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Revival Rock

When passion rules the game. I ain´t got no control, when my heart´s in flames.

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VI. Chapitre 5

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Crédits: Sab
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MessageSujet: VI. Chapitre 5 Jeu 9 Juin - 1:36






CHAPITRE 5
Le temps d'un fantasme...





    Ursula – Je te revaudrai ça.
    Duncan – Tu ne me dois rien, tant que tu payes tes livraisons, c’est le principal.
    Ursula – Merci en tout cas.
    Duncan – Pas de quoi, à la prochaine !


Une minute… Tel était le temps nécessaire pour Duncan Livingstone lorsqu’il s’agissait de vendre quelques produits à sa clientèle. Tel était le temps que dura sa rencontre hebdomadaire avec mademoiselle Fanning. Une minute au bout de laquelle le jeune homme fut délesté d’un peu de marchandise et son portefeuille gratifié de quelques billets.
Laissant à peine le temps à la porte de se refermer, Duncan descendait déjà les escaliers pour regagner ces rues à travers lesquelles il s’apprêtait à faire son travail une fois de plus. L’après-midi venait à peine d’être entamée, un délai nécessaire pour que notre dealer ait eu le temps de rassasier trois quatre de ses clients les plus réguliers, et ce n’était que le début ! En tant qu’homme d’affaires digne de ce nom, le musicien prenait soin et respectait les exigences de sa clientèle. Il y avait les hebdomadaires, comme Ursula, qui préférait rester dans la sécurité et l’anonymat de leur domicile. A l’instar, il y avait les quotidiens, ceux qui venaient à Duncan, le retrouvant dans un quelconque sanctuaire improvisé pour se procurer ce produit dont il ne pouvait se passer. Des accrocs, des ‘addicts’, courant à travers toutes les ruelles de Londres jusqu’à trouver leur messie, leur sauveur. Il aurait été certes plus simple de s’occuper des transactions dans un endroit constant mais Duncan se voulait du genre prudent et veillait à ce que son petit commerce ne subisse aucune visite impromptue de la part des forces de police.
Cigarette à la bouche, le sac en bandoulière traversant son torse, le regard de notre ami se posa tour à tour sur l’ensemble des citoyens parcourant les trottoirs de la capitale. S’il n’avait l’apparence caractéristique des dealers de drogue, jouissant dés lors d’une certaine discrétion, Duncan avait toutefois un regard dés plus observateur et des plus judicieux. Pour trouver des acheteurs avec efficacité, il avait étudié sur le tas les manies des personnes qu’il pouvait croiser afin de déterminer qui serait un acheteur potentiel ou non. Ajoutez à cela la connaissance de tous les points chauds de la capitale et le tour était joué.
Pour l’heure, il se rendit à l’un de ses dits points chauds tout en s’amusant à regarder la populace autour de lui. Il y avait ce trentenaire, d’apparence nerveuse, regardant constamment sa montre avec l’inquiétude sur son visage. Traduction ? Un rendez-vous important pour un homme consommant un peu trop de caféine. A quelques mètres de lui, assis sur le rebord d’un banc, deux jeunes d’une quinzaine d’années qui écoutaient de la musique tout en buvant ce que l’on connaissait sous l’appellation d’alcool-pop. Autrement dit, deux adolescents mal dans leur peau qui tentaient de se faire remarquer et chopper une ou deux filles au passage avec leur attitude ‘cool’, de quoi étirer un petit sourire sur les lèvres de notre dealer. Un sourire qui s’élargit un trottoir plus loin en voyant un homme mal habillé et adossé à un mur les mains dans les poches. Ce genre de mec qui vous semblait être un sans abris ou un malheureux parmi tant d’autres alors qu’il n’en n’était en réalité qu’un simple flic en couverture pour essayer de se faire la main sur quelques revendeurs. Oui, Duncan avait l’œil et il s’amusa de penser que cet individu aurait pu le piéger. L’espoir fait vivre comme on dit !

Une fois arrivé dans l’endroit de son choix, à quelques rues d’Hyde Park, Duncan alla se poser contre le mur d’une ruelle et se ralluma une nouvelle cigarette. Jetant un coup d’œil sur sa montre, il se sentit soulager de remarquer qu’il était dans les temps pour gagner sa journée en conséquence. Il ne dut pas attendre bien longtemps pour que les premiers visiteurs ne viennent le rejoindre avec toujours le même refrain : l’individu s’installe à côté de Duncan contre le mur, lui demande l’heure. Notre ami lui répond qu’il a certainement envie d’autre chose que de connaître l’heure en question. Dés lors, le client lui demande combien, le vendeur fixe son tarif et les billets ainsi que la poudre s’échangent en une simple poignée de main.
Dealer n’était pas une grande difficulté en soit, avouons que c’était même un travail facile. Dangereux, certes, mais facile contrairement à ce que l’on pensait. Ce n’était pas comme si vous étiez représentant de commerce en téléphonie ou en ustensiles de cuisine, non. Ici, vous auriez pu vous montrer on ne peut plus désagréable avec les acheteurs, ces derniers ne s’intéressaient qu’à votre tarif et la qualité de votre marchandise. Il suffisait de dire un prix pour une telle quantité et le tour était joué. Autrement dit, du travail de maternelle en quelque sorte. Nul besoin d’être Einstein, simplement d’être efficace.
A ceci près qu’il arrivait que certains clients osaient discuter avec vous et tentèrent de vous remettre en question sur le pourquoi de vos choix et de votre vente. D’ailleurs, Duncan en croisait en moyenne au moins un par jour. Néanmoins, qu’elle ne fut pas sa surprise de remarquer que le philosophe d’aujourd’hui était l’image même du drogué dans sa toute décadence. Ce genre d’individus aux vêtements troués, à l’odeur infâme et le corps chancelant tant ses veines devaient être saturées de cocaïne.

