère qui s’ouvrit sur le corps de la chanteuse.
Parker – Oui, je suis venu. Figure- toi que l’hôpital m’a téléphoné ce matin et que je suis arrivé directement en sachant que tu avais terminée aux urgences hier soir. Leslie – Je te remercie…
Elle préférait faire semblant de rien, de feindre qu’il n’avait pas un air aussi inquiet que mauvais en cet instant. En réalité, son geste responsable de sa présence fut tel qu’elle ne voulait pas affronter une autre épreuve douloureuse directement. Elle ne sait pas si elle était capable de l’encaisser. Alors, autant faire semblant de rien et, qui sait, avec un peu de chance, elle pourrait passer au-delà de l’étape des explications… Enfin, pour le moment !
Parker – Je te l’ai toujours dis, tu n’as pas à me remercier… Et encore moins en ce moment en l’occurrence. Leslie – Bon, résignée de par sa réaction, qu’est-ce qu’il y a… ? Parker – Car tu as le culot de me le demander en plus ?
Baissant à son tour la tête, le musicien décroisa ses bras et s’avança jusqu’à la fenêtre de la chambre de Leslie, portant son regard sur l’extérieur tout en relâchant un soupir trahissant ouvertement sa contrariété et sa nervosité.
Leslie – Désolée… Je ne voulais pas… murmura-t-elle après un lourd silence plus que désagréable. Parker – Tu ne voulais pas quoi ? Coucher avec Matthew ou risquer ta vie en te mettant en danger sans m’en parler ?
Les deux gestes mentionnés firent l’effet de la plus intolérable des trahisons pour notre ami. Ce dernier ne pouvait accepter que celle dont il était si fière, que celle qu’il aimait tant puisse simplement glissé avec l’un de ses amis autour d’une soirée un peu trop arrosée ou dans de toutes autres circonstances. Il ne l’avait jamais étouffé avec de la jalousie quelconque… il veillait toujours à ce qu’elle soit bien, heureuse et, ce, même s’il ne pouvait être présent durant des tournées par exemple. Il veillait sur elle et l’aimait, croyant que cela était ce qu’elle désirait le plus et ce qui lui convenait à la perfection. Alors apprendre un beau matin que cette moitié pour qui vous accorder tellement de présence et d’importance ‘glisse’ pour ainsi dire le plus naturellement du monde, cela lui était tout bonnement inacceptable. Ça lui faisait mal, son cœur saignait d’apprendre qu’elle s’était mise dans un tel danger, au point d’en risquer sa vie et de tout lui cacher. Ils avaient toujours accepté de tout se dire, de ne pas avoir de secrets entre eux. Certes, sa trahison avec Matthew aurait été pratiquement impardonnable mais cela aurait pu toujours changé avec le temps. Même si une personne fait un faux pas, si on l’aime réellement, on prend conscience du manque, du travail et des sacrifices supplémentaires qu’il faut accomplir pour que le couple puisse se relever et redevenir comme avant. Toutefois, à partir du moment où la trahison se limitait à cacher une autre vérité encore plus alarmante et à mettre sa propre vie en péril, alors là, non. Il ne pouvait le cautionner. Si Leslie pensait agir de la sorte pour ne pas faire souffrir son autre… Elle venait en fait de tout gâcher !
Leslie – Je ne savais pas quoi faire… Je ne voulais pas te perdre…
Son visage se décomposant, les larmes commençant à poindre au bord de ses yeux, Leslie s’exprima avec une grosse boule dans la gorge. Une boule qui la brulait, qui l’étouffait… Elle se sentait mal, si mal… La souffrance physique de cette matinée et de la veille n’était rien comparée à la violence des émotions la tétanisant sur place.
Parker – Car tu pensais que ça ne se saurait jamais ?! Je l’ai appris de la bouche d’un médecin et, deux minutes après, par la une d’un magazine people ! Tu croyais que cette mascarade allait durer combien de temps ? C’était quoi ton projet ? T’avorter toi-même pour que je ne sois au courant de rien ? Ou bien te foutre en l’air parce que tu n’es pas capable d’assumer ? Leslie – Parker, arrête… Je t’en prie… Je t’aime !
Aux dernières paroles de la chanteuse, le poing du batteur vint frapper violemment la vitre à laquelle il faisait face. Brusquement, il se retourna et s’avança jusqu’au bord du lit.
Parker – Dorénavant je te défends de me dire que tu m’aimes c’est bien clair ?! Leslie – Non, Parker… Parker – Il n’y a pas de non qui tienne ! Je te ramènerai tes affaires lorsque tu iras mieux ! déclara-t-il sèchement en se dirigeant vers la porte. Leslie – Par… Parker – Adieu Leslie !
* **
Ainsi remonter le temps d’une journée n’aurait tout de même rien changé pour Parker Johnson. S’il avait eu le pouvoir de remonter le temps, il aurait dut se rendre plusieurs mois, voire peut-être plusieurs années en arrière pour que cette journée n’arrive jamais, pour que Leslie et lui puissent encore vibrer de leur relation, de leurs sentiments… Ou bien qu’ils n’aient jamais eu à se mettre ensemble et à ne pas connaître cette épreuve actuelle. Mais, quelle que soit la solution qui aurait été la plus efficace, cela ne changeait absolument rien à la douleur et à la perdition de notre ami.
Finalement, il opta pour un nouveau café… De nouveau, son regard se plonge, son regard se noie… Tout y est sombre, tout y est noir… Ce n’est pas un bon matin…
- A suivre... -
IX - Chapitre 8
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