    Stanley – On croise toujours les mêmes, embraya-t-il en posant son regard injecté de sang sur le dealer.
    Duncan – Au moins je sais que t’es une valeur sure.
    Stanley – Mouais… C’est pas avec ta présence quotidienne que je vais m’en tirer en tout cas…
    Duncan – Comme d’habitude ?


Sous le hochement de tête de l’acheteur, il glissa une main dans son sac pour en ressortir une dose suffisante afin que l’individu puisse tenir jusque demain. En toute franchise, notre principal intéressé se moquait totalement du sort de son client. Il ne rentra pas dans le sujet qu’il pouvait être la cause de sa dépendance ou de son malheur, non, il n’était pas là pour ça.

    Stanley – Pourquoi tu t’acharnes à faire ça vieux ?
    Duncan – Ca fera trente livres.
    Stanley – Comparer à d’autres, t’as pas encore l’air trop idiot, tu pourrais faire autre chose, rajouta-t-il en donnant l’argent.
    Duncan – A plus Stanley !


L’argent mis en poche, le musicien reprit la consommation de sa cigarette tout en fixant le sol, faisant comprendre à son acheteur que sa présence l’indifférait totalement. Cela fut plutôt une réussite, ce dernier tentant encore une autre réplique avant de se résoudre à partir. Après tout, il avait reçu ce qu’il était venu chercher, fin de la pièce, le rideau tombe et adieu Berthe !
Sur le papier, c’était aussi simple que ça mais dans la réalité des faits, cette tentative de conversation laissait toujours une trace de goût amer dans l’esprit de notre dealer. Homme d’aujourd’hui subissant les blessures de la vie, pourquoi fallait-il que des curieux remuent sans cesse le pourquoi du comment en vous faisant prendre conscience que votre décision quant à votre quotidien n’était peut-être pas la meilleure ? Livingstone ne les appréciait pas, tous ces donneurs de leçons et autres critiques qui venaient parler sans savoir, sans connaître, et se prônaient apôtre d’une certaine grande vérité. Était-ce une manière de dire que notre intéressé n’aimait pas la critique ? Oui, en quelque sorte. Disons surtout qu’il trouvait cela mal venu de la part de dépravés ou d’ignorants de venir lui faire des grandes leçons de moral. Il ne le permettait pas, à personne, car personne ne le connaissait, personne ne le connaissait lui, ni son histoire. Dans de telles conditions, il était inutile d’espérer d’avoir sa voix au chapitre !

Aux alentours de dix huit heures, Duncan quitta son hôtel de vente pour rentrer chez lui. Avec une bonne quinzaine de clients sur sa journée, son samedi s’était voulu enrichissant sans être pour le moins exceptionnel. Il faut avouer que notre ami ne visait pas spécialement l’excellence, tant que son quota était atteint. D’ailleurs, si l’on aurait pu s’émerveiller qu’il arrive avec une moyenne de cinq cent livres pour une après-midi, ce dernier vous répondrait qu’il aura tout de même du trainer la patte jusqu’en fin de journée pour y arriver ! Mais qu’importe, cela était maintenant terminé et il pourrait rentrer chez lui afin de délaisser son image de dealer au profit de celle de l’homme, de l’être humain.
A peine rentré, son sac s’échoua lentement sur le sol et son corps se glissa jusqu’à la salle de bain. Pendant près d’une demi-heure, le jeune homme resta la tête baissée et les yeux fermés sous le jet de la douche. Son corps, fébrile, lui rappelait qu’il n’avait pas encore répondu au besoin quotidien de ce produit qu’il vendait à tour de bras. Sa réserve personnelle se voulait d’ailleurs suffisamment conséquente pour lui tenir plusieurs semaines, il n’avait qu’à sortir de l’eau, se glisser dans le tiroir de sa table de nuit et procéder à son rituel de soulagement, le tour serait jouer en un claquement de doigt.

    Duncan – Putain de saloperie !


Jura le jeune homme en frappant le carrelage de ses poings, maudissant ce jour où il avait eu la faiblesse de goûter à sa marchandise et d’y sombrer dedans tel le plus lâche des individus. Pourtant, comme à l’accoutumée, il craquerait à nouveau et ne résisterait pas à l’appel de la drogue. La seule chose qu’il demandait, c’était tout simplement un peu de temps pour ne pas flancher tout de suite. Il ne pouvait pas se le permettre, pas maintenant. Tous ses troubles trouveraient le soulagement recherché une fois que le moment propice serait venu mais, pour l’heure, il devait se concentrer sur une tâche bien définie pour laquelle il ne pouvait se présenter en étant entièrement défoncé…

*
**


    Infirmière – Madame Livingtsone ? Votre fils Duncan est là.


Allongée sur un lit d’hôpital, une quadragénaire était sagement endormie, le corps las et le sommeil paisible. La vision qu’offrait son corps se voulait loin d’être flatteuse. La tête partiellement coiffée dans la plus grande des négligences, des traces de désinfectants présent sur l’ensemble de son anatomie sans compter son lot de pansements et de tuyaux greffés à ses peaux et reliés à différents baxters ou autres appareils de surveillance des constantes médicales. Oui, depuis bien longtemps maintenant, madame Livingstone ne se présentait plus au monde de manière respectable et, ce, bien contre son gré.
Vainement interpellée par l’infirmière, la patiente n’émit aucune réaction, gardant ses yeux solidement fermé avec pour seule réaction le simple souffle de sa respiration. Le visage dés lors quelque peu désolé, l’infirmière revint vers Duncan, témoignant d’ores et déjà de son regret.

    Infirmière – Je suis navrée. Nous l’avons mise sous calmants toute à l’heure, elle risque de ne pas se réveiller avant demain.
    Duncan – Ce n’est pas grave, je comprends. Puis-je quand même rester un peu près d’elle ?
    Infirmière – Bien sûr ! Je viendrai vous prévenir à la fin des heures de visite, sourit-elle.
    Duncan – Je vous en remercie.


Répondant poliment à son sourire, le jeune homme s’avança dans la pièce tout en laissant l’infirmière prendre congé d’eux.
Elégant, Duncan avait une fois de plus veillé à donner une image on ne peut plus présentable de lui-même. Troquant sa veste de cuir et ses vieux pantalons quelque peu usés, il avait enfilé un de ses plus beaux jeans qu’il ne sortait que pour les visites à l’hôpital. Accompagné de cela, il portait une chemise d’un blanc et d’une propreté éclatante, contrastant à la perfection avec ce veston noir lui donnant un air chic sans trop en faire. Une tenue pouvant sembler dés plus singulière lorsque l’on connaissait un tant soit peu l’enfant Livingstone mais une image qu’il tenait à offrir à cette femme allongée en face de lui. Si le monde le connaissait tel un musicien accroc à la drogue et vendant de l’héroïne, il n’aurait supporté d’offrir un tel spectacle à sa mère.

    Duncan – Bonjour maman, dit-il en venant déposer un baiser sur le front de sa mère. Comment vas-tu ? J’espère que tes examens se sont bien passés aujourd’hui… ? Il fit une petite pause, laissant inconsciemment le temps à sa mère de répondre bien qu’il la savait profondément endormie. Tu sais, je viens de croiser le médecin, il m’a dit que ton état s’améliorait un petit peu plus de jour en jour. Donc, ne t’en fait pas, tout va s’arranger ! Puis, tu sais que comme je m’occupe de ton traitement, cela ne peut qu’aller mieux au final, pas vrai ?


Serrant la main de sa mère dans la sienne, Duncan gardait son regard fixé sur elle, tentant de faire abstraction de toute l’armature qui l’entourait. Telle une profession de foi, il venait chaque jour, à la même heure, lui rendant visite et prenant de ses nouvelles comme il le pouvait. Lorsqu’elle se voulait réveillée, ils parlaient de tout et de rien, Duncan faisant de son mieux pour la distraire, pour lui arracher un sourire et parfois même quelques rires. A l’inverse, lorsqu’elle dormait comme aujourd’hui, il lui parlait sans réponses tout en gardant cette sensation qu’il ne s’exprimait pas dans le vide et qu’elle arrivait à l’entendre dans son sommeil. Une pensée singulière certainement mais dont il avait besoin, autant pour elle que pour lui en réalité…

    Duncan – C’était encore la folie aujourd’hui au boulot, tu aurais du voir ça ! Sourit-il faussement. On devait présenter un projet à des actionnaires et cette tête en l’air de Jonathan a renversé son thermos de café sur le dossier de présentation… A la dernière minute en plus ! Tu aurais du voir la tête du patron, ça valait de l’or !


Il se laissa aller à cette fausse plaisanterie de toute pièce en devenant de plus en plus convainquant dans ce rôle de jeune cadre d’entreprise. Une histoire dans laquelle il avait placé la barre très haut mais rien d’autres ne lui était venu en tête pour expliquer à sa mère la facilité avec laquelle il gagnait de l’argent ou encore à subvenir aux besoins médicaux de la façon la plus parfaite qui soit. Un odieux mensonge, certes, mais emprunt de bonnes intentions.
C’est d’ailleurs en prenant conscience de l’ampleur de son mensonge ne cessant de grandir jour après jour que Duncan repensa à son client de toute à l’heure et d’une phrase qu’il eut en particulier à son égard : « Comparer à d’autres, t’as pas encore l’air trop idiot, tu pourrais faire autre chose. » Il aurait pu faire autre chose si la situation avait été différente, en effet.
Enfant sans problème, la vie de Duncan bascula littéralement lorsque son père les abandonna, lui et sa mère, au début de l’adolescence, et que l’on diagnostiqua un cancer généralisé à cette dernière. Vivant seul avec elle, il se retrouva bien vite désoeuvré et livré à lui-même alors qu’il devait subvenir comme il le pouvait à ses besoins, prendre soin de sa mère et, accessoirement, essayer de suivre au niveau scolaire. Néanmoins, l’école quitta bien rapidement ses priorités afin qu’il puisse trouver des petits boulots rapportant suffisamment pour payer le loyer et se trouver de quoi manger. Inquiet pour sa mère et sans repère en l’absence de cette dernière, c’est lentement mais surement qu’il tomba alors dans la drogue, se voulant d’abord acheteur avant de devenir vendeur. Bien qu’il n’ait jamais apprécié particulièrement ce milieu, il s’y fondit en remarquant que cela rapportait trois fois plus qu’un quelconque travail dans lequel il galérait pour payer tout ce qu’il devait pour lui. Puis, en plus de cela, cela lui permettait d’offrir les soins de santé à sa mère sans le sous. Que demander de mieux d’une certaine façon ? Tel avait été le chemin de Duncan jusqu’aujourd’hui et tels avaient été les raisons pour lesquelles il n’aurait pu faire autrement pour que sa mère ait une chance de s’en sortir et que lui ne vole pas sa tête dehors, dans la rue. C’était louable et noble, sans l’être pour autant. Même si son geste était celui d’un geste d’amour, il ne cherchait en aucun cas la clémence d’un juge, espérant simplement ne pas devoir faire face au jugement d’ici peu…

Le temps s’écoulait… Inlassablement… Livingstone était torturé dans la lente ascension des minutes alors que chacune d’entre elles semblait s’écouler aussi rapidement qu’une seule et unique seconde, se devant bientôt de quitter celle à qui il devait la vie jusque demain soir. Il faut dire que s’il redoutait toujours d’arriver et de la voir dans un état encore plus aggravé, il détestait lorsque l’heure de son départ avait sonné… Pourquoi ? Pour la bonne et simple raison qu’il craignait la voir pour la dernière fois. De lui dire un simple ‘a demain’ avant que le médecin ne lui téléphone en pleine nuit pour lui dire qu’elle venait de succomber à ses douleurs.
Une crainte, une peur… Et pourtant un empressement ! Un empressement de partir le plus vite possible pour soulager ce corps qui avait de plus en plus de difficultés à rester en place. Sa main libre tapota nerveusement sur sa cuisse qui ne cessait de trembler sur le sol. Redoutant d’avance le constat, il n’en fut aucunement rassuré lorsqu’il passa le dos de sa paume sur son front en sentant la sueur l’envahir toujours un petit peu plus.
Sentant la tension nerveuse le gagner, il glissa une main dans la poche de son veston. Entre ses doigts, il jouait de manière tentatrice avec une pilule contenant une petite dose de poudre largement suffisante pour calmer son anxiété et son besoin actuel. Il aurait tout donné pour la prendre, la coincer entre ses dents et se laisser apaiser par cette substance. Mais il n’en n’avait pas le droit, il ne pouvait pas. Il voulait craquer mais n’aurait supporté l’idée de prendre cette saloperie dans la même pièce que sa mère. Pourtant, elle dormait du sommeil du juste, elle était totalement éloignée des moindres faits et gestes de son fils. Personne ne l’aurait vu faire, tout aurait été plus simple…

    Infirmière – Monsieur Livingstone ? Débarqua alors subitement l’infirmière dans la pièce. Il va falloir y aller, je le crains.


Tel un coupable pris en flagrant délit, un sursaut accompagna le jeune homme lorsque la demoiselle fit irruption. Relâchant cette pilule tenue dans sa poche, il sourit alors doucement tout en hochant de la tête en guise de réaction, laissant l’infirmière faire aussitôt volte face.

    Duncan – Je vais y aller maman. Désolé si je n’ai pas été très bavard aujourd’hui mais, on se rattrapera demain, d’accord ? Il se redressa et exerça une dernière pression sur la main de sa mère. Reposes toi bien, je t’aime.


Alors qu’il fit son au revoir avec une certaine difficulté, Duncan ne se fit tout de même pas prier pour quitter l’hôpital lorsqu’il fut hors de la chambre. Le front transpirant, les pas s’enchaînant à toute allure, il marcha quelques mètres hors du bâtiment avant de venir s’adosser contre un mur s’offrant à lui. Sans retenue aucune, il prit alors son cachet sans détour et le coinça entre ses dents avant de jeter sa tête en arrière… La cocaïne s’échappa de sa prison et glissa dans sa gorge pour se répandre dans l’entièreté de son corps. Ce n’était qu’une dose trop légère et bien trop minime… Mais suffisante pour tenir jusque chez lui…

    Duncan – Putain de saloperie…


*
**


Lorsqu’Owen Campbell se retrouve face à une porte de bois, il ne peut s’empêcher en cet instant de venir taper rageusement son poing sur le mur du couloir. L‘absence même de cette personne qu’il désirait tellement voir et envisageait, par la même occasion, comme son sauveur lui prouvait à quel point cette journée était tout simplement pourrie !
Pourtant, en apparence, ce samedi avait merveilleusement bien commencé pour le guitariste. Réveil aux aurores, il s’apprêtait à s’offrir le luxe de profiter d’une longue journée entière pour vaquer à ses diverses occupations. Bien évidemment, cela englobait toute l’après-midi aux studios d’Abbey Road pour travailler sur les morceaux du second album des Morten mais cela n’était qu’un détail. L’important était qu’il pouvait profiter de toute sa matinée et qu’au soir, il pourrait enfin mettre les choses à plat avec Faith. Car, aussi tête de mule soit-il, Owen avait décidé d’écouter Parker et de rappeler cette femme à qui sa vie ne cessait de se relier jusqu’à présent.
Oui, le jeune Campbell voyait cela du bon côté de la barrière si l’on peut dire et, sans se vouloir gaie comme un pinçon, son visage réussit à arborer un sourire dés son réveil. Au même titre que son organisme qui, contre toute attente, fut apte à passer au-delà de son besoin quotidien d’héroïne. Une journée unique, à nul autre pareil ! Comme quoi, cela pouvait arriver à tout le monde et même à ce cher Owen !
Cela dit, les moments tout beau et tout joyeux, le guitariste n’y avait tout simplement jamais cru. Il n’avait pas l’égaiement de Kyle, l’innocence de Brandon ou encore le grand optimisme de Parker, non. Quand une situation se présentait agréablement à lui, Owen ne pouvait s’empêcher de se torturer en se demandant où était le pépin, de quel côté surgirait le problème et quelles en seraient les conséquences par la suite. Une réaction certainement trop craintive, voire teintée d’un brin de paranoïa exacerbée… ? Toutefois, lorsque l’on vivait avec un passif tel que le sien, ce genre de réaction se voulait tout simplement normal en réalité.
Néanmoins, pour une fois, notre ami délaissa quelque peu son armure et sa méfiance pour tout simplement profiter. Oui, profiter… Combien de personnes de son entourage ne lui faisaient-elles pas comprendre qu’il devait de temps à autres laisser aller les choses et se laisser porter par la vague qui en découlait ? Beaucoup trop pour ce qu’il en écoutait et ce qu’il en faisait ! Mais, soyons fou ! Une fois n’est pas coutume et ce n’est certainement pas en délaissant ses interrogations le temps d’une journée qu’il gâcherait sa vie pour les années à venir !

Dans un univers parallèle et purement idyllique, je vous dirais sans détour qu’Owen Campbell venait de vivre la plus belle journée de sa vie. Il s’était offert le luxe de déjeuner dehors en compagnie de quelques amis, le tout sous un ciel dés plus ensoleillés. J’enchaînerais par la suite en vous expliquant qu’il s’était rendu dans les studios d’enregistrement pour retrouver son groupe en compagnie duquel il répéta dans une ambiance de bonne humeur, de rires et de franche camaraderie. Le tout se concluant par des retrouvailles avec cette bien aimée d’autrefois dont une simple conversation leur permit de faire renaître la flamme d’une passion trop longuement apaisée, voir éteinte.
Seulement la vie ce n’est pas un enchaînement de contes de fées et de vie idyllique. Dés qu’il fut extirpé de son sommeil, le faible sourire d’Owen se ternit sous l’observation d’une pluie torrentielle se déversant à travers les rues de Londres jusqu’en fin de matinée. Une météo capricieuse qui, de par son aspect, vous donnait autant l’envie de sourire et de sortir qu’un alcoolique ayant envie d’un bon gros lait de poule ! Sa chance se borna simplement à pouvoir se rendre aux studios sous les dangers d’un ciel nuageux mais cessant toutefois de se déchaîner.
Lorsqu’il pénétra dans la salle d’enregistrement, les choses n’allèrent absolument pas en s’arrangeant ! Matthew se montrait d’une humeur massacrante avec tout le monde, plus qu’il n’en n’avait l’habitude, inventant alors de nouveaux arrangements sonores et s’évanouissant dans son univers sans même écouter les remarques de qui que ce soit, brimant grandement le génie artistique d’Owen au passage. Un Owem qui campa le rôle du mouton noir en cette répétition relativement houleuse. Kyle s’évertuait à donner raison à Matthew tout en tenant de le calmer au passage, délaissant bien notre guitariste et Leslie dans leur coin, comme s’ils n’avaient rien à faire ici. Et quitte à parler de Leslie, elle se montra aussi courtoise et souriante qu’un banquier hollandais venant d’apprendre son licenciement ! Comment se rappeler que votre quotidien n’est qu’un enchainement d’épreuves et de lourdes déceptions ? Vous en avez la réponse !
Mais le coup de grâce fut magistralement apporté par Faith en personne qui, dans une énième crise de doute ou de panique, envoya un message à Owen pour annuler leur rendez-vous sans même lui laisser l’occasion de la recontacter par la suite… Oui, ce fut la goutte de trop, ce fut la mauvaise nouvelle qu’il ne fallait pas rajouter pour plonger l’artiste dans un état de frustration et de rage fulminante !

    Duncan – T’es désespéré à ce point ?


Après avoir exprimé sa colère contre l’une des parois du couloir, le guitariste s’était laissé tomber au sol, dos au mur, se recroquevillant sur lui-même en se demandant combien de temps il devrait attendre. Mais, telle une délivrance, la voix de son ami résonna quelques minutes après, laissant apparaître ce cher Livingstone, fraichement vêtu de sa belle tenue et déambulant d’un pas aux tendances légèrement nerveuses.

    Owen – Ah, Duncan ! fit-il en se relevant. Pas mécontent que tu arrives…
    Duncan – Je vois ça…


S’arrêtant, le jeune homme sortit un trousseau de clé et ouvrit la porte de son appartement tout en jetant un regard en coin à Campbell. Sans rien dire, il invita ce dernier à le suivre d’un simple geste de la tête, ce qui fit le guitariste sans se faire prier.

    Duncan – Fais comme chez toi, je vais vite me changer et je suis à toi tout de suite.
    Owen – Pas de problèmes !


Alors que Duncan s’en allait vers sa chambre, Owen ôta sa veste qu’il vint déposer sur le dossier d’une chaise de la salle à manger. Cherchant une cigarette, il l’alluma une fois coincée entre ses lèvres pour ensuite se rendre jusqu’au frigo de son hôte dont il en sortit deux bières. Les décapsulant l’une après l’autre, il revint avec la paire de boisson au salon et s’installa dans le canapé, une simple question d’habitude !
Entre-temps, Duncan délaissa simplement son veston et sa chemise au profit d’un t-shirt plus ou moins ample dans lequel il se sentait déjà nettement plus lui-même et, par conséquent, nettement plus à l’aise. Il prit son paquet de cigarette et choppa au passage une petite boite métallique à l’effigie d’une marque de biscuit qui était sagement rangée au sommet de sa penderie.

    Owen – Comment va ta mère ?
    Duncan – Ca va, haussa-t-il des épaules tout en venant prendre place auprès d’Owen. Le médecin m’a dit qu’il n’y avait rien de nouveau et elle était sous calmant aujourd’hui donc on n’a pas vraiment eu l’occasion de parler.
    Owen – Je comprends… Et toi, comment tu vas ?
    Duncan – Ni bien, ni mal, comme chaque autre jour…
    Owen – Pareil !


N’ayant pas besoin d’en dire d’avantage à l’autre sur leur journée respective, les deux amis se regardèrent et trinquèrent avec leur bière avant de se mettre à boire une solide gorgée dans un geste d’une harmonie parfaite.
Ce qui unissait Duncan et Owen était un lien pour le moins aussi étrange qu’unique. Ayant fait la rencontre de l’un et de l’autre durant l’avènement des Morten Bluz sur la scène londonienne, leur gout commun pour la musique et la simplicité dont il faisait chacun preuve dans leur vie avaient réussi à les relier dés le départ. Partageant avant tout le plaisir des sorties et une simple amitié de comptoir, ils n’hésitèrent pourtant pas à se revoir dans d’autres circonstances plus sobres et de temps à autres plus sérieuses. Bien que rien ne les obligeait à s’attarder sur une présentation plus poussée de l’un ou de l’autre, ils arrivèrent naturellement à se parler et à se confier des faits plus personnels et des épreuves que l’un et l’autre pouvaient traverser. Inutile de chercher à comprendre le pourquoi du comment, eux-mêmes ne s’en posaient jamais la question. Simplement, lorsqu’ils étaient ensemble, ils pouvaient se permettre d’être tels qu’ils étaient, sans mensonges, sans tromperies et sans artifices. Ils pouvaient agir tel qu’ils le désiraient, cela ne ferait aucune différence et n’amènerait jamais un quelconque différent entre eux.

    Owen – En fait, ça été pire qu’une journée normale, souffla-t-il après une énième gorgée de bière.
    Duncan – Tu m’expliques ?
    Owen – Rien de bien exceptionnel. Matthew, malgré tout le talent qu’il a pour son rôle de leader, a encore jouer à monsieur ‘c’est moi qui choisit et qui dirige ce foutu groupe avec mes idées alors fermez-là et écoutez-moi’. Leslie c’est encore amusée à faire le mur et, par-dessus le marché, cette satanée Faith fait des pieds et des mains pour revenir et me colle un superbe lapin alors qu’on était censé se voir ! confia-t-il avec une pointe d’énervement plus que perceptible dans le son de sa voix à la fin de ses paroles.
    Duncan – J’imagine un peu le tableau… Autrement dit ce sera double dose pour toi et moi ce soir !


Ce qui unissait Owen et Duncan était aussi de quelque chose de beaucoup plus obscur et destructeur qu’une simple entente parfaite. La complexité de leur attachement résidait en grande partie dans cette consommation de drogue dont l’un et l’autre se voulaient victimes. Unique objet de souffrance de cette héroïne à l’origine, Duncan s’était laissé aller à en proposer au guitariste afin de l’aider à tenir le coup et, surtout, de pouvoir oublier ses problèmes le temps d’une dose, le temps d’une fois. Une proposition qu’avait acceptée Campbell avant de s’en laisser détruire à petit feu depuis cette toute première fois. Duncan baignait alors dans cette ambivalence paradoxale de par laquelle il se sentait terriblement mal et honteux d’avoir entrainé son ami dans cette longue et profonde chute… Bien qu’à l’instar, il était le premier à lui en proposer de nouveau et à le permettre de le faire planer encore une fois. De son côté, Owen s’était senti tout bonnement faible et lâche d’avoir craqué. Il n’acceptait pas son geste sans en vouloir à son dealer, se voulant seul et unique responsable de sa décision. Mais autant se détestait-il et redoutait-il de voir Duncan qu’il revenait sans cesse à lui, tant pour le retrouver que pour retrouver ce besoin vital que représentait son héroïne de tous les jours. Un mélange de rancœur et de honte saupoudré d’un brin de dépendance. Tel était également ce lien qui unissait ces deux individus.

S’appliquant minutieusement à la préparation des seringues qu’ils utiliseraient ce soir, Duncan se voulait concentrer et silencieux sans perdre pour autant l’occasion d’observer le portable d’Owen lorsque ce dernier retentit. Son regard oscilla entre le visage de son ami et l’écran du téléphone, y lisant aussi nettement que son homologue le nom de la personne l’appelant : une personne n’étant autre que Faith !
Semblant guidé par l’hésitation, c’est finalement avec une certaine lassitude qu’Owen coupa son portable pour ensuite le déposer sur la table. Il accompagna son geste d’un profond soupir pour le conclure par une nouvelle gorgée de bière.

    Duncan – Tu lui en veux ?
    Owen – Ce soir elle a fait son choix, qu’elle l’assume maintenant. J’en ai ma claque de courir après elle inutilement…
    Duncan – Allez, viens-là !


Concluant ses préparations, le jeune Livingstone avait préparé de quoi faire deux garrots accompagné de deux seringues. Chacune d’entre elle se voulait remplie d’une solide dose d’héroïne et, en ce sens, porteuses d’une destination pour laquelle chacun prendrait un aller simple.
Le manque se faisant de plus en plus ressentir alors que l’instant de délivrance était sur le point d’être atteint, les mains de Duncan se mirent à trembler de plus en plus dangereusement. Déposant sa bière, Owen remarqua le spectacle et empêcha son ami de venir prendre l’élastique lui étant nécessaire pour isoler l’une de ses veines.

    Owen – Attends, laisse moi faire…


Souffla alors Campbell en prenant le bout de caoutchouc entre ses doigts. Duncan remonta alors l’une de ses manches pour laisser les mains du mancunien s’enrouler soigneusement au dessus de son coude. Agissant avec autant de douceur que de fermeté, il fit un nœud autour de la chair et tapota de ses doigts au creux du coude afin de faire ressortir suffisamment l’une des veines pour l’injection.

    Duncan – Non, deux secondes s’il te plait…


Murmura-t-il lorsque l’aiguille fut dans les mains de son ami et que ce dernier s’apprêtait à l’enfoncer dans sa peau. Duncan lui laisserait entièrement ce plaisir s’il le désirait absolument mais, avant cela, ce fut à son tour de réaliser le même rituel en préparant le garrot de son compère. Ses mouvements étaient tout bonnement identiques à ceux de son prédécesseur, dans le moindre geste, dans le moindre toucher.

Dans un silence religieux et une tension se voulant presque palpable, les deux amis se fixèrent du regard. La seringue dans une main, le bras de leur opposé dans l’autre, ils choisirent la manière dont cette étape serait partagée et, de ce fait, sans aucune protestation quelconque, ils enfoncèrent chacun la seringue dans la veine de leur autre tout en se perdant dans la désorientation et le plaisir destructeur que laissait illusionner cette drogue. Car, au final, ce qui unissait le plus Owen et Duncan, c’était bel et bien ce contact actuel entre eux deux et les faisant chuter mutuellement de plus en plus vers le vice. Une proximité dérangeante afin de s’offrir un bien être malsain et inavouable.
Permettant à la drogue de se répandre à travers leurs organismes, leurs corps ne tardèrent pas à trembler et frissonner de par ce soulagement que leur apportait cette injection parallèle. Leurs membres tendus, tant par l’énervement accumulé durant toutes ces heures que par leur manque individuel, se brisèrent totalement pour devenir las et sans aucune force de mouvance. Leurs fronts chutant lentement vers l’avant pour s’apposer l’un contre l’autre, visage contre visage, le regard fermé et le souffle soulagé.
Restant quelques instants dans cette position en se soutenant à l’autre, la main d’Owen fut la première à bouger en retirant la seringue du bras de Duncan. Ce dernier l’imita juste quelques secondes après tout en relâchant un soupir.
Néanmoins, Owen ne termina aucunement son geste de manière aussi simple et désuète. Sa main revint entre eux deux pour ensuite se soulever doucement et s’apposer avec délicatesse sur la nuque de son dealer. Agissant toujours par une certaine forme de symbiose, les doigts de Livingstone, quant à eux, trouvèrent lentement mais surement la joue du guitariste qu’il se mit à effleurer dans une caresse légère et incertaine.

    Owen – Si seulement je n’avais pas besoin de cette saloperie…
    Duncan – Pourtant ce n’est pas seulement de cette saloperie dont j’ai besoin ce soir…
    Owen – Moi non plus…


Le contact qu’ils entretenaient par le biais de leurs mains commençait à se renforcer et se raffermir tout doucement. Là où la main de l’un saisit avec plus d’assurance la joue de l’autre, l’autre laissait ses doigts venir dresser des petits tracés rectilignes sur la nuque de l’un sans qu’aucun mot ne soit rajouté entre eux. Leur regard, jusqu’à présent fermé, s’entrouvrit à moitié pour se trouver et se fixer ensemble. La vision d’Owen se voulait parfaite et pourtant troublée, ne réussissant plus à discerner un quelconque élément extérieur à leur proximité. Les yeux de Duncan, quant à eux, se noyaient littéralement dans ceux qui se trouvaient face à lui sans ressentir un seul instant l’envie de détourner son attention vers un autre spectacle.
Ne commençant plus à maîtriser la distance les séparant l’un de l’autre, ils ne prirent compte de leur rapprochement respectif que lorsqu’ils sentirent le souffle chaud de leur partenaire se répandre sur leurs visages… Puis sur leurs lèvres… Ambigus sans jamais franchir de limite, Owen et Duncan se trouvaient alors plus proches que jamais, ensemble face à la barrière d’une étape toujours secrètement fermée et ignorée. Séparés par une poignée de centimètres ne cessant de diminuer peu à peu, le guitariste sentit une énorme boule de chaleur se former agréablement dans son estomac alors que le batteur ne voulait plus penser à rien à l’exception d’une seule et unique chose : Owen Campbell…

    Owen – Duncan…


Le soupir de l’un accompagna le geste de l’autre. Ne tenant plus face à cette torture qui s’appropriait les apparences d’une évidence criante, Duncan brisa les derniers millimètres en attirant le visage d’Owen au sien.
Lèvres contre lèvres… Langues contre langues… Les prémisses de ce baiser aux veloutes savoureuses et délicates s’empruntèrent bien rapidement d’un mouvement plus profond et langoureux. Le rapprochement lent et atemporel qui fut le leur laissa d’ores et déjà sa place à un mouvement plus avide et plus criant d’envie sous le raffermissement de leurs mains respectives. Les yeux clos et le corps s’enflammant totalement de cette ivresse, les doigts d’Owen saisirent avec plus de véhémence la nuque de son partenaire afin que celui-ci ne se dérobe aucunement de ses lèvres à un moment inopportun. Répondant quant à lui à l’envie de son guitariste, la main de Duncan quitta cette joue qu’il avait pris doucement plaisir à caresser pour s’enfuir dans la chevelure du musicien dans laquelle il s’emmêla avec désir.

    Duncan – Juste cette nuit… J’ai besoin de toi…
    Owen – Tais-toi !


Un murmure échangé au travers de baisers devenant de plus en plus enflammés, les mains de Duncan vinrent enlacer le dos d’Owen pour le caresser en même temps que ce dernier le faisait s’allonger plus confortablement sur le divan.
Apparaissant en position supérieure et, inconsciemment, de dominance, le guitariste posa ses genoux de part et d’autres de ce corps qu’il semblait désirer plus que de raisons. Etait-ce par le biais de cette drogue commençant à faire son effet ou bien l’expression de vices inconnus et refoulés jusqu’ici ? Qu’importe la réponse à cette question, rien d’autre ne pourrait lui apporter autant de satisfaction et de contentement que les lèvres chaudes de Duncan se pressant contre les siennes.
Profitant de ce plaisir tout en en désirant plus, les deux hommes glissèrent leurs mains sous le haut respectif de leur amant. Leur peau, à la chaleur si forte et criante, se découvrait et se dévoilait à chaque seconde d’avantage sous l’exploration de leur toucher. Des premiers soupirs de part et d’autre se mirent à résonner avec retenue sur ce bien être qu’ils s’apportaient dans la plus parfaite des compréhensions.
A regret, Duncan du subir l’échappement des lèvres d’Owen lorsque ce dernier vint lui ôter son t-shirt pour se plonger aussitôt sur la délectation de sa nuque et de son torse naissant. Cette avidité offerte laissait un Duncan totalement esclave des envies et des gestes de son partenaire alors qu’il ne put qu’y répondre par de simples souffles lourds et significatifs accompagnant l’agrippement d’une main cherchant comme à griffer la peau de son guitariste, bien que cela pouvait ne paraître que pour une simple futilité face à ses autres phalanges se posant sur les fesses d’Owen afin de presser véhément son bassin contre le sien.
Caresses devenant intimes… Baisers de plus en plus dévorant… Et une chaleur ne cessant de se répandre dans des frissons insatiables… Duncan laissa cette torture agir durant quelques instants avant de se redresser et d’inverser la tendance en présence. Se glissant à son tour sur le corps offert à lui, il délivra Owen de son haut avant d’entreprendre les mêmes caresses et les mêmes baisers que lui. Enlacé par les bras de son amant, Duncan se voulu plus gourmand et aventureux, ne limitant aucunement le contact de ses lèvres au seul sommet du torse du guitariste. Son visage entama sa lente descente par le sommet de ses épaules tout en se laissant aller à l’entièreté dudit torse d’une douceur et d’une saveur parfaite. Il prit plaisir à déguster cette partie charnelle avant de s’insinuer jusqu’au ventre et au nombril du jeune homme afin d’augmenter la force de sa torture. Le sentant aussi bien haletant que demandeur d’encore plus d’offrande, c’est presque d’un geste mécanique que Duncan défit la ceinture et la boucle du pantalon d’Owen pour ensuite le faire glisser le long de ses jambes. Ses doigts, parcourant les fesses fermes de l’objet de son désir, ouvrirent bien rapidement la voie à sa bouche le long des cuisses et des jambes de notre ami avant de revenir s’attarder plus que de raisons sur la zone la plus viril de son intimité. Duncan, alors fougueux et passionné, ne ressentait aucune gêne, ni aucune difficulté à mettre le musicien totalement à nu avant de se délecter entièrement de son fruit défendu.
Le corps se cambrant avec violence, Owen ne pouvait retenir les cris inspirés par le plaisir que lui infligeait Duncan. Le guidant dans sa tâche, il avait posé ses mains dans ses cheveux afin de le garder coller à son bassin et de le faire prolonger aussi longuement que possible ce plaisir si enivrant et tellement unique dont il n’avait pu connaître la véritable intensité jusqu’alors. Perdu dans la fièvre de cet instant, la sueur ne cessait de se répandre d’avantage sur son visage et sur l’ensemble de son corps. Esclave de toutes les décisions prises, Owen tenta de résister aussi longtemps et courageusement qu’il le pouvait avant de libérer cette jouissance inévitable à laquelle le conduisait son ami depuis leur tout premier baiser.
Le souffle était court… Les membres vibraient encore de cette intensité ressentie et un profond soupir de délectation accompagnait les derniers coups de langues de Duncan, dégustant totalement l’expression du plaisir d’Owen. L’esprit d’autant plus éloigné de la réalité tant par le châtiment que par le produit ingéré quelques instants plus tôt, c’est quelque peu chancelant qu’Owen se redressa tout en souriant béatement à son ami.

    Owen – Moi aussi j’ai besoin de toi…


Répondit-il à cette déclaration de toute à l’heure tout en se remettant droit sur ses jambes. Invitant Duncan à le rejoindre d’un simple geste de la main, le dealer vint se mettre face à son partenaire avant de se voir tourner par ce dernier afin de faire dos à celui-ci.
Guidé par une vengeance s’exprimant avec hâte, les lèvres du guitariste retrouvèrent la fermeté de ce corps si bien bâtit et délicieusement formé sous l’accompagnement de ses doigts venant briser la barrière séparant son corps de la nudité d’Owen. Joignant le délicat à l’aventureux, ses baisers se transformèrent en des mordillements encore plus gourmands que durant sa première découverte et ses phalanges prirent une emprise dés plus déterminée sur l’entre-jambe de son partenaire une fois qu’il fut mis à nu. Les caresses s’enchaînèrent alors et se rythmèrent sur le flux d’une masturbation intense et vigoureuse. Il voulait aller chercher le plaisir de Duncan, il voulait le voir succomber de la même manière dont il avait réussi à le faire succomber. Et c’est pourquoi son envie ne se limitait pas à lui faire naître le plaisir de par une seule et unique main. Mais avant d’y joindre la seconde, notre ami guida son membre sous la chute de reins et pénétra ainsi dans les tréfonds de Duncan sous un cri d’extase de ce dernier, accompagnant cette entrée improbable et inespérée. S’occupant alors de l’entre-jambe du batteur de ses dix doigts, Owen se laissa entrainer dans la fougue d’un va et vient se voulant premièrement léger avant de se transformer en un rythme soutenu, puissant et passionné. Lui qui n’avait eu que d’attirance exclusivement féminines, se retrouvait amant passionné d’un autre homme qu’il se surprenait à désirer autant qu’à vouloir le combler tel qu’il le pouvait. Oui, au diable drogue, conscience et moralité, Owen ne demeurait plus qu’une seule et unique envie en cet instant : passé la nuit la plus folle et la plus intime qui soit avec celui qui l’avait conduit dans la déchéance.
Et telle une prière entendue, Duncan se laissait soumettre aux coups de reins du musicien et aux caresses joueuses et désinvoltes de ses mains. L’expression qui se voulait sienne n’était qu’un ensemble de soupirs, de sourires et de gémissements de pur plaisir comme il n’en n’avait jamais ressenti auparavant. Au même titre que son amant, ses seules pensées se tournèrent vers lui, lui, l’origine de cette envie si forte et incompréhensible dont il en exprima la force et la vigueur en libérant à son tour son plaisir sous toutes les merveilleuses agressions d’Owen.

Victime chacun d’un premier orgasme sévère et démonstratif de la puissance de leur attirance, les deux amants ne faisaient qu’entamer leur nuit et étaient tous deux décidés à prolonger cette dernière jusqu’à leurs limites les plus lointaines. Il n’y avait pas de raison mais simplement de la passion… Pas de compréhension mais simplement de fusion… Ce n’était ni le temps d’un bonheur ou d’un malheur, non… Cette nuit n’était tout simplement que le temps d’un fantasme…

- A suivre... -


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VI. Chapitre 5

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